« Gais ménestrels de la noise » : une interview de It it anita

Le live ne ment pas : sur scène, It it anita est un groupe atomique avec une force d’entraînement considérable. Leur venue au Poulpe a été l’occasion de leur poser quelques questions, que les Belges supersoniques ont vite transformées en conversation virevoltante. Pour des raisons qui m’échappent, cette interview a un peu traînée et n’est publiée que maintenant, alors que le groupe est actuellement en studio pour enregistrer son troisième album. Merci en tous cas à eux.

Votre 2e album est sorti sur Vicious circle il y a quelques temps, vous tournez beaucoup et le groupe marche bien. Qu’est-ce-que ça a changé dans vos vies, ce relatif succès ?

Damien : Oui, on fait tous plus que ça ou des métiers qui sont liés à ça. Elliot est régisseur, Bryan est batteur avec d’autres projets aussi, Mike ne fait que It it anita, plus écrire, écrire, écrire… et il élève des poules aussi. Moi, je m’occupe aussi d’un label à côté donc je suis aussi manager et booker. Ca veut dire qu’on a réussi à se façonner des emplois du temps qui nous permettent de tourner quand on doit tourner. Par rapport à l’album, c’est vrai aussi que c’est lié à l’arrivée sur un plus gros label. Avant, on sortait les trucs nous-mêmes, on s’était fabriqué un petit label indé sur la Belgique mais depuis qu’on est arrivé sur Vicious circle et qu’on est avec le tourneur Jercob, on a beaucoup plus de promo, beaucoup plus de dates.

Et, vous appréciez, j’imagine, cette vitesse supérieure ?

D : Ah, ouais. Complètement !

Mickael : La France, c’est grand ! On peut faire 40 dates en France ! On a tourné avec Lysistrata et on a fait pleins de beaux endroits.

D : On a monté le groupe en 2013 et on savait qu’on allait tout faire pour que ça fonctionne le mieux possible. Donc par rapport à cette vitesse supérieure, je ne dis pas qu’on s’y attendait mais, en tous cas, on était prêts, si ça arrivait, à pouvoir s’organiser en conséquence.

Tu sortais les disques d’It it anita sur Luik records, c’est ça ?

D : Au départ, on avait monté Luik parce qu’on s’était dit que plutôt que sortir un truc autopromo, on allait se fabriquer une petite étiquette. Les choses ont évolué, on a eu un groupe, deux groupes de potes qui nous ont dit « Tiens, j’ai un album qui est prêt » et, de fil en aiguille, je me suis improvisé booker parce que les groupes, pour vendre des disques, il faut qu’ils tournent. Maintenant avec It it, on a un label et un booker extérieur, on peut se concentrer sur le reste et pas du tout sur l’aspect prod.

On vous a sûrement déjà posé cette question mais votre disposition scénique, les uns face aux autres, d’où est-ce-que c’est venu ?

Elliot : Ca fait longtemps qu’on nous l’a pas posée… (Rires)

D : Je me demande si, un jour, on s’est pas dit qu’on mettrait les amplis en side parce qu’ils vont quand même très forts et pour éviter qu’ils tapent direct dans le gueule des gens… Et puis on s’est mis nous-mêmes de côté. On a aussi des chants qui se répondent un peu en ping-pong. Ca a dû venir de là…

Vous êtes comme ça, en répète ?

Mickael : Pas du tout ! On répète comme des gens normaux !

E : Sur scène, en tous cas, c’est très agréable. On se voit les uns les autres, c’est vraiment l’essence même de la musique qu’on fait. Il y a un aspect énergique entre nous. Ce qui ne nous empêche pas du tout de nous tourner vers les gens, loin de là !

Et, du coup… le déplacement de la batterie dans la salle ?

Mickael : C’est du jamais vu !

Damien : Je ne vois pas de quoi vous parlez ! (Rires)

Elliot : Ca n’arrive pas à chaque fois ! Souvent mais pas toujours…

Ah, c’est un bon signe, alors ? C’est que c’est bien ? Ou alors, c’est parce que vous vous emmerdez…

Elliot : Y’a plein de facteurs, faut avoir des cables assez longs…

Mickael : Nous, on sait pas toujours comment ça va se finir. Il y a un côté inattendu et amusant pour nous et pour les gens. C’est win-win !

