« Coucou chaos ! » (Michel Anoia, Dead Kiwis – Brise-Glace, 20 fév.)

Retour rapide. Rembobinage de la cassette. C’était le 20 février, au sous-sol du Brise-Glace, la salle de musiques actuelles d’Annecy. Petite salle et scène dite « club », qui a l’excellente idée d’ouvrir régulièrement ses portes aux groupes, locaux ou presque, qui tournent, enregistrent, existent dans l’ombre, parfois dans une relative indifférence, mais qui en réalité sont le sang de la scène.

Deux formations lyonnaises ce mercredi-là. Michel Anoia, formation plutôt confidentielle qui a sorti un album il y a quelques années. Assise Death/Grind bétonnée, lézardée de breaks incongrus, parsemée de dissonnances sauvages, ludiques et subliminales.

Un ensemble bien technique et chaotique, avec un son massif mais légèrement lo-fi qui reppelait un peu les Stéphanois de Rupturr.

Dead Kiwis ont déjà plusieurs disques à leur actif et enchaineront sur une tournée anglaise dans les semaines qui suivront ce concert.

Toute l’esthétique de groupe tourne autour du kitsch des années 80. Néons, petite intro façon gym tonic, le bassiste ose même le collant fluo. Les voir sur scène c’est un peu comme regarder un épisode de X-Or ou de Goldorak : le groupe projette ses rayons gamma à vitesse supersonique. Murs de riffs métalliques infranchissables. Breaks chaotiques vitesse grand V. Rafales de blasts qui laissent tous les méchants par terre.

Lourd, ultra rapide, chaotique. Dead kiwis fait tout en un seul morceau et en moins de deux minutes. Relents de Botch. Ceux qui étaient là savent.

>>>>>>>>>> MICHEL ANOIA

>>>>>>>>>> DEAD KIWIS

« Au firmament du bourrinage » (Deathcode society, Céleste – Brise-Glace, 19 janv.)

La réputation et l’aura sombre qui entoure Céleste poussait à passer les portes du Brise-Glace ce samedi-là, ne serait-ce que pour faire l’expérience de ce groupe à la démarche radicale. Public assez nombreux mais sans plus – étonnant dans une région où tout le monde est fan de Converge, la faute peut-être à un prix qu’à moitié convivial. Le set des lyonnais, en tous cas, s’est révélé d’une puissance et d’une lourdeur inouïes. Bon sang, j’en ai encore des frissons.

En ouverture, Deathcode society, sorte de black metal narratif et évocateur. Ambiances médiévales à la Dead can dance et murs de blast et de guitares plombées. Certainement pas mauvais mais pas exactement mon truc, les costumes et ces ambiances armées d’orques qui dévalent les montagnes pour attaquer le château du roi, ça me rappelle toujours le jour où je me suis fait coincé dans une soirée jeux de rôle à la fac. C’est arrivé qu’une fois. Par contre, est-ce qu’ils méritaient ce son en carton-pâte, inoffensif au possible ? C’était un choix de leur part, se faire passer pour un groupe de lounge new-wave cotonneux ?

Bloc d’une lourdeur hallucinante, à peine tempérée par quelques inflexions plus aériennes qui ne font que déployer encore davantage une pesanteur sans nom. L’agression sonore de Céleste ne laisse pas une seconde de répit. Cherche le sang. Garde les crocs plantés du début jusqu’à la fin sans jamais desserrer son étreinte.

Post-harcore suffocant. Black-métal malade d’agressivité et de noirceur. Des coups décisifs plutôt qu’une vaine poursuite de l’ originalité. Fondu dans la masse, coulé dans le béton. Et l’intensité émotionnelle folle de la voix, qui fait beaucoup pour la personnalité unique de ce groupe et rappelle le passé hardcore de certains de ses membres. Elle évoque d’ailleurs un des tous premiers groupes de hardcore hurlé français – vous pouvez dire « screamo » si vous parlez playmobil – : Finger print, qui apparaît presque comme un ancêtre de ce crossover black/hardcore.

