Brutalist demo CD

On retient son souffle dès les premières secondes et on se dit que là il se passe quelque chose. Brutalist est un projet mené pendant quelques années et, il semble, une poignée de concerts par trois des membres de Knut, accompagné par Adriano Perlini (qui jouait déjà avec le guitariste Tim Robert-Charrue dans Commodor). Ce CD que le groupe présente comme une démo ne nous laisse honnêtement que nos yeux pour pleurer que le groupe ne soit plus. Il contient cinq morceaux enregistrés  entre 2016 et 2019. Instrumentaux sinueux, construits autour de longues plages répétitives, tunnels obscurs qui débouchent tout à coup dans de vastes espaces. Si Trabajo et Cobra propose un métal expérimental, répétitif, tendu à craquer, étourdissant, le reste du disque dessine les contours d’un noisecore déconstruit totalement ahurissant. Piton, le premier morceau, sonne – comment dire ? – comme la rencontre de John Coltrane et de Godflesh dans un rêve de Death grips, si une telle chose est imaginable. Base rythmique massive syncopée, allant se densifier, se déployer, s’entrelacer. Guitare bloquée dans des stridences dissonantes en contrepoint, qui part en échappée et prend tout à coup des accents de saxo free magnifique.  Instant magique est un champ de bataille désolé , ambiance de décombres infestés, cendres fumantes. Avec des guitares vrillées, rampantes qui rodent en embuscade et une basse colossale, agonisante. New light clôt le disque en renouant avec une noise extatique et libre. Cinq morceaux. Un ensemble hétéroclite. Un instantané qui documente ce que ce groupe a été et laisse deviner ce que le futur aurait pu être. A écouter absolument.

>>>>>>>>>> BRUTALIST

« Power (metal) to the people » : interview DRONE TO THE BONE

Est-ce qu’il existe vraiment, ailleurs, un équivalent de Drone to the bone ? One-man collectif genevois déversant un flot quasi continu de concerts dantesques, électron libre fouillant sans relâche les entrailles de l’underground mondial pour en extraire et propager des pépites. Découvert en 2014 avec le concert Suma/Rorcal/Intercostal, c’est un fil qu’on n’a cessé de dérouler et de suivre. Du black-metal d’avant-garde au hip-hop expérimental, de la noise torturée aux folk songs hantées ou au post-rock contemplatif – à ce niveau, ce n’est plus de la programmation, c’est de l’art. Ou juste un gars qui fonctionne à l’instinct. Les 10 ans de l’asso approchant – qui seront fêtés dignement par 10 jours de concerts en octobre 2019 -, l’idée d’en savoir plus et d’interroger Bruno me tournait dans la tête, quand je suis tombé sur cette interview longue et fouillée et découvrait que STN zine – fanzine genevois publié sur papier dont on reparlera très bientôt – avait fait le job ! Restait plus qu’à contacter Trvs et Laar  pour leur demander si je pouvais la relayer sur Rad-Yaute – ce qu’ils ont accepté avec empressement. Merci encore à eux. En avant.

Présente-toi brièvement, dis-nous qui tu es et ce que tu fais…

Salut ! Bruno / 34 ans /bibliothécaire / père de famille /musicien / gentil organisateur /passionné / un peu fou. Drone to the Bone est mon troisième “enfant”, si je puis dire, que j’élève avec ardeur depuis bientôt 10 ans.

As-tu des activités musicales ou artistiques ?

J’ai joué pendant 11 ans au sein de Rorcal, doom / black metal, de Genève. Mais plus rien sur le feu depuis deux ans (même si ça me démange grave).

Qu’est-ce que Drone to the Bone ?

Drone to the Bone c’est à ce jour quelques 150 concerts organisés sur Genève pour près de 250 groupes originaires des quatre coins de la Planète. Drone to the Bone c’est une passion immodérée pour le Doom, le Sludge, le Black Metal, la Noise, mais pas que. En 2019, Drone to the Bone fête ses 10 ans et c’est super.