Elliot : C’est une vraie liberté, c’est marrant ! Quand on le fait, c’est vraiment qu’on a envie de le faire !

Est-ce-qu’il y a l’idée de casser un peu la routine du concert qui est finalement assez ritualisée et un peu « safe » ?

Damien : Non, mais tu verras, on rigole beaucoup, hein !

Elliot : C’est dur de se réinventer chaque soir…

Damien : C’est sûr que quand je vois les shows de Lysistrata ou des Monks (Psychotic monks, NDLR), nickels en termes de lumières, où tout est super beau… Nous on n’est pas vraiment là-dedans. On envoie ce qu’on envoie et puis entre deux morceaux, Bryan fait des blagues – enfin Henri fait des blagues – moi, je raconte des conneries et souvent ils me demandent de fermer ma gueule.

M : Et certains autres membres du groupe sont anti-lights. Moi, je trouve qu’un bon concert se suffit à lui-même. Quand c’est trop léché et trop travaillé, ça veut dire que tout est trop léché et travaillé.

Elliot : Effectivement, mon deuxième métier c’est régisseur lumières mais, dans le cadre de It it anita, je le vois quand même avec un œil de musicien et je suis capable de faire une différence !

Damien : Donc, tu es d’accord qu’on ne veuille pas de lumière ? (Rires) On a déjà fait un concert avec une vidéo de NBA derrière. Pas de lumière, juste une projection d’un match ou les meilleures actions de Jordan…

L’autre jour, je regardais un documentaire sur le queercore et la vague homosexuelle hardcore et ça m’a vraiment frappé la façon dont ces mecs voyaient d’abord le punk comme de l’activisme et l’utilisaient pour foutre le bordel et pour choquer les gens. Je me disais que c’était quand même fort… Est-ce-que vous, vous vous concevez plutôt comme des musiciens ou aussi comme des activistes d’un mouvement culturel ou artistique, quel qu’il soit ?

Elliot : Je pense qu’au moins, ils faisaient des choses… Michael est président de la Turbojügend ! C’est un peu des icônes gays, non ?

Mickael : Pas que gays…

C’est quoi la Turbojügend ?

Mickael : C’est l’espèce de fan-club mondial de Turbonegro. Beaucoup de villes dans le monde ont ce club d’amis proches – très proches – et ils font beaucoup d’activités, vont voir les concerts, ils font du karting, ils ont des vestes très typiques… Moi, je me considère comme un menestrel (Rires aigus) Quelqu’un qui enfourche son cheval le matin et qui doit aller dans le royaume d’à coté faire un spectacle, il doit jongler et puis on lui jette une petite pièce, puis il va ailleurs.

Damien : Et il se moque du roi…

Mickael : Je me sens pas très en phase avec la… culture actuelle de masse. On divertit mal les gens, c’est une drôle de période. Et puis, quand on grandit, on se pose plus de questions parce qu’on a aussi des enfants et on se demande quels seront leurs repères et y’a pas pire repère qu’un Black Friday. Je trouve qu’on vit dans un drôle de monde où il y a plus vraiment de repères. Je suis pour un retour à la simplicité.

Elliot : Pas de lights ! (Rires)

Damien : On est sensible au monde qui nous entoure et on a envie de raconter des choses qui ne vont pas mais on n’est pas activistes. On va pas dénoncer des choses sur scène.

M : Moi, je trouve qu’à partir du moment où les gens dénoncent des choses sur scène, c’est plus de l’activisme, c’est du théâtre. Je crois que tu peux être activiste sans t’en vanter. En fait, ce qui manque à tout le monde, c’est de la citoyenneté. C’est ce qui manque comme cours à l’école primaire : être un citoyen qu’est-ce que c’est ? C’est devoir faire des choses pour les autres et avoir des choses en retour.