Les lampes frontales rouges sur scène dans la quasi obscurité, les pochettes soignées et énigmatiques, le torrent de désespoir absolu charrié par les paroles : au contraire de 95% des groupes, qui devraient juste arrêter de se prendre en photo dans des poses risibles et d’encombrer les scènes de leurs panneaux publicitaires, tout, dans l’esthétique radicale de Céleste, touche au coeur (de pierre), interroge, marque l’esprit au fer rouge.

Etoile filante du bourrinage, Céleste.

Photos de Alain Grimheart, merci à lui.

>>>>>>>>>> DEATHCODE SOCIETY

>>>>>>>>>> CELESTE

 

« emo pop-punk social club » (Sport – Tilleuls, 29 juin)

Vendredi dernier au Tilleuls. Avec un seul groupe, Sport. Ils ont vraiment une thématique autour du sport. Sur leurs premiers disques, tous leurs morceaux avaient comme titre des événements sportifs ou des célébrités du sport. Mais ils ont l’air de s’être lassés.

Emo pop-punk foutraque et adorable, dans une chaleur à crever. Des échos de Braid, Get-up kids, le label Jade tree.

Public toujours trois fois trop nombreux pour le lieu. Dégueulant largement sur le trottoir. Pas littéralement, hein.

Pas cette fois.

>>>>>>>>>> SPORT

Disco boule : interview

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Trio guitare/guitare/batterie en provenance de Lyon, Disco boule a sorti un bien chouette EP dont ils firent la démonstration électrisante à la Brasserie pirate il y a quelques temps. L’occasion de prendre contact et de leur poser quelques questions pour mieux les connaître.

Bonjour Disco boule, vous existez depuis peu et on ne vous connaît pas trop, pourriez-vous présenter le groupe ?

Salut Rad-Yaute ! Alors Disco Boule est un trio instrumental qui oscille entre rock, noise et math-rock. Le groupe s’est formé en Septembre 2015 sur Lyon avec Lucas à la batterie et Brice et Julien aux guitares.

Un an plus tard, Julien a décidé de partir et Gaëtan est arrivé pour le remplacer. Il a fallu un petit temps d’ajustement mais ça fait maintenant 8-9 mois que les choses sont bien lancées avec pas mal de concerts effectués (notamment une tournée en Octobre).

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Qu’avez-vous pensé de votre concert à la Brasserie pirate ?

C’était un concert de reprise pour nous (5 mois sans jouer) et ça s’est plutôt bien passé ! Les gens étaient motivés, le lieu intéressant malgré les soucis récurrents avec le voisinage. On a en plus partagé la scène avec les amis de Don Aman donc c’était bien cool !

Vous venez d’enregistrer un EP, pourriez-vous nous en parler ?

Il s’agit d’un EP 4 titres qui se nomme « Soirée Mondaine » et qui a été enregistré en collaboration avec Florent Bobet, ingé-son sur Paris qui joue notamment avec Lucas au sein du groupe Dinno.

Le but premier était d’enregistrer assez vite quelques morceaux. Donc le rendu est très brut, assez direct et efficace ce qui correspond bien à la période où on l’a fait. Concernant l’artwork, il a été fait par un autre pote connu sous le patronyme d’InniPukin et qui restitue parfaitement bien l’esprit de l’EP.

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Votre musique est parfois qualifiée de « math-rock ». Certains groupes dans ce style font aujourd’hui une musique très référencée, empruntant et jouant avec les genres, souvent avec pas mal de distance et d’ironie. Pensez-vous que le math-rock est une musique parodique ?

On ne pense pas que le math-rock soit une musique parodique. Mais comme tout style qui s’est développé, beaucoup de groupes se sont engouffrés dans la brèche, pour le meilleur et pour le pire. Il y a forcément du recul à prendre sur toute cette boulimie et, chez certains, il s’agit entre autre de jouer sur l’autodérision. Nous concernant, s’il est vrai qu’on qualifie notre musique de math-rock, c’est simplement qu’on a bien du mal à se donner une étiquette ! On est loin quand même des groupes comme Battles ou Don Caballero.

Etre instrumental, est-ce un choix ?

