« Comme un poison dans l’eau » (Viagra boys – piscine du Lignon, 6 fév.)

Chaque année, le festival Antigel lutte à sa façon contre l’engourdissement hivernal qui s’empare de Genève en distillant une programmation pointue mais où chacun ou presque peut trouver chaussure à son pied. En marge d’événements plus prestigieux, le concert à la piscine du Lignon fait figure de soirée délurée où la température monte de manière déraisonnable, comme c’était le cas en 2018 avec Idles et cette année avec les suédois de Viagra boys.

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Il n’est pas certain que tous les groupes auraient été à l’aise avec l’idée de jouer dans une piscine. Sur le bord de la piscine, pour être précis – et non, on n’est pas obligé de se baigner ou d’être en maillot de bain, juste pieds nus. C’est plutôt amusant pour le public en goguette qui se presse devant la scène ou pique une tête en attendant le concert mais un peu particulier, tant au niveau du son que du cadre.

Mais les Viagra boys n’en ont clairement rien à secouer. La loose et l’auto-ironie, le groupe suédois en a fait sa marque de fabrique*. Post-punk de camping, disco frelaté, électro tourné à l’aigre. Avec Sebastian Murphy en tête de gondole, crooner américano-suédois déjanté et tatoueur de son état. Ventre à l’air et lunettes noires, tous tatouages dehors, il promène son personnage de loser noctambule, éructe une soul rauque et titubante qui rappelle parfois les périodes les plus expérimentales des Clash et se précipite dans l’eau à plusieurs reprises durant le set.

Le personnage attire à lui les regards mais, derrière, son bad boys band — qui contient une fille aux synthés et percussions — projette impeccablement sa bande-son hypnotique. Boucles de basses abrasives, batterie métronymique, gimmicks de synthétiseurs et guitares stridentes. À peine troublée par les incursions éclairs d’un saxo qui apporte une touche no-wave à l’ensemble.

L’écho naturel du lieu atténuait un peu le mordant de leur musique, mais les Viagra boys c’est un groupe tout-terrain qui la joue au talent et s’en tire avec panache. On en sort moites et contents.

*Il n’y a qu’à regarder leur Shrimp session, concert filmé dans un hangar pendant les heures de travail, pour s’en convaincre.

PS Les supers photos sont de Amdo. Merci.

>>>>>>>>>> VIAGRA BOYS

 

 

V13, « Zone de silence » EP

Sorti dans la plus grande discrétion en novembre dernier – info diffusée par le groupe, pas de label, chroniques rares -, ce EP est le 4e disque de V13. Six années et un nouveau bassiste, également aux claviers, le sépare du précédent album. Il était enregistré chez Albini à Chicago. Celui d’avant à Genève chez Morratel. Celui-là a été mis en boîte à Bourg-en-Bresse. Retour aux sources.

Une matière dure et sombre. Des explosions de rage froide qui alternent avec les accalmies lumineuses ou embuées. Une écriture tranchante, ciselée, qui taille des contrastes forts, joue la lenteur pour encore plus de détermination – pour, comme le dit le groupe, ne frapper qu’un coup. Plus cohérents et matures  peut-être que les précédentes productions du groupe, les cinq titres de ce EP ont tous un air de famille marqué et pourtant se distinguent très nettement, tant l’écriture creuse chaque idée jusque dans ses retranchements, taille chaque riff jusqu’à l’épure. La guitare slide titubante de Remède. L’intervention efficace et décisive des claviers, ses ornements soyeux sur la reprise de Gainsbourg, L’Hôtel particulier. La basse de Dédale, sinueuse comme les dubs nocturnes de Hoover, puis la longue montée en tension dissonante, tournoyante, se tordant sur elle même, prenante comme une nausée.

Et la voix, parfaitement cohérente avec cette écriture au cordeau. Textes évocateurs, fragmentaires. Goût pour le mot rare. Voix blanche. Phrasé raclé dans lequel on entend toujours l’écho lointain de Noir désir. Il y a pas de mal. Mais auquel on peut aussi trouver une parenté avec d’autres formations marquantes du rock d’ici, passées ou actuelles. Diabologum, les grenoblois de Varsovie ou – pourquoi pas – Amanda woodward.

Un peu ascétique de premier abord, « Zone de silence » se fait peu à peu familier. Les contrastes finissent par s’éclaircir, on y trouve sa place et l’intérêt pour ce groupe de caractère fait peu à peu place à l’envie impérieuse de les voir sur scène.

>>>>>>>>>> V13

Tuco, « Bottomless » LP

Sorti ? Pas sorti ? En réalité, ce premier long format de Tuco est en ligne depuis novembre dernier mais la version physique qui devait suivre n’est pas encore disponible. Peu importe, le trio maousse costaud trace ici un trait d’union avec son premier EP, petit bijou de noisecore lourdingue et rutilant, sorti 8 ans auparavant. Oui, 8 ans… leur plan de carrière n’appartient qu’à eux-seuls.

Comme le suggère la pochette, Tuco aime les architectures massives, complexes, tortueuses, les murailles imprenables qui en imposent mais qui recèlent aussi des passages dissimulés, des ouvertures insoupçonnées où passe la  lumière. L’album démarre de manière fracassante avec Unfit. Titre magnifique – le meilleur peut-être – traversé de soubresauts, de convulsions, de faux-départs. Voix teigneuse, cascade de riffs plombés en ciment armé qui se diluent soudains dans des arpèges en eaux troubles. Tout au long des sept titres qui composent le disque et dont les noms – Enough, Spit, Bottomless, Part-time life – claquent de manière cinglante, le groupe fait la démonstration de sa capacité à faire jouer les riffs dans sa machinerie complexe, à les envisager sous tous les angles d’une manière quasi scientifique avec une précision qu’on pourrait dire helvétique (si on n’avait pas peur des clichés).

Serge Morratel – spécialiste en machineries lourdes et de haute précision, justement – était le partenaire en crime idéal pour concocter le son cette entreprise. Bien que, à y réfléchir, j’ai une petite préférence pour le son du EP, un poil plus lourd, avec une basse plus proéminente. De la même manière, sur la longueur, le disque fait une impression un brin monolithique et un changement d’ambiance, une cassure, aurait été bienvenu. Mais, comme Monolith est le titre d’un des morceaux, il se pourrait bien que ce soit voulu et cela reste tout de même de la belle ouvrage.

>>>>>>>>>> TUCO

« Plus que de la musique » (Les punks sportifs, Guerilla poubelle – Le Poulpe, 2 fév.)

Plein de monde pour ce concert organisé par les copains de la Tribu sonore. Tant mieux ! Des jeunes, de la danse, du pogo, de la sueur et de la bonne humeur. A tant fréquenter des soirées obscures, on oublie presque que ça peut être aussi ça la musique.

En parlant de bonne humeur, les Punks sportifs assurent la première partie. Punks peut-être, sportifs c’est possible – à vérifier néanmoins -, mais qui envoie sympathiquement en tous cas. Leurs morceaux rigolards et enragés rappellent plutôt le rock alternatif français des années 80, Garçons bouchers et compagnie, et ouais !