D : A l’époque où Fugazi et Minor threat ont lancé leur mouvement straight-edge, ils allaient dans un sens mais c’était pas théatralisé. Que leurs concerts et leurs disques soient accessibles à tout le monde, c’était engagé mais c’était pas théatralisé. Et leurs principes sont encore appliqués maintenant…

Quoique Ian MacKaye n’ait jamais considéré qu’il ait lancé un mouvement…

Damien : Justement, ça va dans ce sens-là ! Il n’a pas du tout envie de s’approprier le truc ! Il y a des principes qui sont là. Il a réussi à le faire, il y a des gens qui ont suivi le truc.

Elliot : Prenez ce que vous voulez, quoi.

Je ne pensais pas forcément uniquement à un sens politique, d’ailleurs… Ca peut être plus large que ça. On peut aimer et militer pour certaines formes de musiques imbuvables pour d’autres et avoir envie de faire vivre une scène autour de ça, organiser des concerts, s’investir dans des lieux… Un esprit activiste qui est un peu à la base de ces musiques. D’ailleurs, je sais même pas si ces musiques sont viables sans cet esprit-là… Rentables, oui, pour certains sûrement, mais pas pour d’autres…

M : C’est un grand débat… C’est comme les services publics… Est-ce que le train doit être un service rentable ? Je ne crois pas. On ne devrait pas limiter les budget du service public. Ca devrait être no budget. Je crois que le citoyen devrait avoir beaucoup plus de facilités pour plein de choses. Parler de musique et de rentabilité, je trouve ça un peu bizarre. Est-ce que le foot est rentable ? Combien ça coûte un match ? Combien est-ce que la municipalité de Liège paye chaque semaine ? Des centaines de milliers d’euros, je crois. Et qui en bénéficie vraiment, au final ? Très peu de gens.

D : Y’a eu cette étude, il y a quelques années, sur le fait que la culture rapportait plus d’argent que, par exemple, l’industrie automobile parce que, quand tu vas à un concert, tu consommes, tu va au resto avant…

M : Il y a une sono qui a été louée, le brasseur qui a amené des fûts…

D : Ca créé de la consommation plutôt saine. Il y a des flux d’argent qui au final font que ça rapporte plus que d’autres industries.

Justement, tant qu’on parle du côté économique, je voulais vous interroger sur le rôle des agents qui représentent les groupes et exercent un contrôle qui peut être assez fort. Par exemple, des amis étaient bookés sur une date par le lieu et leur concert a été annulé par l’agent du groupe de tête d’affiche sous pretexte qu’il n’avait pas été prévenu, d’après ce que j’en sais. Est-ce-que vous avez un avis sur ces questions ?

Damien : Si tu veux mon avis, c’est nul.

Elliot : La seule raison que je pourrais entendre, c’est que le mec de la salle booke la première partie, il s’emballe un peu et le groupe de première partie est plus imposant que la tête d’affiche : ils arrivent avec quatorze amplis. Ca, je pourrais l’entendre. Mais sinon, ça peut pas désservir la tête d’affiche.

M : Sauf si le support est meilleur que la tête d’affiche !

D : Mais, au contraire, les gens vont se dire « Ah, j’ai passé une super soirée, j’ai vu deux super groupes ! »

E : Ouais, il n’y a pas vraiment de bonnes raisons…

M : Support, c’est très compliqué aussi…

D : Et sinon, pour revenir au début de la question, le rôle de l’agent est quand même important. Il trouve des dates que nous, on ne pourrait pas trouver. Les agents qui sont sensés font un excellent boulot. On a des agents dans tous les pays et on est très content de bosser avec ces gens-là.

Ca vous est déjà arrivé d’être la première partie devant un public qui s’en foutait un peu ?

D : Ah ouais, c’est déjà arrivé ! Pas de souvenirs précis mais on s’est déjà rendu compte qu’on était dans des endroits où c’était un mauvais casting.

E : A côté de ça, on a déjà fait des premières parties où c’était super, aussi. C’est important de le dire. And so I watched you from afar, par exemple… excellente tournée !

D : Et le groupe était très content. Ils nous ont découvert aussi… On a fait six dates avec eux.

E : On s’est hyper bien entendu avec eux. Ils s’intéressaient à nous, ils venaient nous voir, on a eu un très très bon rapport…

M : ils sont techniquement… high level.