S’il faut causer origines, ça remonte à loin. On a commencé à organiser nos premiers concerts dans les squats de la région au début des années 2000, avec les copains (sous l’égide de Sigma Records), puis de fil en aiguille on a investi les maisons de quartier, tous les espaces alternatifs qui voulaient bien nous recevoir (Artamis et j’en passe), pour terminer à L’Usine, « comme des grands ». Il y a eu une grosse pause – en tout cas pour ma part – parce qu’à un moment donné j’avais moins le temps et surtout moins l’envie de le faire, puis je m’y suis remis. On a monté une nouvelle asso en 2009 avec d’autres copains (Stone Cult), mais je m’en suis finalement très rapidement détaché ; devoir discuter et argumenter avec trois personnes à l’époque si on faisait tel ou tel groupe ou non m’a bien gavé… il faut dire qu’on avait pas forcément tous les mêmes envies et que nos affinités musicales en fin de compte ne coïncidaient pas toujours, ce qui au final, en ce qui me concerne, était plus frustrant qu’autre chose. C’est à ce moment-là que je me suis ouvertement lancé dans l’aventure Drone to the Bone, à la fin 2010. Un petit radeau sur lequel je suis seul maître à bord. Seul à décider de tout, selon ce que j’ai envie de faire ou non. Zéro compromis, zéro blabla ; juste une passion que je suis comme un mantra, et un dévouement que je continue de cultiver jour après jour. Si j’ai envie de faire un gig de Funeral doom, je le fais. Si j’ai envie de faire une soirée Hip-Hop, je le fais. Si j’ai envie de faire un sombre groupe du trou-du-cul du Locle ou Dieu-sait-où qui potentiellement n’intéresse pas grand monde à part moi, je peux le faire aussi. En règle générale je m’entends assez bien avec moi-même alors c’est cool ; pas de temps à perdre en tergiversations, réunions, concertations ou je ne sais quoi. Si je veux vraiment faire un truc, je me sors les pouces du cul et j‘y fous.

La rumeur dit que tu travailles tout seul. On te jure qu’on l’a entendu. Même que parfois on la propage nous-même ! Est-elle vraie ?

Rumeur ou pas, tout ce qui importe à mon sens c’est que les choses se passent, peu importent la voie et les moyens pour y arriver et peu importe qui est derrière en train de pousser pour le faire, accessoirement. Après tout, il faut bien que les choses se passent, sinon on fait quoi dans cette Ville morte ? Je ne pense pas que Genève soit une ville plus morte qu’une autre, hein, ce serait du domaine de l’insulte que de prétendre une chose pareille quand on voit l’offre culturelle gargantuesque. Mais sans le nombre incalculable de passionnés qui font vivre la scène, la Genève “alternative“ qu’on connaît tous ne serait plus qu’un vieux souvenir inscrit dans les mémoires des Anciens. Ceci étant, la rumeur dit vrai. Drone to the Bone c’est moi (et inversement). Mais j’ai de précieux amis dans mon entourage qui répondent toujours largement présent lorsque j’en ai besoin, soit pour filer un coup de pouce à la caisse, au bar, faire le son, faire à manger, ou bien juste boire des coups (après tout on est aussi là pour rigoler ou bien ?). Pour le Helvete Underground en 2014, par exemple, j’étais loin d’être seul (même si la prog intégrale reposait sur moi), idem pour les Geneva Doom Days en 2017. Pour dire vrai, parce que je trouve important de le préciser, je suis quoiqu’il en soit rarement seul à faire le merdier de A-à- Z, dans la mesure où les lieux qui m’accueillent ont pour la plupart leurs propres équipes qui participent largement à ce que toutes les choses se passent à la cool. La prog, néanmoins, est toujours de mon ressort ; ou en tout cas dans 99% des cas, puisque Drone to the Bone tape aussi l’incruste de temps à autres sur quelques collaborations ponctuelles comme ça a été le cas sur les concerts de Marika Hackman, Russian Circles, Scott Kelly ou bien The Varukers plus récemment.

Concernant le choix des groupes, est-ce toi qui les démarches ou parfois est-ce que les groupes eux- mêmes viennent te proposer leurs services ?