Guerilla poubelle est un groupe qui a sacrément marqué, le groupe phare des années d’adolescence pour beaucoup. C’est pas mon cas  – et pour cause – mais  à les voir en live, on comprend immédiatement. Avec plus de 1000 concerts au compteur, le punk-rock leur coule littéralement des doigts. Breaks millimétré, accélérations pied au plancher, refrains imparables et mélodies gorgées d’émotion, avec cette voix beuglée reconnaissable entre mille. Le groupe use de toutes les ficelles qui ont fait le punk-rock, le pop-punk, le hardcore mélodique et j’en passe, depuis un paquet d’années.

Mais c’est autant par son attitude et ses choix que pour sa musique que ce groupe est marquant et ça se ressent parfaitement pendant le concert. Ultra chaleureux mais aussi concerné et politisé, Till – le chanteur – n’hésite pas à s’exprimer, prendre à partie le public – pas en donneur de leçons mais en tant que membre d’une scène, d’un mouvement.

Sur les tables de distro, on se rend compte que le groupe ne se contente pas de faire sa propre promotion mais emmène toute une scène avec lui. Des bacs remplis jusqu’à la gueule de toute une ribambelle de groupes punk et indépendants, ceux sortis sur leur label, Guerilla asso, ou sur d’autres labels. Je mate ça pendant que les gens prennent leur pied devant la scène. C’est classe. Le punk-rock mélo n’est pas forcément la musique avec laquelle je me sens le plus d’affinités mais je donnerai beaucoup pour voir davantage de concerts avec cette attitude et cette ambiance.

>>>>>>>>>> LES PUNKS SPORTIFS

>>>>>>>>>> GUERILLA POUBELLE

>>>>>>>>>> GUERILLA ASSO

 

« Au firmament du bourrinage » (Deathcode society, Céleste – Brise-Glace, 19 janv.)

La réputation et l’aura sombre qui entoure Céleste poussait à passer les portes du Brise-Glace ce samedi-là, ne serait-ce que pour faire l’expérience de ce groupe à la démarche radicale. Public assez nombreux mais sans plus – étonnant dans une région où tout le monde est fan de Converge, la faute peut-être à un prix qu’à moitié convivial. Le set des lyonnais, en tous cas, s’est révélé d’une puissance et d’une lourdeur inouïes. Bon sang, j’en ai encore des frissons.

En ouverture, Deathcode society, sorte de black metal narratif et évocateur. Ambiances médiévales à la Dead can dance et murs de blast et de guitares plombées. Certainement pas mauvais mais pas exactement mon truc, les costumes et ces ambiances armées d’orques qui dévalent les montagnes pour attaquer le château du roi, ça me rappelle toujours le jour où je me suis fait coincé dans une soirée jeux de rôle à la fac. C’est arrivé qu’une fois. Par contre, est-ce qu’ils méritaient ce son en carton-pâte, inoffensif au possible ? C’était un choix de leur part, se faire passer pour un groupe de lounge new-wave cotonneux ?

Bloc d’une lourdeur hallucinante, à peine tempérée par quelques inflexions plus aériennes qui ne font que déployer encore davantage une pesanteur sans nom. L’agression sonore de Céleste ne laisse pas une seconde de répit. Cherche le sang. Garde les crocs plantés du début jusqu’à la fin sans jamais desserrer son étreinte.

Post-harcore suffocant. Black-métal malade d’agressivité et de noirceur. Des coups décisifs plutôt qu’une vaine poursuite de l’ originalité. Fondu dans la masse, coulé dans le béton. Et l’intensité émotionnelle folle de la voix, qui fait beaucoup pour la personnalité unique de ce groupe et rappelle le passé hardcore de certains de ses membres. Elle évoque d’ailleurs un des tous premiers groupes de hardcore hurlé français – vous pouvez dire « screamo » si vous parlez playmobil – : Finger print, qui apparaît presque comme un ancêtre de ce crossover black/hardcore.

Les lampes frontales rouges sur scène dans la quasi obscurité, les pochettes soignées et énigmatiques, le torrent de désespoir absolu charrié par les paroles : au contraire de 95% des groupes, qui devraient juste arrêter de se prendre en photo dans des poses risibles et d’encombrer les scènes de leurs panneaux publicitaires, tout, dans l’esthétique radicale de Céleste, touche au coeur (de pierre), interroge, marque l’esprit au fer rouge.

Etoile filante du bourrinage, Céleste.

Photos de Alain Grimheart, merci à lui.

>>>>>>>>>> DEATHCODE SOCIETY

>>>>>>>>>> CELESTE

 

« Long distance noise-rocker » : an interview with Xavier ( SONIK fanzine/ Perte & Fracas webzine)

It’s probably hard today to imagine how vital fanzines were in underground culture back in the 80s and 90s. These cut and paste magazines were almost the only source of knowledge and information and making a fanzine was almost as cool as playing in a band. It could open  a whole new world of bands and scenes to you and that’s exactly what SONIK did for me. It introduced the hardcore-punk kid that I was to music that sounded similar but not quite. Music with rythms weirder and more intricate, music that could borrow from jazz or experimental or electronic music. I became familiar with names like Sabot, Zeni geva, Dog faced hermans, Heliogabale,  Pain teens or Melt Banana, among many, many, many others. More than 20 years later, Xavier is still publishing like a madman on his webzine Perte & fracas about the weird punk that he loves and so missing the chance to interview him was just unthinkable – even though this is just an email interview. Big, chunky answers, raw, honest and passionate, like you would expect. Thanks a million, Xavier.

The number of reviews you publish is impressive ! How do you find the time to listen to all those records and write about them ? Errr… You do listen to them, don’t you ?

Thanks to iron discipline and a perfectly healthy way of life. And also an amazing professionalism that makes me actually listen to all those records, yeah. Unfortunately, at times. In fact, I listen to music from morning to evening, all the time, whatever the weather and through whatever means the modern world has made available to us, even if, in the end, it’s my good ole record player that gets the most use. I think I just love that. It’s been almost 30 years I’ve been writing reviews so it’s like a daily gymnastics routine that has become really easy (most of the time), like a second skin, like eating or pissing, it doesn’t take much time, as opposed to listening to the music. There, I can be quite long before starting the review of a record, I like to think I know the record perfectly even if that’s impossible. So the reviews often come out late after the releases but I don’t care, there’s no hurry. Then again, reviewing a record is by no means a difficult job. Years ago, I bumped into this book by rock journalist Alain Dister with this quote on the back cover that said something like « Any fucker can write about rock’n roll ». I fully agree with that. And he said that at the beginning of the seventies when the internet, all the blogs and webzines hadn’t come into existence yet, whereas nowadays anyone can give their opinions really easily. A real visionnary, that guy.

Let’s come back to prehistory : can you tell us about the transition between your fanzine SONIK that you were doing through the 90s and Perte & Fracas ? What brought about that transition to the digital medium ?

Time and money ! SONIK stopped at the eighth issue in May 1996. It was around 120 pages, with a print run of 500 copies, the cover was in colour and each copy cost me 25 francs (around 4 euros, for the youngest readers !) and I used to sell it… 25 francs ! I’ve always been such a brilliant manager. At the time, 25 francs was already a nice sum of money (the price of a 7 inch, or even more) and selling it at a higher price would have been too much. And as I had to send it at my own expenses through the post to various distribution places thoughout France, I was losing too much money. Just a pack of 10 copies cost me 50 or 60 francs, so that was it, I closed up shop, sadly… Some time later, Internet started to be available to the public and with Kfuel – the collective I’m part of – we built up a site to publicise our activities – mainly the organization of gigs. That was when I was able to resume writing reviews, by creating a zine section on the site – that was around 1997. That’s actually the reason why you can find loads of reviews on P&F spanning the 1996-2003 period, whereas the webzine only started in 2004. I had brought back all the reviews I had written to have some content right at the launch of the website. So, that’s what it is : money, publishing on the internet made so easy, making your stuff available to the whole world in just one click, the lack of time, not spending my nights laying out the zines, forgetting about the scissors and the glue. I’m still toying with the idea of putting out a paper version of P&F one day, I’m missing it, maybe once in a year to recap all or most of what has been written during the year but I think I’ll never come round to actually doing it. Except if someone comes up and tells me they are ready to take care of it !