D : Ils ont enregistré leur album d’une traite. Ils ont répété pendant un an et ont fait une prise live de l’album de A à Z…

Pour en revenir un petit peu à votre musique, il m’a semblé que vous marquiez un peu davantage les contrastes sur votre dernier album, « Laurent », avec des passages plus pop plus assumés. Est-ce-que c’est une direction que vous prenez pour la suite ?

M : C’est bien aussi pour varier, en concert. C’est contraignant pour nous et pour les gens quand tout est trop fort et trop vite. C’est fatiguant, ton corps dit juste… Slow down baby ! (Rires) C’est bien d’avoir des montées, des descentes, des descentes, des montées. Monter, redescendre un petit peu… (Rires) Et ça, je trouve que Lysistrata le fait très bien !

E : C’est pas spécialement une volonté d’aller vers un truc calme ou violent. Je crois qu’on fait juste ce qu’on a envie de faire, peut-être d’une façon un peu différente de la façon dont on le faisait au début…

D : On écoute tous beaucoup de musiques différentes depuis très longtemps et donc il n’y a pas de raisons qu’on fassent que des trucs nerveux. Si, à un moment donné, on a envie de faire un truc plus stoner, ou plus post-rock, on le fait. Mike avait fait un morceau un peu à la Daft punk, un jour. Bon, il n’a pas été repris mais il existe et il est super !

J’ai lu que vous aviez tendance à arriver avec des morceaux relativement finis en répètes…

M : Pas complètement finis mais, normalement, l’ossature est déjà faite.

D : Mike compose et ensuite on rajoute.

B : A la batterie, il me met toujours une base et il me dit « La base est là, fait ce que tu veux ».

M : Comme les Beatles finalement… C’est pas Ringo qui amenait un morceau ! (Rires)

B : Il les amenait mais on les mettait de côté… All right, Ringo ! (Rires)

M : Et si ils jouaient un riff et qu’ils ne s’en souvenaient pas le lendemain, c’est que c’était un mauvais morceau et ça, c’est tout à fait vrai !… Ca, c’est le côté poppy du groupe. J’ai besoin de me raccrocher à une mélodie. J’ai du mal avec les groupes trop destructurés. J’aime bien aller voir un concert et pouvoir taper du pied. C’est important pour mon horloge interne. (Rires) Les trucs trop compliqués, ton cerveau a du mal à suivre, ton corps à du mal à suivre. Ca peut être une super performance, mais tu vas au concert et tu te souviens d’aucun morceau…

C’est marrant parce que le dernier groupe que j’ai interviewé, c’était Dewaere et je leur ai demandé si ils pensaient que le rock à guitares pouvait encore avoir du succés où si les années avaient été une sorte d’âge d’or et ils m’ont répondu que ce qui marchait et qui marcherait toujours, c’était les chansons…

D : C’est clair ! C’est ce qui restera !

E : Mais ça ne veut pas dire que le rock n’attire plus les foules… Plus autant, ça, on est d’accord ! Mais pourquoi pas un retour ? Moi, j’y crois ! Après, est-ce-qu’on peut dire que Smells like teen spirit est une chanson ? Oui… mais la définition est vague !

M : Le refrain est hyper fédérateur ! Le refrain est quand même fou !

E : En tous cas, c’est pas l’idée que je me fais quand on me dit une chanson…

M : Tu penses à quoi, plutôt Stewball ? (Rires)

E : Ah ouais, Hugues Aufray, il sait écrire une chanson !

Est-ce-que vous avez écouté le dernier album de Kim Gordon ? Je sais que Sonic youth a été un groupe assez important pour vous…

M : J’ai entendu trois morceaux. J’ai trouvé ça quand même pas mal mais je pense aussi qu’on en tirerait pas une ligne si c’était pas Kim Gordon. C’est la plus arty du groupe, je crois qu’elle peut taper sur une bouteille et faire hahahaha…Je l’avais vue en live il y a quelques années, avec Body/Head, putain, c’était un larsen de 30 minutes ! Heureusement qu’il y avait Disappears avant qui jouaient, c’était vraiment super ! Si c’était pas Kim Gordon, y’aurait eu personne dans la salle ! Mais je l’adore, elle est belle quand elle chante. Elle chante et elle joue pas bien mais c’est ça qui est bien ! C’est un membre vraiment important de Sonic Youth mais en solo… Thurston Moore a beaucoup plus d’impact, pour moi. Lui écrit des chansons !