Complètement ! Le projet est venu avec Brice qui voulait monter un duo guitare/batterie instrumental. Ce choix convenait également très bien à Lucas et les choses se sont lancées ainsi. De toute manière, aucun d’entre nous ne sait chanter donc la question est vite réglée !

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Pouvez-vous citer un artiste ou groupe que vous adorez et qui pourtant est très éloigné de votre musique ?

La musique Gabber de la fin des années 90, Michel Polnareff, Anton Dvořák, Meshuggah … A vous de trouver qui a cité qui…

Avez-vous des projets parallèles ?

Seul Lucas a des projets en parallèle. Tout d’abord un projet techno à 2 batteries sur Paris, sans nom pour le moment. Et ensuite Dinno, groupe de pop qui devrait bientôt sortir un disque.

Avez-vous l’impression de faire partie d’une scène à Lyon ? Y a-t-il des groupes dont vous vous sentez proches et dont vous voudriez nous parler ?

Même si le terme est toujours un peu communautaire, il y a en effet une scène noise très vivante sur Lyon et on y retrouve forcément des attaches. On peut citer des groupes comme Monotrophy, Tombouctou, Boucan avec qui on a partagé quelques concerts et qui font du très bon son. Mais il y en a plein d’autres encore.

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Plus généralement, quels sont les groupes ou artistes que vous nous conseilleriez d’écouter ?

Il y a trop de choses à conseiller ! A la volée, on peut citer le dernier disque de James Holden, La Colonie de Vacances et chacun de ses groupes, Lysistrata, Converge etc….

Quelle est votre vision de l’éthique de la musique ? Vous sentez-vous proches des idéaux d’indépendance et de conscience politique parfois pronés dans le punk, par exemple ?

Avec Disco Boule, il n’y a pas de message politique véhiculé. On est plus dans la légèreté (il n’y a qu’à voir nos titres de morceaux). Puis sans chant, difficile de faire passer un message.

Par contre, oui on est en plein dans la sphère indépendante, que se soit déjà par rapport à la musique de niche que l’on joue mais aussi parce que c’est ce que l’on aime. On est 2 à organiser des concerts DIY dans le groupe et les valeurs d’indépendances font partie de tout ça, entre passion, débrouillardise et entraide.

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Est-ce que vous lisez sur la musique ? Quels fanzines, magazines ou webzines par exemples ? Est-ce que vous trouvez ça intéressant ?

Beaucoup. Principalement via les webzines (W-fenec, New Noise, Mowno, Metalorgie, Perte et Fracas, etc …) sur quasiment tout (découverte, actu, report de concerts, interviews, …). C’est toujours intéressant pour confronter les avis, les opinions, découvrir de nouvelles choses et suivre l’actu du show-business !

Quels sont les projets de Disco boule ?

Pour le moment, il s’agit de faire des concerts dès que l’on peut. On a 2 dates en janvier (sur Chalon sur Saône et Lyon) ainsi qu’une tournée pour Mai en prévision. Avis aux amateurs et programmateurs !

Merci beaucoup !

Merci à toi et à tes lecteurs !

>>>>>>>>>> DISCO BOULE

« Bain de sang » (Alabaster, Unsane – Epicerie moderne, 23 oct.)

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C’était il y a plus d’un mois, déjà, le concert quasi traditionnel d’Unsane à l’Epicerie moderne. A voir le parking et les messages à droite et à gauche, ça venait de partout. Drôme, Savoie, Isère, Puy-de-Dôme…. Auvergne-Rhône-Alpes en force. Laurent Wauquiez peut être fier de sa région.

Quant à nous, il y avait au moins une voiture et un mini-bus. En ce qui concerne le conducteur, c’était quand même la septième fois, pour lui. De voir Unsane, je veux dire. Là tu commences à pouvoir faire confiance.

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Ce sont les locaux d’Alabaster qui jouaient en premier ce soir-là. Ce groupe qui compte dans ses rangs des anciens Overmars, Kiruna et Geneva vient de sortir son premier album.

