« Surréaliste pop » (Erwtensoep – L’Angle, 15 mai)

Presque un mois de passé depuis ce concert d’Erwtensoep à l’Angle – l’expace exposition de la MJC de la Roche-sur-Foron – qui clôturait l’exposition de Sabien Witteman.

Qu’on retrouve au clavier, au chant, à l’accordéon et à la percussion dans ce duo qu’elle forme avec son mari. Madame en one-woman orchestre et monsieur en guitare demi-caisse et costume doré.

Pop excentrique. Parfois des airs de Rita Mitsouko no-wave, de cabaret gothique synthétique. Bref, un peu le pendant sonore des peintures de l’ancienne batteuse de The Ex, – maintenant installée en Bourgogne – qui faisaient le décor de ce chouette petit concert arty.

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Nurse, untitled LP

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Voici – enfin – le premier disque de Nurse. Uniquement en CD pour l’instant, pour la version vinyle il va falloir patienter encore un peu. Premier disque et premier long-format de neuf titres. Chez Nurse, on fait pas semblant. On aime se jeter tête baissée dans  la bagarre. Il faut dire aussi que les quatre haut-savoyards auront mis un certain temps pour en arriver là – cinq ans, pour être précis. Mais c’est peut-être le temps qu’il faut, pour faire un groupe.

Passée l’intro – sorte de mise en jambes gonflée à bloc sur deux accords -, c’est Salty river – nouveau nom de ce qui a longtemps été le seul enregistrement disponible de Nurse – qui procure habilement une sensation de reconnaissance et une émotion lancinante étreint l’auditeur, qui ne le quittera pas jusqu’à la fin du disque. Chacun des morceaux a sa façon de décliner le post-hardcore explosif du groupe travaillé d’aspirations pop  – à moins que ce soit l’inverse – sa propre mécanique fluide, sa manière de travailler la tension, de l’exacerber à petit feu ou au contraire d’ouvrir ou refermer brutalement les vannes. Noise chaotique laissant place à une rythmique rock parfaite ici (I should know), arpèges arc-boutés sur leur dissonance jusqu’à la rupture là (Before the ship flows…). Et derrière un nom imbuvable – They should tell us that we have to drive us back home -, un des titres les plus échevelés, les plus pop du disque – de ces morceaux que tu te remets immédiatement une fois terminé parce que tu viens de te prendre dans les oreilles quelque chose qui arrive très rarement et que tu as trouvé beau. Et pour arriver à me faire préférer un de leurs morceaux les plus pop, c’est vraiment que ce groupe doit être dans le vrai quelque part. Le chant constamment en première ligne. Un chant émo magnifique de gosse qui gueulerait à tue-tête ses mélodies d’espoir, de défiance et de dépit. Les lignes appuyées de la guitare, qui jouent presque à égalité avec la voix, quand elles ne viennent pas brouiller les pistes, pousser au vice et au déséquilibre. Le duo basse batterie  joue une partition peut-être moins flamboyante mais pas moins efficace, loin de là. Pression constante, tout en ayant l’art de jamais trop en faire, toujours sur l’action quand il faut.

Le son colle au plus prés de l’énergie impétueuse du groupe, réussit à capter sa folie (la voix gueulée hors micro de Pixies), à épouser de manière ingénieuse ses moments chaotiques autant que les passages plus intimistes – avec un tel naturel qu’il est forcément le résultat d’un travail minutieux acharné. En vérité, je ne saurais pas dire si l’album de Nurse est un grand disque de rock – c’est pas impossible – mais c’est en tous cas un putain de disque chérissable de bout en bout, jusque dans ses imperfections, et, tout comme celui de Nevraska, une pierre angulaire de la scène que j’apprécie et que je soutiens.

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Don Aman, « Starving » LP

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Depuis son premier album et l’occasion de les voir en concert à plusieurs reprises, le trio dijonnais Don Aman me fait irrésistiblement penser à la chanson de Dominique A, Le courage des oiseaux. « Si seulement nous avions / le courage des oiseaux / qui chantent / dans le vent glacé ? »

« Starving » est donc leur deuxième album, présenté dans un emballage magnifique (artwork de Marie Llanéza) et bénéficiant d’une production soignée et méticuleuse qui est une des marques de fabrique du groupe. Au fil de ses neuf titres, cet album fait une nouvelle fois la preuve de la volonté opiniâtre du trio d’inventer librement une musique qui lui soit propre – le courage des oiseaux évoqué plus haut, pour ceux qui ne suivent pas.