D : Après ce qu’elle avait fait avec Free kitten, c’était un peu plus des chansons, c’était un peu moins expérimental…

M : Oui, mais c’était pas elles qui écrivait les chansons… Et donc, je n’ai pas tout écouté mais je vais l’acheter parce qu’en plus je trouve que la pochette est belle. Si elle vient jouer demain, j’irai la voir.

D : Elle joue au Poulpe demain, justement ! (Rires)

Et vous, ça vous arrive de travailler avec vos défauts ?

M : On ne fait que ça !

D : On n’est pas des vrais musiciens ! On sait se servir d’une guitare tant bien que mal et on fait comme on peut.

M : On en parlait avec les gens de Nurse… Il y a une différence fondamentale entre jouer seul et jouer en groupe. Il y a plein de gens très bons seuls dans leur domaine mais en groupe ça n’ira pas parce que c’est un autre process. C’est gérer les humeurs, les envies de chacun. C’est comme une famille, un peu. Moi, j’aime bien jouer en groupe parce qu’on est plus forts. En groupe, on va de l’avant, on va sur la route, on fait des kilomètres, il y a un côté un peu POWER MEN ALAWONEAGAIN !!! (Voix forte et accent de cow-boy assez indescriptible, NDLR). Il y a un côté believer, je sais pas comment expliquer… Demain, on ira encore plus loin que là où le soleil se couche… Lucky Luke, un peu !

E : Enfin Lucky Luke, il a quand même Jolly Jumper… et Rantanplan !

Alors, c’est qui, rantanplan, parmi vous ?

M : Je sais pas… C’est Laurent. Vu qu’il est pas là…

Il y a toujours pas mal de choses assez détonnantes qui se passent en Belgique. Quelles sont les découvertes, musicales ou autres, que vous voudriez nous faire partager ?

E : Si je devais en citer un, ce serait Millionnaire. C’est un peu un groupe emblématique pour moi. J’ai une petite fierté que ce soit quelque chose de Belge.

M : Millionaire forcément, Deus, forcément, Soulwax, forcément.

E : Des groupes qui ont façonné ce que les gens appellent un peu grossièrement le rock belge.

D : Actuellement, y’a la nouvelle scène noise flamande avec Shht, Guru guru, Raketkanon…

E : Et Le prince Harry, les copains avec lesquels on joue tout le temps…

M : Plus au sud du pays : Cocain piss. Ils sont de Liège et ils s’exportent bien. Steve Albini les adore. Il met leur tee-shirt quand il fait des tournois de poker.

D : Zwangere guy a un album vraiment fou, c’est un rappeur bruxellois qui chante surtout en flamand.

E : Shht, l’album est encore une expérience très bizarre à vivre. C’est vraiment un mélange de studio et de live, ce groupe, mais c’est hyper bien !

On peut peut-être conclure sur vos projets ? Est-ce-que vous avez un nouveau disque qui va sortir ?

D : Oui, on est en train d’en discuter avec le label. C’est ça être professionnel, on est prêts mais, pour sortir un disque, il faut 7 mois à partir du moment où il est fait ! Pour en revenir à tes premières questions sur le pourquoi de notre label, JB de Born bad était éventuellement intéressé pour sortir notre deuxième disque mais ça aurait pris un an à cause du planning, de la promo, etc. et on voulait le sortir vite. Il était déjà prêt depuis plusieurs mois. Ici, c’est pareil. On va l’enregistrer pendant la première moitié de l’année 2020. On aura le mix et le master au milieu de l’année et le label a besoin d’au moins six mois pour le sortir. Philippe est un puriste du vinyl, il travaille avec une usine qui est implantée en France, donc voilà.

Vous allez l’enregistrer avec Laurent ?

M : Ca se discute et, pour le moment, c’est encore secret !