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Hardcore torturé, infesté, grouillant. Avec une voix étranglée et dissonnante rappelant par moment d’autres lyonnais fameux, Condense.

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Cette voix en retrait et la guitare qui sonnait un peu brouillonne explique peut-être que le groupe ne faisait pas l’unanimité dans les discussions post-concert. Mais leur musique est bien intense et le chanteur a une chouette présence hallucinée sur scène.

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Les américains d’Unsane ne vont pas tarder à fêter leur 30 ans d’activité. Ils viennent de sortir leur 10e album – monstrueux – et un double album génial leur rendant hommage vient de sortir chez les polonais d’Antena Krzyku.

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Le son paraissait encore plus net et abrasif que lors de leur dernier passage. Comment rendre compte de l’intensité de ce groupe ? Cette tension bloquée à son maximum et qui ne redescend jamais ?

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Unsane, c’est l’équivalent musical du plus noir des thrillers. Les lignes mélodiques désespérées de la guitare, la voix étranglée d’angoisse de Spencer. Les rythmiques et les gueulantes rocailleuses de Dave Curran – ce type va finir par ne faire plus qu’un avec sa basse. Et la batterie de Signorelli qui orchestre le tout, immuable, bloquée sur des triolets vicieux, martelés.

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Et pourtant le groupe, qu’on retrouvera au bar ensuite, fait preuve de beaucoup de simplicité. Comme a dit un copain : « Salut, on est un groupe de rock et on fait ça. »

Rien à prouver.

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>>>>>>>>>> ALABASTER

 

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Expo dans le hall de l’Epicerie moderne

Disco-Boule « Soirée mondaine » EP

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Ce EP auto-produit, au titre et à la pochette plutôt fun, est sorti en septembre 2017. C’est l’acte de naissance d’un groupe lyonnais relativement récent, par ailleurs déjà apprécié en live.

Le premier morceau, « Triple coup de force », a le riff de guitare épique et brandi bien haut sur une batterie binaire. Terrain math-rock, puissant et joueur, dans le sillon de Marvin. Sans tomber dans un délire synthétique K-2000 ou en faire des tonnes. Disco boule préfère les montées en puissance hypnotiques et les riffs tranchants, les guitares lancées à plein gaz qui se frôlent, se frottent et font des étincelles . « Banana » est du même tonneau, peut-être un peu plus grinçant, et confirme cette impression. De même que l’expéditif « Transit dominical » et sa batterie survitaminée.

Mais attention. Le dernier morceau de ce petit disque, « Boulangerie », ralentit le tempo et vient créer la surprise. Avec sa rythmique ample, toutes cymbales dehors, et sa mélodie émo, ce titre rappelle les belles années du DC-core – bon, le punk-rock tel qu’il était pratiqué à Washington dans les 90s et principalement sorti sur le label Dischord, hein – et pourrait bien faire chavirer plus d’un coeur d’émo-rocker. Les grands Lungfish ne sont pas loin.

Ce joli morceau se distingue mais c’est peut-être juste une affaire de perspective. Il donne en tous cas une touche d’originalité à un disque déjà bien vibrant et dont l’écoute est vivement conseillée. Et toi, qu’est-ce que t’en penses ?

>>>>>>>>>> DISCO BOULE

« Brassés localement 3 » (Disco boule, Catalgine, Don aman – Brasserie pirate, 13 oct.)

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La Brasserie pirate continue d’accueillir des concerts de la scène locale, malgré les visites de plus en plus assidues de nos amis policiers. Ce soir, c’était Disco boule, Catalgine et Don aman. Trois groupes pour une affiche bien variée, concoctée par Flo cosmique.

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Disco boule déboule de Lyon. Ce tout jeune groupe que personne ne connaissait – à part Flo Cosmique qui connait tout – vient de sortir un EP, dont on reparlera bientôt.

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Batterie hyperactive et bien intense. Lignes de guitare héroïques. Tricotage, asticotage, demi-tour, salto. Le trio a le math-rock agile, malicieux, et entraînant malgré le son un peu bridé.

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Ensuite, ce fût nous, Catalgine.