Je reçois des dizaines de mails, tous les jours. Ce qui est plutôt cool mais qui peut quand même devenir vite chiant, dépendant les propositions. Sans compter le fait que j’écoute absolument tout ce que je reçois et que je m’impose de répondre à toutes les sollicitations (même si des fois ça me prend des semaines pour tout absorber). Je constate qu’au fil des années Drone to the Bone est devenu un incontournable pour des dates de “Hard” sur Genève et que du coup mon adresse e-mail se retrouve malgré moi sur pas mal de listes de plus ou moins grosses agences de booking. C’est souvent bienvenu mais des fois je reçois vraiment des propositions qui ont rien à voir avec le schmilblick ; je me suis pas encore décidé malgré les sollicitations à me lancer dans le Ska, la chanson française ou bien la Techno indus russe, par exemple, tout comme je me tamponne le cul de faire un énième band Pagan death mélodique à tendance viking-queer symphonique antifasciste. D’un autre côté, je reçois également pas mal de mails en provenance de groupes directement, de plus en plus. Ceci dit, je démarche malgré tout aussi pas mal par moi-même ; dès que je découvre un band qui m’intéresse, je prends contact et je présente Drone to the Bone. Après, à priori, les choses suivent leur cours et, tôt ou tard, on finit par bosser ensemble. Idem pour ce qui est des dates de dernière minute, quand il s’agit de remplir un day-off sur une tournée, par exemple. Dès que je vois une possibilité, aussi folle et improbable soit-elle, je balance un mail ; c’est d’ailleurs comme ça que des monstres comme Church of Misery, Portal ou Acid King se sont retrouvés ici en plein été, alors que tout était officiellement fermé, devant un parterre d’une centaine de personnes, en conditions DIY totales, et qu’ils sont repartis avec passé 1000 balles chacun sur un plan aux entrées… il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour qu’on chope Neurosis et Eyehategod dans des conditions similaires l’été dernier! Pour ce qui est de mes sources, enfin, elles sont tout ce qu’il y a de plus banal. L’inspiration peut venir d’écoutes compulsives au hasard de la toile, de découvertes au gré d’un concert ou bien via des zines spécialisés ou en papotant avec les copains tout simplement. Comme n’importe qui, je présume ; mais comme je suis un type plutôt ouvert d’esprit, cela permet sans doute d’avoir des horizons plus vastes que le “métalleux” ou le “coreux” lambda.

Y a-t-il des styles, des groupes que tu refuses de programmer ? Ou comment choisis-tu les groupes ? Y a-t- il une sorte de « ligne éditoriale » ?

Il n’y a pas de “ligne éditoriale” à proprement parler. Même si mes préférences me poussent à programmer majoritairement des trucs qui “chient à mort”, comme on dit dans le jargon. Je surkiffe le gros gros Doom, le Funeral doom en particulier, le Sludge bien épais, et certaines formes de Black metal. J’aime bien aussi le Hardcore quand c’est bien sur la brèche, les trucs qui partent dans tous les sens et tout ce qui a un petit côté Noise. Mais j’écoute aussi beaucoup de Hip-Hop, de Drone, j’aime bien la Folk quand elle est bien dark. Le Rock psyché quand ça me fait triper. Le Grind bien extrême quand chuis de mauvaise et que j’ai envie de casser des trucs. La Harsh noise quand c’est bien viscéral. Le Post rock quand je sens que ça m’emporte. Des tas de choses, vraiment, selon l’humeur générale. Je me suis même surpris cet été à programmer un récital de piano en mode sauvage au bord du Rhône pour The Eye of Time (un des tout grands moments de cette prog 2018, d’ailleurs). Grosso-modo, je programme ce que je sens, quand je le sens, sans aucune retenue et sans aucun autre but que celui de me faire plaisir. Après si les gens suivent, tant mieux, ça me rend d’autant plus heureux, pour les groupes que j’accueille, surtout. Mais le principal pour moi c’est de ramener des artistes que j’ai envie de voir. Point final.

Quels sont tes liens avec les scènes locales ? Est-ce que tu essaies d’encourager les groupes de la région avec DTB ?

Encourager les groupes de la région n’est pas un but en soi, à proprement parler, il y a des tas d’autres acteurs dans la scène qui se sont fixés cet objectif, et qui font largement le job. Mais vu la quantité d’artistes absolument incroyables qui nous entourent, il n’y a vraiment aucune raison valable pour quiconque de ne pas soutenir le merdier ! J’en fais par conséquent un “poing” d’honneur à apporter moi aussi ma modeste pierre à l’édifice. J’aimerais bien dans la mesure du possible proposer un groupe suisse sur chacune de mes dates, systématiquement, ça c’est vraiment quelque chose que j’aimerais pouvoir faire. Je sais par expérience à quel point c’est chaud de trouver des dates tant que t’as pas atteint un certain “level” de réputation ou que t’es trop “hors-cadre”, alors si je peux aider, quand c’est possible, je le fais. Mais ça reste toujours sur le même principe, j’invite personne juste pour rendre service, parce que c’est des copains ou je ne sais quoi ; il faut que la musique me parle un minimum. Comment je pourrais « vendre » mes concerts si j’y crois pas à 10’000 ? Dans la réalité, après, c’est malheureusement un principe souvent compromis (celui d’avoir des groupes locaux à tous les coups). Le fait est que la plupart des artistes que j’accueille sont des groupes internationaux et qu’ils tournent rarement seuls ; si on ajoute en plus le fait que mes dates se déroulent majoritairement en semaine (du dimanche au jeudi), c’est pas toujours possible ou bien souhaitable pour les salles d’accueillir un band supplémentaire. Sans parler évidemment de l’aspect financier qui reste parfois un frein non négligeable car, même si beaucoup de groupes (notamment à Genève) sont ok de venir pour une tape dans le dos, une bonne bouffe et des bières fraîches, c’est toujours délicat de ne pas pouvoir, au mieux, leur filer plus qu’un “vulgaire” défraiement pour l’essence (et ça c’est quand il reste un peu de sous dans le budget).