>>>>>>>>>> IT IT ANITA

>>>>>>>>>> VICIOUS CIRCLE

« Printemps noise-part 2 » (Sheik Anorak, The Acharis, Flying disk, Love in the elevator, Shellac, Nurse, Dead arms, USA Nails, Pogo car crash control)

Suite des aventures soniques de ce printemps avec, d’abord, comme lors du premier épisode, un concert Drone to the bone – mais loin de la démence bruitiste habituelle des shows de cette super asso. Plutôt le versant expérimental et aventureux avec Sheik anorak – projet solo de Frank dont on a parlé il y a pas si longtemps à propos de Videoiid et dont on reparlera bientôt – puis le duo US The Acharis.

Quelques touches mélodiques, marques sonores disposées à intervalles réguliers, comme des repères pour ne pas se perdre dans trop d’abstraction. Et la pulsation rythmique comme unique respiration, unique discours.

Sorte de trip-hop minimal et percussif, Sheik anorak emprunte à différents styles sans jamais y verser vraiment. Libre de ses mouvements, sans filet. Qu’il soit seul sur  scène ajoute encore au côté hypnotisant de sa musique. Comme un solo de danse ou d’escalade. Assez fascinant.

La soirée s’est poursuivie plutôt tranquillement avec le duo The Acharis et leur noisy-pop vaporeuse assortie de guitares acides.

Une musique rêveuse qu’on verrait assez comme bande-son d’ambiances à la Sofia Coppola, même si la boîte-à-rythme rajoute un côté post-punk intéressant.

Le groupe de Fossano Flying disk jouait au 648 Café, c’est à dire que milieu de la campagne chablaisienne. En plus d’être archi-inconnus par ici, il y avait une autre soirée ailleurs donc on pouvait à peu près être certain qu’on ne serait pas dérangé par la foule en se rendant à ce concert.

Ca n’a pas raté, ce qui n’a pas empêché les trois jeunes italiens de balancer leur émo-rock avec la dernière énergie. Avec pour fil rouge les mélodies poignantes chères au coeur de Simone, le chanteur, leur musique sait aussi être lourdingue comme il faut quand il  faut. Ca a été aussi l’occasion d’échanger avec cet activiste qui, malgré son relativement jeune âge, organise des concerts depuis environ 10 ans en plus de gérer son propre label, Brigante records.

Début de semaine, échappée vers Lausanne pour chopper Shellac. Déjà vu l’an passé à Grenoble. Mais bon, je crois que j’aime bien ce groupe.

Quelle salle, Le Romandie. Avec sa voûte de pierre haute et sombre  pour plafond, ce lieu a une ambiance rock de malade. Certainement une des meilleures salles que j’ai vues, voire la plus belle.Des images de Nick Cave dans Les ailes du désir  revenaient à l’esprit.

Shellac emmenait dans ses valises un groupe italien, Love in elevator. Gros basse-batterie, grungy, sur lequel se détachent la guitare et la voix plus acides – décidément – de la chanteuse. Pas désagréable, au final, alors que je partais pas convaincu du tout à priori, les choix des Américains en matière de première partie étant plutôt conservateurs. Ce qui d’ailleurs laisse un peu songeur de la part de l’ancien provocateur en chef de Big black.

En, tous cas, c’est devant un Romandie complet et parfaitement convaincu que résonnent les premiers accords du trio. Le son génial de la salle et leur set, construit au fil du concert, qui pioche au feeling dans tous leurs albums, donne l’image d’un groupe assez fantasque et débridé, qui s’abreuve à de nombreuses sources. Plus original que ce qu’on peut parfois penser et pas du tout réductible au stop and go devenu classique dans le noise-rock. D’ailleurs, tout à coup, après la session questions et réponses plutôt vite envoyée (quelqu’un a juste demandé s’il y aurait un nouvel album bientôt et Bob Weston a répondu que oui mais pas si bientôt que ça non plus), Albini s’est mis à parler de l’histoire de la musique qui ne retient que quelques groupes connus et laisse des tas de groupes essentiels sombrer dans l’oubli. Tout ça pour rendre hommage au groupe post-punk suisse Kleenex – actif de 1978 à 1983 et plus tard rebaptisé Liliput, merci Wikipédia – son groupe suisse préféré et une influence majeure de Shellac à leurs débuts, apparemment. Quand on sait que Métal urbain était déjà une source d’inspiration de Big black, c’est plutôt rigolo.