Les discussions d’après-concert firent manquer le début du set de Don aman. Groupe originaire de Lyon/Dijon dont le 1er EP est chroniqué dans ces pages. Un album est à venir.

On retrouve cette musique qui prend le temps d’installer, de travailler ses ambiances. Avec cette voix hors du commun à la fois intense et délicate. Mais les retrouvailles sont de courte durée – même pas de photos – car le groupe doit écourter son set, victime d’un énième passage des hommes en bleu.

Belle soirée néanmoins. Le public était restreint mais énergique et la nouvelle déco de la brasserie totalement érotique. Merci Flo.

>>>>>>>>>> DON AMAN

>>>>>>>>>> CATALGINE

>>>>>>>>>>DISCO BOULE

« Idiomes » (L’Effondras, Enablers – Transbordeur, 27 juillet)

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Le label lyonnais Dur & doux convoquait une session d’été en ce 27 juillet, dans la cour du Transbordeur avec les quasi-locaux de l’Effondras et la tournée des américains d’Enablers qui passait par là.

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Voir L’Effondras sous le ciel d’été aurait pu justifier lui-seul le voyage tant la musique du trio s’accorde aux humeurs profondes, indéfinissables. Et leur morceaux limpides semblent pouvoir s’étendre jusqu’à remplir n’importe quel espace.

 

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La musique d’Enablers, elle, est tout aussi singulière. Dans un registre plus bavard, puisque qu’elle est un écrin pour les mots, les histoires sinueuses de Pete Simonelli, poête de son état.

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A mille lieux d’être soporifique, le post-rock d’Enablers se tord, se contortionne. Des ambiances cotonneuses sont parfois proches d’un jazz en sourdine, pour se gonfler brusquement, connaître des accès de violence ou de lumière. On y retrouve la trace d’anciens géniaux comme Slint ou June of 44 (avec lesquels, je crois, le batteur précédent d’Enablers avait joué, si vous arrivez à suivre).

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Sa voix posée et grave a quelque chose de fascinant, même quand on y capte que dalle. Pete Simonelli mime les histoires, invente des danses fantasques et saccadées. Rarement vu un groupe tenir autant la scène.

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Mais le guitariste Kevin Thompson est aussi un sacré spectacle. Dansant avec son instrument, totalement habité. Il m’a fait le même effet que Sergio Carlini de Three second kiss. Guitaristes d’expérience rayonnant sur scène.

enablers 1.JPGPour ceux qui n’avaient pas la chance d’être là, il y a le live classieux d’Enablers filmé à Grenoble en  2015 qui, il faut le dire, est tout simplement exceptionnel. Et l’épisode d’Upset the rythm consacré au spoken word ferait un super complément !

 

Truc de dindes ! (The Scaners, New Bomb Turks – Ayers rock boat, 11 juillet)

NBT couv.JPGTu peux en penser ce que tu veux, mais la vie réserve parfois des surprises. Comme ce groupe – New Bomb Turks – , dont tu n’avais en tout et pour tout que le souvenir lointain d’un album sur une cassette copiée et d’un article dans feu le fanzine Violence, refaisant  surface sans crier gare. Et le pire, c’est qu’il y avait une bagnole pleine de fins esprits – en fait il y en avait même deux –  prêts à faire le trajet d’Annecy jusqu’à Lyon pour aller voir si ça en valait la peine.

Scaners 2L’Ayers rock boat, c’est une grosse péniche stationnée sur le Rhône, avec une petite scène au-dessus de la cale, perdue au milieu des multiples bars de ce qui est apparemment plutôt une boîte de nuit. Un endroit génial pour voir des concerts en été en tous cas.

scaners 1.JPGC’est The Scaners qui ont ouvert les hostilités. Rock’n roll primitif et sauvage bourré de délay, de fuzz et de réverb. Et un look bien travaillé, quelque part entre les Blues brothers et les Clash. Ou quelque chose comme ça.

Scaners 3Le set des Lyonnais passe super bien et se déguste comme un vieux film de SF bien rétro, avec distance et sans prise de tête.