Les ambiances pop/folk et intimistes dominent et restent la couleur principale de la musique de Don aman. Le ukulele ou la guitare accoustique font des apparitions  régulières. Pour autant, le trio parvient constamment à insuffler de la tension et à mener ses idées en des lieux intéressants. Ces parties, de plus en plus maîtrisées et assumées, donnent d’ailleurs lieu à des passages magnifiques, comme sur Blizkrieg où les envolées de la voix rappellent Morissey.

Les étiquettes ahurissantes dont le groupe se voit affublés lors de ses passages en concert – du rock progressif en passant par le dark wave et le post-rock noisy – sont la meilleure preuve qu’il n’est pas évident de saisir la musique de Don aman (eux qui n’aiment pas les références, ils sont servis). Car les ambiances calmes et sereines peuvent se charger d’ombres ou tourner à l’orage violent sans crier gare. D’ailleurs, le disque s’ouvre sur un Dark, blonde, red atypique et très réussi, avec son riff de basse noise, massif et répétitif. Megpie s’interrompt brutalement pour laisser place à un riff rock et une batterie machinique qu’on croirait tout droit sorti d’un vieux Jesus and Mary chain. Et que dire de Douglas, longue pièce de plus de 18 minutes aux ambiances encore plus indéfinissables, où la matière sonore semble passer au premier plan durant toute une première partie et où la voix finit par arriver comme si de rien n’était à la quatorzième minute, non sans que le morceau ait culminé auparavant dans un stoner tonitruant ?

En un mot comme en cent, Don aman est un groupe qui ne ressemble qu’à lui-même et y ressemble de plus en plus. Leur liberté et leur ambition les rend précieux et, oui, excitants. Puissent les oiseaux voler encore longtemps et toujours plus haut, loin des vents dominants.

Don aman, « Starving » (Urgence disk, 2018).

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>>>>>>>>>> URGENCE DISK

 

Tôle froide, Owun, Lynhood – La Reliure, 18 fév.

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C’est à La Reliure, vieille baraque occupée par des ateliers artistiques à la facade psychédélique tout à fait incroyable, que se déroulait finalement ce concert.

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D’abord les lyonnaises de Tôle froide. Le trio propose une musique entre post-punk (un peu) rageur et pop acidulée. Des (petites) cousines de Massicot, en quelques sortes.

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Avec du chant en français, comme il sied bien à ce style à la fois revendicatif et naïf, leur set était frais et bien dynamique. Et elles avaient de jolies cassettes et patchs sur leur table de distribution.

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Owun sont Grenoblois et ce concert était l’étape genevoise d’une tournée à l’occasion de la sortie de leur album.

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Son massif, rythmiques répétitives, immuables, kaléidoscope d’effets et de réverbérations. La musique du trio est à la fois dansante et hypnotique, énergique et froide, martiale et aérienne.

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Un cocktail bien personnel, qui se mûrit dans le temps et demande de l’attention. D’ailleurs de nombreuses personnes – enfin, proportionnellement à la petite foule présente, hein – se sont assises au fil du set. L’impression d’avoir fait un voyage, transporté hors du temps… C’est donc que cette étrange machine fonctionne.

Lynhood clôturait cette soirée mais je n’ai fait qu’apercevoir ce projet solo qui semble tracer une ligne fragile et originale entre mélodies délicates et des éléments plus bruitistes. Elle aussi a sorti un disque sur le même label grenoblois, Reafforests.

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Don Aman, « Tricératops »

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Don Aman, vu récemment au Brind’Zinc près de Chambéry, a sorti ce premier album en 2015. En live comme sur disque, tout chez ce groupe semble pensé et réalisé avec soin. De l’objet et son joli artwork au son impeccable et aux compos recherchées.

La musique du trio navigue dans les eaux d’une pop-noise, dont les deux premiers morceaux « Favorite » et « Amore » sont deux exemples efficaces et convaincants. Des couches de distortions viennent parfois recouvrir le substrat très mélodique (Call it a hunch) et une ambiance générale plutôt douce et intimiste, d’une manière qui me rappelle les vétérans noisy-pop américains de Yo la tengo. Sur « Tricératops », le ton monte et prend alors le visage d’un post-punk bruitiste qui fonctionne bien aussi.