Do digital copies of the issues of SONIK exist ? Is there any place where we can find them ?*

No, not to my knowledge, no digital copy. And don’t count on me to do that, I don’t even have all the issues. Only the templates and in a really bad state at that. However, I learnt recently that the fanzinothèque in Poitiers has all the issues… and also some friends but there, it would be more complicated !

In SONIK, there were extra-musical articles – I remember a whole section on the writer Louis Calaferte – that are not to be found in Perte & Fracas, is there any particular reason for this ?

Time and… Well, no, not money ! I’d like to do much more. More reviews, live reports, articles of all types but, even if I don’t sleep a lot, I don’t manage to. And then, you need to feel the urge to write about something other than music, find the topic that is going to motivate you but, in fact, I don’t think I’m looking for anything. Even if there are plenty of non musical topics that I’m interested in I keep them to myself now. Perte & Fracas is really about music and nothing but music.

You have published a handful of interviews too but the last one dates back from 2014. Is it something that you are not interested in anymore ?

Oh yes, enormously but just like the previous answer : lack of time (except for answering them, hahaha) and laziness. In fact, good conditions to make good interviews are pretty hard to find. When a band comes for a gig, it’s often quite tricky to catch them between balances, dinner, the gigs, in the corner of a noisy backstage area – not to speak of bands who don’t give a shit. On top of that, my English leaves a lot to be desired. If I manage to make myself understood, I don’t get half of what they say (or maybe I should just do French bands?) Better do it through writing then but that has its limits too. You can’t build up on answers, you can’t have a real conversation. I also think I’ve been quite disappointed with some of the interviews I did in the past, not much interesting really came out of them. The best would be to spend a whole day – outside of tours – to have a real chat with a band, with no time pressure, no stress – but I’m dreaming here. And then in the end, to be perfectly honest, when I go to a show, I’d rather drink beers and chat with mates, because musicians, they’re all wankers, ha ha ha !

The art of losing and Oldies – bands biographies, commented discographies and records free to download – are absolutely killer sections. What made you want to do this « historical work » ? Did it have to do wih the fear that some pre-internet bands might fall into oblivion ?

If a record has just been released or if it dates back from a number of years, the principle is the same, the desire to make people discover that record. I don’t give a fuck about the year written on it, there’s no expiry date for good music. During my whole life (and still today), I’ve discovered records long after they came out, records that I still tremendously enjoy listening to. So my point is, if I can get people to discover bands like Glazed baby, Dazzling killmen, Craw, Dog faced hermans and so on, more obscure records that would have deserved more light, why shouldn’t I do it ? In fact, I’m still in the skin of a high-school boy who would trade tapes with his mates at breaktime. Hey, I’m gonna make a copy of that band for you, you’ll tell me what you think and in return they would make me copies of other records, we had a whole traffic in tapes. The only thing is that now we trade mp3 links. I also learnt while talking to people younger than me – but not only – that bands that seem totally obvious to me, that I figured everybody knew, well that wasn’t the case at all. I was totally out of sync ! What, you’ve never heard of Dazzling killmen !!!!???? You don’t know the first two singles of Blunderbuss ??!! Were you living in a cave or what ? Well in fact it’s not suprising at all, not only for a question of age but also because most of those bands in The art of losing or Oldies are rather confidential, only a handful of people were into them at the time when the internet didn’t exist and when it was harder to make your band known whereas now you just put your first demo on Bandcamp and you’re all over the world. So that’s what it is, I hope that with these two sections, younger people can discover plenty of records and older ones can blow the dust off their musical culture or fill in the blanks. No will to make a historical work as you say, even if, with time, it’s starting to look a bit like that and that suits me just fine. No fear either, for all of this is not really planned from my part and in the end I’m just quite pleased that some of the records that I cherish so much can be heard again, that a trace might remain. Having said that, it must be important to some of the bands not to fall into oblivion, some have asked to be portrayed in the The art of losing section… I’ve also managed to get my hands on some records that had never been released because the band had split in the meantime. When the members of the band came across the articles in The art of losing by chance, they spontaneously got in touch with me and were really happy to have a chance to make the recordings that had never been released heard… I even learnt a few years ago that the English band Headbutt had put the article devoted to them in the Oldies section as « official » link on their Discogs page !

Humeur massacrante (« Foul mood ») is a section that I must admit I read with a somewhat guilty pleasure. I can imagine it’s not to everybody’s taste… What does it represent for you ? Do you think that, deep inside, every music fan is a little dictator that thinks he holds the ultimate truth, worshipping certains bands and vilifying others ?

I believe you’re not the only one that reads it with this guilty pleasure, like you say, I have had some feedback in that sense. The more shit you talk about others, the more people love it. Humeur massacrante reveals the darker side of you all !! And yes, it’s not to everybody’s taste. Especially of the bands that are in it, even if most of them takes it really well and even anticipate it when they send me their records and say to me I’m gonna have a good time having a go at them… Well, in fact, I take no pleasure in doing that. First, because I’m forced to listen to those records (a professional to the bitter end!) and sometimes it’s a real torture for my ears ! And because I’d rather spend time writing on music that I like, it’s much easier ! If I started this section, it was to stuff in all the records that I had received (or that I had made a mistake of buying) and that I didn’t like or I wondered why they had been sent to me since they didn’t fit at all with P&F. I could very well have ignored them (I do that sometimes) or bin them straight away (I do that often too) but as people had done the effort to send them to me, I wanted to make the effort to write about them. At the beginning, I was just thinking of writing a few lines, rather neutral and descriptive but it became quickly very boring to do and read. So I started wanting to do it in an ironic way and the idea of Humeur massacrante quickly came to me. But this section is to be read with humour most of the time (and this, lots of bands have understood), with bad faith and a cheesy sense of provocation, stupid humour, a very uncensored and direct way to speak about music, exactly the way you talk about music with friends in a bar. It’s not to be taken too seriously, but then again sometimes it should be… And that will teach some a lesson who send promotional material without being aware of the fundamentals of who they’re writing to. That has always freaked me out.

It’s a way to go against all the hipocrisy that I can read on numerous blogs/webzines that will lick the asses of labels, bands and communication agents with no critical outlook whatsoever, or just copy and paste all the biographical elements that they are stuffed with or are happy with just writing about what they are sent for promotion without ever trying to discover records by themselves or buying their own records, which is why a lot of webzines look alike. Or even fight against some labels or bands that try, artfully or not, to put some pressure on you so that you write positive things about their work of art. No way, I write what I want and you can kiss my ass.