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Le premier truc qu’on remarque quand on croise – au bar pour être précis –  Eric Davidson, le chanteur de New Bomb Turks, c’est que, comme la musique de son groupe qui a un côté cartoonesque, lui-même a une tête de personnage de comics. Vous savez, le menton un peu large, une espèce de houpette… Oh merde, un peu comme ça, quoi.

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Devant la scène, les rangs se sont bien resserrés et sont compacts  avant même l’entrée du groupe. Faut pas se leurrer, quand tu vas voir New Bomb Turks, c’est pour te payer ton shoot de punk-rock parfait. Ceux qui sont venus savent très bien pour quoi ils sont là.

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Et c’est bien évidemment exactement ce qui va se passer. Les morceaux du groupe, souvent courts et directs et qui s’enchaînent sans temps mort, semblent contenir l’énergie maximum dans le format le plus réduit possible. Formule totalement explosive.

NBT 4Les mélodies ne sont pas oubliées pour autant. New bomb Turks c’est un punk-rock originel, cramponné à ses racines rock’n roll et garage. Ce groupe plie en quatre tous les AC/DC et tous les stades de France du monde.

NBT couv ?NB.JPGLa folie du groupe fait assez rapidement effet sur la foule, qui perd tout contrôle. Le spectacle est autant dans la salle déchaînée que sur scène. Slams et pogo s’enchaînent de manière frénétique, dans une moiteur à la limite du supportable. Le punk-rock a trouvé son Ibiza.

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Le groupe semble poser un regard satisfait sur le chaos qu’ils ont contribué à créer. Ils n’ont plus qu’à enchaîner leurs tubes survitaminés. Satisfaits d’avoir fait leur boulot. Le concert se prolongera par quelques rappels, presque obligatoires, avant de terminer cette soirée mémorable en buvant des bières sur le pont du bateau.

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Comme disait une personne dans le public : « A la fin du concert, y’a plus que des copains… »

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L’Effondras, « Les Flavescences »

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« Les Flavescences » est la suite du premier LP de L’Effondras, qui avait déjà bien marqué. Ce disque est sorti au début de l’année et a reçu un nombre impressionnant de chroniques, donnant le sentiment que le trio de Bourg-en-Bresse est un des groupes les plus commentés du moment – ce qui n’est qu’ une supposition, bien sûr.

On retrouve l’ampleur et le dépouillement des compositions de L’Effondras, cette façon d’esquisser, puis de reprendre une mélodie, par petite touches et variations, aussi longtemps qu’il le faut, jusqu’à atteindre quelque chose d’intense, de dramatique et de grandiose.

Chacun des quatre titres qui composent cet album propose une ambiance bien à lui et c’est une évolution par rapport au premier LP. Le disque s’ouvre sur Les rayons de cendre, son riff tumultueux et émotionnel et ses brusques ruptures de tensions. Commençant en demi-teinte, Lux furiosa bifurque en cours de route sur un riff enjoué, plein d’allant et presque pop, que n’aurait pas renié Ride en son temps. Suit alors une jolie accalmie, Phalène, apaisée et délicate comme un instant suspendu. Mais c’est pour mieux replonger dans la tempête de Le Serpentaire, super-morceau de plus de 30 minutes, toute amarre larguée, avec une idée mélodique encore plus primale et et où les rythmes et le bruit semblent se diluer dans l’air, se perdre jusqu’à se faire ambiants.

A coup sûr, ce groupe un peu obscur, esthétique (la pochette mystérieuse de Marion Bornaz est de toute beauté) et exigeant ne pourra pas plaire à tout le monde. En partie parce qu’il refuse la collaboration avec les névroses de l’époque : l’obsession de l’accessibilité immédiate, du message binaire et lisible (hé hé), du grand cirque du bavardage insignifiant et généralisé. Mais on le verrait bien dépasser le cadre des circuits rock, aussi alternatifs soient-ils, et ceux qui tenteront l’aventure pourraient bien être grandement récompensés.

L’Effondras, « Les Flavescences » (Noise parade / Dur & Doux, 2017).

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> L’EFFONDRAS

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> NOISE PARADE

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