Certains sont déçus ou se sont lassés de Shellac, mais c’est pas du tout mon cas. La plupart du temps, la magie de leur musique à la fois très rock – il paraît même que le riff de Dude incredible ressemblerait étrangement à un passage de Judas priest – et déconstruite par des décalages rythmiques et des bifurcations incessants fonctionne encore à plein. D’ailleurs, un riff de hard rock ne sonne jamais mieux que quand il est joué sur la Travis bean d’Albini. Et puis il y a Todd Trainer. Je crois que j’aurais fait les 100 et quelques kilomètres même s’il jouait tout seul. Son jeu, à la fois ultra lisible et expressif au possible, peut paraître simple, enfantin même. Personnellement, je le trouve incroyablement musical, J’ai l’impression de prendre une leçon de musique, sans parole, en temps réel, à chaque fois. Et de toute façon, comme chacun sait, il n’y a rien de mieux que de regarder un bon batteur.

Le groupe jouera donc un set généreux devant un public ravi, avec quatre nouvelles compositions dont un morceau punk avec un riff nerveux sur deux notes génial. Hâte d’entendre ça sur disque.

Pause de deux jours puis retour à l’Usine pour une soirée avec quatre groupes et les copains de Nurse en ouverture, devant un public plutôt clairsemé.

Un Nurse peut-être un peu moins explosif qu’à l’accoutumée mais un très bon Nurse quand même, avec un son d’ampleur. Il faut dire que le concert commence tôt, Manu, le guitariste, a même dû déclarer forfait lors de sa journée de coupe du monde de parapente pour arriver à l’heure au concert. Enfin 10 minutes avant, faut pas déconner non plus. Nurse, groupe au taquet.

Suivaient ensuite deux groupes anglais amis qui tournaient ensemble : Dead arms et USA Nails. Les deux groupes partagent d’ailleurs le même bassiste. En tous cas, tout ce beau monde sera en interview dans Rad-Yaute bientôt.

Comptant dans ses rangs le gratteux des Death pedals, Dead arms officie dans un punk-rock rentre-dedans et qui file généralement tout droit, un peu comme les précités. La voix âpre et hargneuse du chanteur ajoute une touche davantage hardcore, qui rappelle un peu Poison idea par moment ou même Motorhead.

Un set tout en énergie, où pour moi se démarquaient les morceaux où le groupe ralentit le tempo et où les compositions se font plus sinueuses et les ambiances plus tordues.

Je sais pas si je dois le dire mais je vais le dire quand même : la venue à Genève de USA Nails est due à l’origine à un quiproquo sur leur nom qui les a fait confondre avec les hardcoreux américains de Nails. Il faut croire qu’ils ont su convaincre et, quoiqu’il en soit, c’était un excellent choix.

Aucune fioriture dans le noise-punk de USA Nails, rien qui soit là pour plaire ou pour séduire. Une rigueur et un dépouillement dans le bruit et la répétition – jusqu’à l’absence totale de mélodies parfois sur certains passages quasi no-wave – qui évoque un peu les premiers Fugazi.

Le public s’est resserré, on le sent tout à coup nettemment accroché – alors que, vraisemblablement, seule une poignée avait dû entendre le nom de USA Nails auparavant. Cette impression se vérifiera  dans les jours suivants lors des discussions sur le concert : USA Nails a marqué les esprits.

Pas totalement sûr que ce soit le cas du groupe suivant par contre. Pogo car crash control déploie certainement un bon paquet d’énergie sur scène mais leur musique, qui sonne parfois limite hard-rock, ne me convainc pas plus que ça.

Ca fait déjà pas mal mais le printemps noise n’est pas terminé. La suite au prochain épisode.