But, above all, I’m the only one who’s responsible for those reviews, positive or negative. I’ve taken care to write on the « Contact » page that « Perte & Fracas only translates the opinions of a humble hard-worker. Read between the lines. Make up your own mind. » I don’t own the one and only truth, it’s just an opinion among other opinions, you can do what you want with it. If someone thinks he holds the ultimate truth, he is a true asshole or maybe his name is Philippe Manoeuvre (which is the same, by the way). I can say plenty of positive stuff or even shower some bands with praise (and that’s the majority of the reviews on P&F, I think) or shoot others down in flames (and sadly they’re often the ones that people remember the best) but in the end it’s only just the point of view of a guy in his Council flat trying to write in the most honest way what he feels when listening to a record. End of story.

Layout from issue 3 of Sonik, butcher style

Perte & Fracas is the exact opposite of typical musical webzine of 2019, stuffed to the mouth with short news, photos, videos. What do you think of that ?

I think that I’m old ! Perte & fracas, an old-school webzine ! Seriously first, I don’t have the technical and artistic knowledge to make a fancy looking website. I make P&F with a version of Dreamweaver that dates back from around 2000, see what I mean ? One day, I’m gonna be seriously deep in shit because of that but as long as it works… On the other hand, I’ve always wanted to make a clear looking website, easy to browse without being overcome with thousands of pieces of information, pictures and of course content is more important than style. So, yeah, nothing very glamorous. I spend more time writing than making super cool looking animations or quizzes involving exclusive listenings… That wasn’t planned at first but now I like the idea that P&F is the kind of site where you stop, you rest, you come back regularly to search, to discover accidentally, off the beaten track, outside of trends, far from the current news or even a little ouside of time. Sometimes I hear that reviewing records is not really useful anymore, when you can just click on a link and listen to what it sounds like, who cares about the opinions of some obscure wannabe writers ? There might some truth in that. But, first, with all the thousands of records that come out, webzines and magazines can act as a filter (subjective, of course) for all the people who don’t have the time or the will to search deeper. And more importantly, I’ve always loved to read about music in general, even music that I didn’t specially like, read about what other people thought about records, learn about bands and so on. I don’t want P&F to become just another news feed about records releases, bandcamp links and youtube videos, cold and without passion, with a mark out of ten for all comment. Speaking about music, that’s important, it’s part of all that rock folklore that I’m in love with. There’s something human behind it all that touches me, the will to go a little bit deeper into that sensation that music gives you, wondering why that record blows your mind, makes such a strong impression on us, how it does speak to you /reach out to us , it’s kind of like giving a little substance to music, a memory that will pass the test of time, a mysticism around music that is important for us to feed.

That’s also the reason why I need to have the actual record between my hands to speak about it and why I take a photo of all the covers. To prove that there are  people behind all this, musicians, sound engineers, graphic artists and so on, who take time, work their asses to make records, visuals, objects that are sometimes really beautiful. Music is not MP3 and JPEG! So yeah, I’ll carry on writing, writing and writing because for me it’s the best way to tell someone to listen to a record, to communicate your desire and your passion.

Your style of writing is really personal and the way you use images to talk about music is sometimes more captivating than the actual listening of the records themselves. Do you write on other occasions than Perte & Fracas ? Have you ever written for magazines ? Has someone ever asked you to do that ?

Thanks for the comment on the writing but the best comment you can make on P&F is « Thanks for making me discover that record or that band » and not on the way it is written. Writing is just a way to make that not too unpleasant, it’s really secondary. And the words, the images that you use, the feelings, the emotions that listening to a record gives to you, the way you look at it, it’s only one part of the problem. The information that you’re giving, the knowledge on the band and the critical outlook you have are more important. The heart of a fanzine is to make people want to listen to such and such a record, not to prove yourself the best writer otherwise you’ve got to stop right now, write a novel or I don’t know what and, personnally, I have absolutely no desire to do that, not to speak of the skills. As I said in the first answer, anybody can write reviews, it’s just a matter of putting yourself to it. The rest of it is practice and perseverance ! As an ad for I don’t remember which sport said, the harder is not to start, it’s to keep going ! So I only write for P&F. I’ve written three or four reviews for a magazine that stopped in 2004, called L’Oeil électrique (done mostly by the guy whose artist name is now John-Harvey Marwanny). Paquito Bolino had also asked me to write something for a zine that he wanted to put out really long ago and I think it never came to being done. That’s all if I remember correctly and nobody else ever asked me anything.

120 reviews from Perte & Fracas

Apart from the pleasure of writing, what does the webzine bring you ?

Errr, the right to answer interviews ? Frankly, I’ve always taken and done P&F with the simple aim to make other people discover bands that I love, present or past. Music and only love of music (beautiful, heh?). I’ve never expected something in return. Now, except a few free records (not enough in my opinion and especially not the ones I really want!), download links (way too many !), to have the huge privilege to listen to the records before they come out, a inter-stellar appreciation that is always pleasant and meeting a few nice people (not too many though, heh!) P&F is good for my daily balance (still lots of room for improvement !), it’s a kind of shelter, a way to escape the harsh and merciless reality of life, a personal world in which I slip really personnal stuff although making people discover records remains the ultimate goal. I do it naturally, I never force myself, taking lots of pleasure in the process, without thinking too much about consequences. I started P&F (and SONIK before that) first for myself because I needed to speak about music – I couldn’t explain it – I have to speak about all these records that I absolutely love and, more and more, to share, in the hope that some people will enjoy the fact that P&F exists. Some collect stamps or get crazy about country western dance. Me, it’s writing about rock’n roll !

Perte & fracas was also a label, the label of one record « The perturbation theroy » by Moller-Plesset. Can you tell us a word about it ? Were there any plans to put out other records ?

That was more the story of some friends that we wanted to help and support. It all started with their first album Rather Drunk Than Quantum that we had put out with Kfuel. After that I carried on on my own when I created perte & Fracas and put out The Perturbation theory. I had plans to put out plenty of other records, to fully throw myself into the adventure of a label but it never came to being done. First because The perturbation theory sold really bad (we still have copies, ask Moller, I gave them the whole lot !), I lost money (the SONIK syndrome…) and more surely I think I didn’t have the will to carry on. If you really have something that is vital to you, you always find the means – money, time and so on – to make it happen, you overcome problems, you get really involved and that just didn’t happen for me… Perte & Fracas, a born dead label, even if you never know, I could fall for something that would make me want to start again…

No more questions… OH YES ! If Jesus Lizard plays in france in 2019, will yo go and see them ? And in 2029 ?

I see you are aware of my passion for Jesus Lizard… The last time I saw them, that was in rennes at the Antipode before the break-up, the first one before the numerous reunions for tours. It’s not really a good memory. Mac McNeilly, the drummer, wasn’t there anymore, it wasn’t even Jim Kimball but an obscure and you could feel the end was near, just a routine gig. But all the feedback on their many reunions are really good so if they play in Rennes I couldn’t help myself and would go and see them but I wouldn’t drive like crazy for them either. I’d rather stay with my glorious old memories like the first time I saw them in Bruxelles and then in Paris (at the Gibus!) the day after. That was between Goat and Liar. I didn’t care about how many kilometers I had to do to see them at that time !! In 2029, I’ll be senile, deaf or dead. But less than them.

*Yes, in fact there are. By doink a simple internet search, you fall upon the  site of the amazing fanzinothèque de Poitiers where you can follow a link to the 3rd issue of   SONIK and also plenty of other really cool fanzines of that era : Positive rage, Tranzophobia, Peace warriors, and so on.