La fin du disque tente une échappée vers les grands espaces, très slintiens pour Le Tigre (le groupe tire son nom d’un morceau de Slint) et plus surprenants sur le dernier morceau qui prend parfois des airs de rock seventies. Malgré ces ambitions, la relation est parfois étrange entre la musique et la voix, beaucoup plus chantée que dans la moyenne des groupes, à la fois méditative et angoissée, fragile et très affirmée, très en avant. Face à cette forte personnalité, la musique semble parfois encore un peu étriquée, un peu binaire et laisse penser que ce groupe jeune peut encore améliorer son alchimie.

Don Aman

« Holy fuck, yeah! » (Unlogistic, Nurse, Speed Jesus, Rupturr – Bellecombe-en-Bauges, 21 mai)

Bellecombes, c’est un joli village perdu dans le massif des Beauges, entre Annecy et Aix-les Bains. La route qui y mène est bordée de plein de belles falaises, qui te font te demander pourquoi tu ne vas pas grimper plutôt que d’aller voir un concert de hardcore…

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Ca se passe dans une bonne vieille salle-des-fêtes – enfin une salle sans scène ! – et c’est un concert à l’occasion de l’anniversaire d’un personnage-clé de la scène punk d’Annecy. What’s his name ?, pourriez-vous vous demander… Loaf is the answer.

C’était aussi l’occasion de voir enfin Nurse, dont j’ai loupé systématiquement tous les concerts. Ce groupe des alentours de Reignier joue une sorte d’émo-rock enflammé. La basse et la batterie font tourner des rythmique entrainantes sur laquelle la guitare vient poser ses motifs inventifs.

Ils ont tous l’air tout à fait d’accord pour jouer la musique qu’ils font et il y a dans ce groupe une énergie incandescente, très screamo 90s, bien classe. Leur set se termine par un chouette morceau long et lancinant, ponctué d’explosions intermittentes. Il paraît qu’ils ont enregistré des morceaux il y a déjà deux ans mais ne les ont jamais sortis. Peut-être qu’ils se décideront un jour à les terminer ?

Le groupe d’après vient de Saint-Etienne et n’a pas grand chose à voir. Rupturr est un duo  avec boite-à-rythme (passée sur cd !!)  et leur death/grind pourrait rappeler une version lo-fi (ou punk) de Napalm death. La boïte-à-rythme ajoute au côté arme de destruction massive et le bassiste ressemble à une réincarnation de Lemmy, voix y compris.

Speed Jesus… Holy fuck ! comme disent les Américains (enfin… pas tous). Ce groupe vient d’Orléans et inclue dans ses rangs un (ou des) membres de Gravity slaves ainsi que le guitariste de Nesseria. Fast-hardcore furieux, la bave aux lèvres. Le truc originel. Pur. Pas un plan en trop, pas l’ombre d’un riff macho-métal. La basse magnifique, pleine de distortion et de larsens. Ca pourrait rappeler plein de vieux trucs – qu’il ne serait pas nécessairement intéressant de nommer mais je le fais quand même juste pour le plaisir : Heresy ou Siege – et en ce qui me concerne, ils auraient pu jouer 5 sets d’affilée, je prenais.

Enfin ont joué Unlogistic. Trio de guitare, chant et boîte à rythme parisien, dont je croise le nom depuis toujours (je crois qu’ils jouent depuis plus de 20 ans) sans les avoir jamais vus. Chaotique – et pour faire chaotique avec une boite-à-rythme, il faut quand même s’employer – , leur version tarée du punk-hardcore mélange punk mélo et speed hardcore où tout est dit en moins d’une minute, un peu à la façon de 7 seconds. Ca fait des sales blagues en continu, ça méprise les codes du concert rock formaté, rien à foutre d’assurer, rien à foutre de retourner la salle, juste l’envie de jouer du punk jusqu’à la dernière de ses tripes. J’adore ce genre de groupe, qui arrive à briser le mythe du concert de rock pour installer une ambiance différente.

Pas de photo pour ce concert, mais peut-être qu’Olivier Lowlightconditions postera les siennes ?