>>>>>>>>>> SHEIK ANORAK

>>>>>>>>>> THE ACHARIS

>>>>>>>>>> FLYING DISK

>>>>>>>>>> LOVE IN ELEVATOR

>>>>>>>>>> SHELLAC

>>>>>>>>>> NURSE

>>>>>>>>>> DEAD ARMS

>>>>>>>>>> USA NAILS

>>>>>>>>>> POGO CAR CRASH CONTROL

« Shellac sera toujours Shellac » (Shellac – la Belle électrique, 5 juin)

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Tu vois, frère, c’est simple. Il y a deux types de noise-rock. Celui qui procède par accumulation, de couches de bruits, de distortion, de larsens. Tu peux mettre Unsane, Sonic Youth et tout le shoegaze et le grunge que tu veux dans cette catégorie. Et puis, il y a celui qui au contraire opère par démembrement, par dérapage rythmique controlé. Sec, percussif. Chirurgical. Et, de ceux-là, Shellac est le pape, l’épitome depuis plus de vingt ans.

Lumières sobres et fixes – la fiche technique du groupe stipule que le technicien lumière peut aller boire des bières pendant le concert -, amplis mythiques sur scène, public fervent qui se presse. La messe peut commencer… Ladies and gentlemen : Shellac of North America.

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Shellac, c’est d’abord un son. Celui que tu t’es pris dans les dents le jour où tu as entendu les notes qui ouvrent « At action park », que ce soit aujourd’hui ou en 1994. Et le son est là, plus cristallin, plus métallique et rachitique encore que dans tes rêves.

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Ce serait un cliché que de dire que le groupe enchaîne les tubes, vu que c’est le cas de la plupart de leurs morceaux. Mais des titres comme « Dog and pony show », « Prayer to god » ou ceux du super dernier album – 2014, quand même – conservent une sacré dose de mordant, d’énergie hargneuse et contenue qui éclate brusquement de temps à autre. Le public reste attentif mais il y avait aussi une bonne bande d’agités qui faisaient plaisir à voir.

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Leur habituelle session de questions-réponses aura donné lieu à quelques questions débiles – réponses cinglantes de plus. Ca a été l’occasion de leur demander pourquoi ils n’avaient pas accepté de première partie de dernière minute. Decibelles avait dû annuler au dernier moment pour des raisons personnelles – Steve Albini leur a d’ailleurs rendu un chouette hommage. Je m’attendais à la réponse : ils veulent connaître personnellement le groupe et être en mesure d’assumer et de le soutenir.

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Toujours aussi intraitables. Ils ont d’ailleurs refusé les accréditations demandées initialement par Rictus, laissant Olivier « el patron » tout dépité. Pas de pub. Pas de traitement spécial. Préfèrent être disponibles pour passer du temps avec les gens après le concert plutôt qu’accaparés par des journalistes autorisés.

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Steve « Prayer to god » Albini

Avec ce concert mémorable, je bouclais aussi une sorte de grand chelem, de graal personnel : Unsane, Fugazi, Jesus Lizard, Shellac. La boucle est bouclée !

« Et votre lac est rempli des larmes de vos vieux? »* (Korto, Conformists – Usine, 11 mai)

Conformists portrait

Avec un album et une tournée européenne tous les 5 ou 6 ans (la dernière date de 2011), les américains de Conformists suivent un rythme qui n’appartient qu’à eux. Leur concert à l’Usine était donc une occasion rare à ne pas louper pour les amateurs de rock pas-comme-tout-le-monde.

Avec un chanteur aux allures d’Henry Rollins dada, leur musique prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à empiler les rythmes improbables, à bricoler des accouplements contre-nature, des pieds-de-nez et des bifurcations soudaines. Pas moyen de se laisser aller, d’être tranquilles.

Et puis se fend tout à coup d’une grosse soufflante noise-rock, groovy et dissonante à souhait. Bien jouissive après les asticotages en règle.

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Pas de pédale d’effet à la mode, pas de guitare en alu bling-bling. Un ampli, une guitare, un volume. Point. Presque une ambiance jazz, et apparemment, ils n’en voulaient pas plus. Pas étonnant qu’ils aient enregistré tous leurs albums chez Steve Albini. C’est un peu le roi du son brut et sans artifice, non ?

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Bref, un groupe éminemment sympathique, hors des modes et potache comme c’est pas possible. Les locaux de Korto jouaient en premier. J’ai loupé leur concert mais, vu l’activité intense du groupe en ce moment, ce n’est certainement que partie remise.

*Réponse du chanteur de Conformists a un gars qui lui expliquait qu’à Genève, on tapait les vieux pour s’amuser…

Korto

Conformists