>>>>>>>>>> PERTE & FRACAS

« Long distance noise-rocker » : interview de Xavier (fanzine SONIK/webzine Perte & Fracas)

 C’est sûrement difficile aujourd’hui d’imaginer l’importance qu’avaient les fanzines pour la culture underground dans les années 80 et 90. Ces petits magazines confectionnés à la main et photocopiés la plupart du temps étaient souvent la seule et unique source d’information et de connaissance et faire un fanzine était presque aussi cool que de jouer dans un groupe. Un fanzine, c’était potentiellement tout un monde de groupes et de scènes qui s’ouvrait à toi. En tous cas, c’est exactement l’effet que me fît SONIK. Ce fanzine a fait connaître au gamin fan de hardcore-punk que j’étais une musique qui y ressemblait mais pas totalement. Des rythmes plus étranges, plus complexes, des sonorités qui pouvaient emprunter au jazz ou aux musiques expérimentales ou électroniques. Les noms de Sabot, Zeni geva, Dog faced hermans, Heliogabale, Pain teens ou Melt banana me sont devenus familiers, parmi beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres. Plus de 20 ans plus tard, Xavier publie toujours comme un fou à propos de ce punk bizarre qu’il aime tant sur son webzine Perte & fracas et il était impossible de passer à côté de l’occasion de l’interviewer, même si ce n’est qu’une interview par mail. De bonnes grosses réponses massives, directes, sincères et passionnées, comme je m’y attendais. Merci Xavier.

Le nombre de critiques que tu publies est impressionnant ! Comment trouves-tu le temps d’écouter tous ces disques et  d’écrire ? Euh… tu les écoutes, hein ?

Grâce à une discipline de fer et une hygiène de vie irréprochable. Et une conscience professionnelle incroyable qui fait que oui, j’écoute tous ces disques. Hélas des fois. En fait, j’écoute de la musique du matin au soir, tout le temps, par tous les temps et par tous les moyens que le monde moderne a mis à notre disposition même si au final, c’est ma bonne vieille platine vinyle qui use surtout. Je crois que j’aime ça tout simplement. Ça fait pas loin de 30 ans que j’écris des chroniques donc c’est une gymnastique quotidienne devenue très facile (en général), comme une seconde peau, comme manger ou pisser, ça me prend pas énormément de temps contrairement à l’écoute. Là, je peux être assez long avant de me lancer à chroniquer un disque, j’aime bien avoir l’impression d’en avoir fait le tour même si c’est impossible. Du coup, les chroniques arrivent souvent en retard par rapport aux sorties mais je m’en fous, rien ne presse. Et puis, chroniquer un disque, c’est franchement pas compliqué. J’étais tombé par hasard y’a pas mal d’années sur un bouquin d’Alain Dister, journaliste rock, avec au verso une de ses citations qui disait un truc du genre « n’importe quel connard peut écrire sur le rock ». Je suis carrément d’accord avec ça. Et il disait ça au début des seventies, quand internet, tous les blogs, webzines n’existaient pas encore, alors que n’importe qui peut donner désormais son avis très facilement. Un visionnaire le mec !

Revenons à la préhistoire : peux-tu nous parler de la transition entre le fanzine SONIK que tu faisais dans les années 90 et Perte & fracas ? Qu’est-ce qui a motivé le passage au numérique ?

Le temps et l’argent ! Sonik s’est arrêté au n°8 en mai 96. Il faisait 120 pages environ, tirage 500 exemplaire, couverture couleur, et chaque exemplaire me revenait à 25 francs (environ 4 euros pour les plus jeunes !) et je le revendais… 25 Frs. J’ai toujours été un très bon gestionnaire. A l’époque, 25 Frs, c’était déjà pas mal (le prix d’un single, voir plus) et le vendre plus cher, c’était trop. Et comme il fallait après l’envoyer dans de multiples dépôts à travers la France via La Poste à mes propres frais, je perdais trop d’argent. Rien qu’un colis de 10 n° revenait dans les 50/60 balles donc le compte a été vite fait, j’ai fermé boutique hélas… Quelques temps après, internet a commencé à débarquer pour le grand public et avec l’asso KFuel dont je fais partie, on a monté un site pour parler de nos activités, essentiellement l’orga de concerts. C’est à ce moment là que j’ai pu reprendre les chroniques en créant une rubrique zine, c’était vers 97. C’est pour ça d’ailleurs qu’on retrouve plein de chroniques sur P&F allant de 96 à 2003 alors que le webzine s’est crée qu’en 2004. J’avais rapatrié toutes les chros que j’avais écrites pour KFuel pour avoir du contenu à l’ouverture. Donc, voilà, le fric, la facilité de publier sur internet, la diffusion instantanée dans le monde entier, le manque de temps, ne plus passer des nuits blanches à mettre en page, à ressortir la colle et les ciseaux. Je caresse toujours l’espoir un jour de sortir une version papier de P&F, ça me manque, genre une fois l’an pour récapituler une grande partie ou la totalité des écrits de l’année qui viennent de s’écouler mais je crois que ça se fera jamais ! Sauf si quelqu’un-e me dit un jour qu’il/elle est prêt-e à se porter volontaire pour s’en occuper !

Les numéros de SONIK ont-ils été numérisés ? Est-ce qu’on peut les trouver quelque part ?*

Non pas à ma connaissance, pas de numérisation. Et ne compte pas sur moi pour le faire, j’ai même pas tous les numéros. Juste les maquettes dans un piteux état. Par contre, j’ai appris récemment que la fanzinothèque du Confort Moderne à Poitiers à tous les n°… et chez des potes aussi mais là, ça va être plus compliqué !

Dans SONIK, il y avait des articles extra-musicaux – je me souviens d’un dossier sur Louis Calaferte – qu’on ne retrouve plus sur Perte & Fracas, y a-t-il une raison particulière à cela ?

Le temps et… ah non, pas l’argent ! J’aimerais en faire beaucoup plus. Plus de chros,de scene reports, d’articles en tout genre mais même si je ne dors pas beaucoup, je n’y arrive pas. Et puis, il faut avoir aussi l’envie d’écrire sur autre chose que la musique, sentir le sujet qui va te motiver mais en fait, je crois que je ne cherche pas. Même si plein d’autres sujets non musicaux m’intéressent, je les garde pour moi maintenant. P&F, c’est vraiment la musique et rien que la musique.

Tu as publié aussi quelques interviews mais la dernière date de 2014. C’est quelque chose qui ne t’intéresse plus ?

Si énormément mais comme pour la réponse précédente, manque de temps (sauf pour y répondre hahaha) et la flemme. En fait, ce sont surtout les conditions pour faire une bonne interview qui manquent. Lors de la venue d’un groupe en concert, c’est souvent chaud pour choper le groupe entre deux balances, le repas, les concerts, dans un coin de backstage bruyant sans parler des groupes qui s’en tapent. En plus, mon anglais laisse grandement à désirer. Si j’arrive à me faire comprendre, j’entrave pas la moitié de ce qu’ils répondent (ou alors ne faire que des groupes français ?). Autant le faire par écrit alors mais là aussi, c’est limité. On ne peut pas rebondir sur ce que la personne vient de dire, on ne peut pas instaurer une véritable discussion. Je crois aussi que j’ai pas mal été déçu et frustré par plusieurs interviews que j’ai pu faire dans le passé, pas grand chose d’intéressant en sortait. L’idéal, ce serait de passer une journée, en dehors des tournées, pour taper la discute avec un groupe, sans contrainte de temps, sans stress mais là je rêve. Et puis au final pour être tout à fait honnête, quand je vais à un concert, je préfère aller boire des bières et discuter avec les potes parce que les musiciens, c’est que des branleurs hahaha !

The art of losing et Oldies – biographies de groupes, discographies commentées et disques en téléchargement libre – sont vraiment des rubriques géniales : qu’est-ce qui t’a donné l’envie de faire ce « travail historique » ? Est-ce qu’il y avait la peur que ces groupes pre-internet tombent dans l’oubli ?

Qu’un disque vienne de sortir ou qu’il date de pas mal d’années, le principe reste le même, avoir envie de faire découvrir un disque. Je m’en fous de l’année marquée dessus, y’a pas de date de péremption pour la bonne musique ! Tout au long de ma vie (et encore maintenant), j’ai découvert plein de disques bien après leurs sorties, des disques que j’ai toujours beaucoup de plaisir à écouter aujourd’hui. Alors je me suis dit, si je peux faire découvrir des groupes comme Glazed Baby, Dazzling Killmen, Craw, Dog Faced Hermans etc etc et des disques plus obscurs mais qui auraient mérité plus de lumière, pourquoi se gêner ?! En fait, je suis toujours dans la peau du lycéen qui échangeait des cassettes avec ses potes à la récré. Tiens, je vais t’enregistrer ce groupe, tu m’en diras des nouvelles et en retour, ils me faisaient des copies d’autres disques, on avait tout un trafic de cassettes. Sauf que maintenant, on s’échange des liens MP3. J’avais aussi découvert lors de discussions avec des personnes plus jeunes (mais pas seulement !) que moi que des groupes qui apparaissaient comme des évidences, que tout le monde connaissait, hé bien ce n’était pas le cas du tout, j’avais un gros décalage. Quoi, tu n’as jamais entendu parler de Dazzling Killmen !!!!???? Tu ne connais pas les deux 1ers singles de Blunderbuss ??!! Tu vivais dans une grotte ou quoi ?! Alors que c’était normal en fait, non seulement à cause d’une question d’âge mais aussi parce que la plupart de ces groupes dans The Art of Losing ou Oldies sont assez confidentiels, n’ont intéressé qu’une poignée de personnes à l’époque où internet n’existait pas et où il était plus difficile de se faire connaître alors que maintenant, tu mets ta 1ère démo sur Bandcamp et tu fais le tour du monde. Donc voilà, j’espère qu’avec ces 2 rubriques, les plus jeunes peuvent découvrir plein de disques et les plus vieux dépoussiérer leur discographie ou combler les trous. Pas de volonté de faire un travail historique comme tu dis même si avec le temps, ça en prend la tournure et que c’est pas pour me déplaire. Pas de peur non plus car tout ça est bien involontaire de ma part et ce n’est pas désagréable au final que certains disques obscurs que je chéris tant puissent se faire entendre encore, qu’une trace subsiste. Par contre, ça doit être important pour certains groupes de ne pas tomber dans l’oubli puisque certains m’ont demander de figurer dans The Art of Losing… J’ai également réussi à choper des disques qui ne sont jamais sortis parce que les groupes avaient splitté entre temps. Quand les membres de ces groupes sont tombés par hasard sur les articles de The Art of Losing, ils m’ont spontanément contacté et étaient très heureux de pouvoir faire entendre leurs enregistrements qui ne sont jamais sortis… J’ai même découvert il y a quelques années que les Anglais de Headbutt sur le site Discogs avait mis comme lien « officiel » pour leur groupe la page Oldies que P&F leur a consacrée !

Humeur massacrante est une rubrique que je prend un malin plaisir à lire. J’imagine qu’elle n’est pas du goût de tout le monde… Qu’est ce qu’elle représente pour toi ? Penses-tu que, en son for intérieur, tout fan de musique est un ayatollah qui pense détenir la vérité ultime, adoube certains groupes et voue tous les autres aux gémonies ?

Je crois que tu n’es pas le seul à prendre un malin plaisir comme tu dis à lire cette rubrique, j’ai eu pas mal d’échos dans ce sens. Plus on dit du mal des autres, plus les gens adorent. L’humeur massacrante révèle le coté obscur de chacun d’entre vous !! Et effectivement, elle n’est pas du goût de tout le monde. Surtout des groupes qui y figurent même si la plupart le prennent très bien et l’anticipent même quand ils m’envoient leur disques en me disant que je vais pouvoir me défouler sur eux… Alors qu’en fait, je ne prends pas de plaisir à le faire. Déjà, parce que je suis obligé d’écouter ces disques (conscience professionnelle jusqu’au bout !!) et que parfois, c’est une vraie torture pour mes oreilles. Et parce que je préfère passer du temps à écrire sur de la musique que j’apprécie, c’est beaucoup plus facile. Si j’ai fait cette rubrique, c’était pour caser tous les disques que j’avais reçus (où les erreurs d’achat) et qui ne me plaisaient pas ou que je me demandais pourquoi je les avais reçus parce qu’ils ne correspondaient pas du tout à P&F. J’aurais très bien pu les ignorer (ce que je fais parfois) et les balancer à la poubelle (où ils finissent par atterrir souvent) mais comme on avait fait l’effort de me les envoyer, je voulais faire l’effort d’en parler. Au début, je pensais écrire quelques lignes seulement, assez neutres et descriptives, mais je trouvais ça vite barbant à faire et à lire. J’ai voulu donc le faire sous un angle un peu décalé et l’idée de l’humeur massacrante m’est venue rapidement. Mais cette rubrique est à lire au second degré la plupart du temps (et ça, beaucoup de groupes l’ont compris) avec de la mauvaise foi et de la provocation gratuite, de l’humour bête et méchant, une façon sans filtre et très directe de parler musique comme quand on parle zique avec des potes sur le bord d’un comptoir de bar, il ne faut pas la prendre trop au sérieux. Mais pas toujours non plus… Et ça apprendra à certains à envoyer des disques à l’aveugle sans prendre un minimum d’infos sur le zine à qui on envoie de la promo, ils tendent vraiment le bâton pour se faire battre. Ça, ça me sidère.
C’est une façon aussi d’aller à l’encontre de toute l’hypocrisie que je peux lire dans de nombreux webzines/blogs qui lèchent bien le cul des labels, groupes et autres attaché(e)s de presse, sans aucun avis critique, ou en se contentant de reprendre les éléments biographiques qu’on leur refile sous le nez ou en se satisfaisant de chroniquer uniquement ce qu’on leur envoie en promo sans jamais chercher à découvrir des disques par eux-mêmes et en achetant leurs propres disques, ce qui fait que beaucoup de zines se ressemblent. Voir de lutter contre des labels/groupes qui essayent plus ou moins habilement de vous mettre la pression pour que vous écriviez des choses positives sur leur oeuvre d’art. Nan, j’écris ce que je veux et je vous emmerde.
Mais surtout, ces chroniques, positives ou négatives, n’engagent que moi. J’ai pris le soin sur la page « contact » d’écrire que « Perte & Fracas ne fait que traduire les opinions d’un modeste besogneux. Lisez entre les lignes. Ayez votre propre avis. » Je ne possède aucune vérité, je ne possède pas LA vérité, c’est juste un avis parmi d’autres, vous en faites ce que vous voulez après. Si quelqu’un pense qu’il détient la vérité ultime, c’est un véritable crétin ou alors il s’appelle Philippe Manoeuvre, (ce qui revient au même). Je peux dire beaucoup de bien, voir encenser des groupes (et ça constitue la majorité des chros sur P&F je pense), en descendre d’autres (mais ce sont toujours celles là dont on se souvient le mieux hélas…) mais ça restera toujours uniquement l’avis et rien d’autre d’un mec dans son HLM qui essaye d’écrire le plus honnêtement possible ce qu’il ressent à l’écoute d’un disque. Point barre.

Mise en page au hachoir extraite de SONIK #3

Perte & Fracas, c’est l’exact opposé du webzine musical typique de 2018, bourré jusqu’à la gueule d’infos courtes, d’images, de vidéos. Qu’est-ce que ça t’inspire ?

Que je suis vieux ! Perte & Fracas, un webzine old-school ! Bon déjà, j’ai pas les connaissances techniques et artistiques requises pour faire un site super chiadé. Je fais P&F avec une version de Dreamweaver datant de 2000 environ, tu vois le genre. Un jour, je vais sûrement être dans la merde mais tant que ça marche… En même temps, j’ai toujours voulu faire un site clair, où il est facile de s’y retrouver sans que le lecteur soit bombardé de centaines d’infos, d’images et en privilégiant bien sûr le fond à la forme. Donc oui, rien de très glamour. Je passe plus de temps à écrire qu’à faire de superbes animations ou des jeux concours avec des écoutes en exclusivité… Ce n’était pas calculé au départ mais maintenant, j’aime l’idée que P&F soit le genre de site où on prend le temps de s’arrêter, se poser, y revenir régulièrement pour fouiller, découvrir au hasard, en dehors des sentiers battus, des modes, de l’actualité voir un peu hors du temps. J’entends parfois que faire des chroniques ne sert plus à grand chose, qu’il suffit de cliquer sur des liens et les personnes peuvent tout de suite écouter à quoi ça ressemble, qu’on s’en fout des avis de quelques obscurs scribouilleurs. C’est peut-être vrai. Mais d’abord, avec tous ces milliers de disques qui sortent, les webzines/mags permettent de faire un peu de tri (subjectif forcément) pour toutes les personnes qui n’ont pas le temps/l’envie de fouiller. Et surtout, personnellement, j’ai toujours adoré lire sur la musique en général même celle que je n’apprécie pas spécialement, lire ce que peuvent penser d’autres personnes sur des disques, apprendre des choses sur les groupes etc. Je n’ai pas envie que P&F devienne un agrégateur de news sur les sorties de disques, de liens Bandcamp ou de vidéos Youtube, froid et sans passion avec une note sur 10 pour toute appréciation. Parler de musique, c’est important, ça fait partie de tout ce folklore rock que j’adore. Ya quelque chose d’humain derrière tout ça qui me touche, c’est l’envie d’aller un peu plus profondément dans cette sensation que procure la musique, se demander pourquoi tel disque nous retourne, nous fait cet effet là, en quoi ça nous parle, ça donne un peu comme un support consistant à la musique, une mémoire qui va rester, une mystique sur la musique qu’il est important d’entretenir.
C’est pour ça aussi qu’il me faut le disque entre les mains pour en parler et que je prends en photo toutes les pochettes. Montrer que y’a des gens derrière tout ça, des musiciens, des ingénieurs sons, des dessinateurs etc… qui prennent du temps, bossent, se donnent un mal de chien pour faire des disques, des visuels, des objets parfois très beaux. La musique, ce n’est pas du MP3 et des jpg ! Donc oui, je continuerais d’écrire, écrire et écrire encore parce que pour moi, c’est le meilleur moyen pour dire à quelqu’un d’écouter un disque, lui faire partager ton envie et de communiquer ta passion.

120 chroniques de Perte & Fracas

Ton écriture est vraiment personnelle et ta façon très imagée de parler de la musique est parfois presque plus captivante que l’écoute des disques même. Ecris-tu à d’autres occasions que Perte & Fracas ? As-tu déjà écrit pour des magazines ? Est-ce qu’on te l’a proposé ?

Merci pour ta remarque sur l’écriture mais le plus beau commentaire qu’on puisse faire pour P&F, c’est « merci de m’avoir fait découvrir tel disque ou tel groupe » et non pas sur la façon dont c’est écrit. L’écriture n’est qu’un moyen de rendre tout ça pas trop désagréable, c’est secondaire. Et les mots, les images que tu utilises, les sentiments, les émotions que l’écoute d’un disque te procure, la façon dont tu tournes tout ça ne sont qu’une partie de la donne. Les infos que tu vas fournir, la connaissance du groupe et surtout l’esprit critique sont encore plus importants. L’essentiel dans un zine, c’est de donner envie aux personnes d’écouter tel ou tel disque, pas de se faire mousser pour son écriture sinon faut arrêter tout de suite et écrire un roman ou je ne sais quoi et perso, je n’ai strictement aucune envie de ce coté là et encore moins les capacités. Comme je disais dans la 1ère réponse, n’importe qui peut écrire des chroniques, il suffit de s’appliquer un minimum. Le reste, c’est de l’entraînement et de la persévérance. Comme dit une pub pour je ne sais plus quelle marque de sport et sa pratique, le plus dur, c’est pas de s’y mettre, c’est de s’y tenir ! Je n’écris donc que pour P&F. J’ai écrit 2,3 chroniques pour un magazine qui n’existe plus depuis 2004, ça s’appelait l’Oeil électrique (fait notamment par le gars dont le nom de scène est désormais John-Harvey Marwanny). Paquito Bolino m’avait demandé aussi d’écrire un truc pour un zine qu’il voulait sortir y’a fort longtemps mais je crois que tout ça est tombé à l’eau. C’est tout si je me rappelle bien et on ne m’a jamais rien proposé sinon.

Outre le plaisir d’écrire, qu’est-ce que le webzine t’apporte ?

Euh, le droit de répondre à des interviews ? Franchement, j’ai toujours envisagé et fait P&F dans le but tout simple de faire connaître des groupes que j’aime, présents ou passés, à d’autres personnes. La musique et rien que l’amour de la musique (c’est beau hein ?!). Je n’ai jamais rien attendu en retour. Maintenant, à part quelques disques gratos (pas assez à mon goût et surtout pas ceux que je voudrais !), des liens de téléchargement (beaucoup trop !) pour avoir l’immense privilège d’écouter les disques avant leur sorties, une reconnaissance inter-planétaire toujours appréciable et la rencontre de quelques personnes sympathiques (pas trop quand même hein), P&F, c’est bon pour mon équilibre quotidien (y’a du boulot !), une sorte de refuge, d’échappatoire à la dure et impitoyable réalité de la vie, un monde personnel dans lequel je glisse des choses intimes bien que faire découvrir des disques restent le but ultime. Je fais ça naturellement, sans me forcer, en prenant beaucoup de plaisir, sans réfléchir à tout ce que ça entraîne. J’ai commencé P&F (et Sonik avant) pour moi même d’abord parce que je sentais que j’avais besoin de parler de musique – et je ne pourrais pas l’expliquer – il faut que je parle de tous ces disques que j’adore et ensuite de plus en plus, pour le partage en espérant que d’autres personnes soient satisfaites que P&F existe. Certains collectionnent les timbres ou se passionnent pour la pratique de la danse country. Moi c’est écrire sur le rock’n’roll !

Perte & Fracas, ça a aussi été un label, celui d’un disque The perturbation theory de Moller-Plesset. Peux-tu nous en dire un mot ? Y avait-il l’idée de sortir d’autres disques ?

C’est surtout une histoire de potes qu’on avait envie de soutenir et d’aider. Ça a commencé avec leur 1er album Rather Drunk Than Quantum que nous avons sorti avec KFuel. Après j’ai continué l’aventure tout seul quand j’ai crée Perte & Fracas et publié The Perturbation Theory. J’avais dans l’idée de sortir plein d’autres disques, de me lancer dans l’aventure du label mais ça s’est jamais fait. Déjà parce que The Perturbation Theory s’est très mal vendu (il reste toujours des exemplaires, demandez à Moller, je leur ai tout filé !), j’ai perdu des thunes (le syndrome Sonik…) et plus sûrement, je crois que j’avais pas réellement la motivation pour continuer. Si vraiment on a un truc qui tient à coeur, on trouve toujours les moyens – financier, le temps etc – pour le faire, on dépasse les contraintes, on s’implique vraiment et ça n’a jamais été le cas… Perte & Fracas, un label mort-né même si on sait jamais sur un coup de coeur…

Plus de question… AH SI ! Si Jesus Lizard passe en France en 2019, tu iras les voir ? Et en 2029 ?

Je vois que tu connais ma passion pour Jesus Lizard… La dernière fois que je les ai vu, c’était à Rennes à l’Antipode avant la séparation, la première avant les nombreuses reformations pour des tournées. Je n’en garde pas un bon souvenir. Le batteur Mac McNeilly n’était plus là, c’était même pas Jim Kimball mais un obscur besogneux et on sentait que c’était la fin, un concert de routine. Mais tous les échos de leurs multiples reformations sont bons donc s’ils repassent à Rennes, je ne pourrais pas m’empêcher d’aller les voir mais je ferais pas des centaines de kilomètres non plus. Je préfère rester avec mes vieux et beaux souvenirs comme la première fois que je les ai vus à Bruxelles puis Paris (au Gibus !) le lendemain, c’était entre Goat et Liar. A ce moment là, je comptais pas les kilomètres pour les voir !! Et en 2029, je serai gâteux, sourd ou mort. Mais moins qu’eux.

*Oui, il en existe. En faisant une simple recherche internet, on tombe sur le’site de l’irremplaçable fanzinothèque de Poitiers où on trouve un lien vers le troisième râle de SONIK ainsi que vers pleins d’autres fanzines géniaux de l’époque : Positive rage, Tranzophobia, Peace warriors, etc.

PS L’illustration en entête de cette interview est celle de l’insert du LP « Dig out the switch » de Dazzling killmen, autre groupe chouchou des pages de SONIK/Perte & Fracas..

>>>>>>>>>> PERTE & FRACAS

Flying disk, « Urgency » LP

Tu parles le Quicksand ? Le Jawbox, le Helmet, le Girls against boys ? Si c’est le cas, il y a des chances pour que tu te retrouves en terrain familier avec cet album des Italiens de Flying disk, déjà auteurs d’une première galette sympathique. Au cours des quatre années qui séparent les deux disques, le groupe a continué à progresser et à affirmer ses choix. Son post-hardcore est de plus en plus coloré par les mélodies et les petites bombes qui ouvrent le disque – One way to forget, On the run –  donnent le ton : Flying disk vire de plus en plus du côté rock de la force. Aucun mal à ça, tout le monde aime un bon gros riff rock de temps en temps et, avec son très typé mais aux petits oignons – guitare ample qui résonne dans la nuit, basse qui ronfle impeccablement -, ces morceaux sont remplis de chouettes idées, de breaks virevoltants, de dynamiques bien maîtrisées.

Pour autant, tous les morceaux ne font pas une impression aussi satisfaisante. L’énergie se dilue un peu sur les titres du milieu et plusieurs moments moins inspirés. On ne peut quand même pas faire comme si cette musique n’existait pas depuis 20 ans et je jure sur la tête de ma maman bien-aimée que j’ai déjà entendu les arpèges de Night creatures tels quels ou presque ailleurs. L’impression aussi parfois que l’ambition mélodique du groupe se fait au détriment de la tension des morceaux et qu’il manque des titres comme Scrape the bottom sur le premier album, certes plus basique dans leur progression mélodique mais qui avait quelque chose d’instinctif et de mordant.

Album attachant, qui respire la passion, Urgency peut séduire mais aussi laisser sur cette impression de références un peu encombrantes. Heureusement, les coups gagnants sont suffisamment nombreux pour donner envie de suivre le groupe et d’entendre ce qu’il peut donner sur scène, en vrai.

Flying disk, « Urgency » LP (Brigante Records / Scatti Vorticosi / Edison Box)

>>>>>>>>>> FLYING DISK

 

« Jeudi noise » (Black Mont-Blanc, Videoiid – Tilleuls, 6 déc.)

Virée aux Tilleuls un jeudi soir. Arrivé à l’arrache mais assez tôt pour passer un moment avec les groupes de la soirée. Alors qu’on avait prévu de les faire jouer tous deux ce soir, on a eu la surprise d’apprendre que les batteurs respectifs des deux groupes se connaissaient et avaient même joué ensemble à une époque ! La soirée part sous de bons auspices. Frank raconte sa tournée en autonomie en Russie, du nord jusqu’à la Crimée avec son projet solo Sheik anorak. Ca ferait un tour report d’enfer !

Il y a déjà un public assez nombreux – pour un jeudi – lorsque commence le concert de Black Mont-Blanc. Faut dire que le trio comporte la section rythmique des Don caballero locaux – We are the incredible noise – et qu’en plus ce groupe dont on compte les concerts sur les doigts de la main jouait pour la première fois à Annecy, il me semble bien.

Probablement à cause du son, leur musique fait une impression moins violente, moins rentre-dedans que lors de leur prestation au Poulpe. Post-hardcore technique, en ébullition. Voix gueulée qui se débat dans ses entrailles. Basse retorse, perverse, qui cherche le point de faiblesse, de rupture.

Quelques moments qui respirent davantage mais le trio ne laisse guère de repos au public et son set punitif le laisse pantelant, avec toujours l’envie lancinante d’en entendre plus. Quand sortiront-il quelque chose ? Un jour, peut-être, peut-être.

Le deuxième trio de la soirée, Videoiid donc, est un groupe plutôt groupe récent formé par Frank, lyonnais exilé à Göteborg, et Arvind et Sara, deux musiciens suédois. Ils n’ont pas tant tourné en France que ça et viennent de sortir leur premier EP, donc c’était plutôt cool de les recevoir ce soir-là aux Tilleuls

Punk dissonant, tribal, hypnotique. Gerbes de guitares qui déraillent. Sur scène, la musique de Videoiid est en éruption continue et leur set court mais intense fait une impression plus urgente, plus primaire encore que sur leur enregistrement.

Ou peut-être que c’était un de ces moments spéciaux où il se passe quelque chose, puisque le groupe lui-même nous racontera après que ce concert était pour eux particulièrement réussi. En tous cas, il laissera sa marque dans nos cerveaux sidérés, de même que cette excellente soirée qu’on prolonge par une interview à paraître très bientôt.

>>>>>>>>>> BLACK MONT-BLANC

>>>>>>>>>> VIDEOIID

>>>>>>>>>>BISTRO DES TILLEULS