On s’est amusé à regarder l’évolution du nombre de concerts depuis la création de DTB. On passe de 1 en 2010 à plus de 25 en 2018… Comment est-ce que tu arrives à maintenir ce rythme ?

Chaque année, je me fais avoir, à vrai dire. Je me dis toujours à chaque début de saison que je devrais fairemoins de dates (genre, une par mois, pour me préserver un minimum) mais au fur et à mesure que les semaines passent, des opportunités se présentent et de fil en aiguille je me retrouve avec des mois (voire des semaines !) où je me tape en fin de compte trois / quatre orgas d’affilée ! Ce qui, en raison de ma vie privée et professionnelle n’est pas toujours simple ; il faut dire que Drone to the Bone n’est évidemment pas mon job (d’ailleurs je serais bien dans la merde si ça l’était, y a pas de fric à se faire dans ce « bizness »!). J’ai deux enfants, un « vrai » boulot, une famille et un emploi du temps largement bien rempli. La vie est cool, franchement, mais il faut des fois bien jongler ; entre les « obligations » du quotidien et mon incorrigible tendance à vouloir tout faire, ça tient parfois du miracle d’arriver à tout goupiller. En vrai, je me fatigue moi-même, comme un grand, à vouloir tout enchaîner comme si j’avais 20 ans alors que les lendemains de veilles sont de plus en plus rudes puisque, quoi qu’il advienne, il faut se lever à 6h du mat’ 5 jours sur 7 pour s’occuper des kids et aller bosser. Après, ma foi, je dormirai quand je serai mort, comme on dit !

Il y a une deuxième chose qui nous impressionne avec DTB : les entrées de concerts toujours proposées à prix libre (en tout cas le plus souvent). Est-ce un principe qui te tient à cœur ?

Si ça ne tenait qu’à moi, tous les concerts Drone to the Bone seraient effectivement en prix libre. Mais ça, ça dépend essentiellement des lieux qui m’accueillent.

Ce n’est pas très élégant mais la question des sous se pose. Est-ce que le fait de proposer l’entrée à prix libre te permet d’avoir des fonds suffisants pour continuer tes activités ? On se dit que ton point de vue sur cette question encouragerait peut-être plus de personnes à le faire et donc à dédiaboliser ainsi le concept bienveillant de la confiance et du partage !

Le prix libre a pour avantage que chacun, peu importe ses moyens, peut se permettre d’aller aux concerts, ce qui, à mon avis, est plus que cool. Les gens ont pas nécessairement besoin de scruter leur budget au centime près en se disant qu’ils ne peuvent se permettre que telle ou telle sortie et ça, à mon sens, vu la surabondance de l’offre culturelle de la région, est un sacré plus pour maintenir la scène active ou en tout cas encourager les gens à sortir de leur cave. Après, prix libre ou non (et ça c’est encore un autre débat), beaucoup de gens, fondamentalement, en ont rien à foutre et préfèrent rester chez eux ou faire autre chose (chacun son truc après tout). Des lieux comme La Makhno, à L’Usine, fonctionnent sur le principe du prix libre pour toutes leurs soirées. L’expérience montre que ça fonctionne plus ou moins, les gens au final dépensent peut-être un peu moins à l’entrée et un peu plus au bar (ceux qui ont les moyens en tout cas). Les choses s’équilibrent, dans un sens, mais c’est totalement tributaire de la “morale” et des possibilités de chacun. Ceci dit, j’ai beau être un idéaliste de premier ordre, je ne suis pas certain que le principe puisse s’appliquer partout et pour tout type d’événements non plus. Pour parler finances, enfin, Drone to the Bone n’est pas coté en bourse. Je ne possède pas d’actions non plus que je pourrais faire fructifier pour les réinjecter dans le “Hard”. Drone to the Bone ne bénéficie pas de subventions non plus. Pas non plus de généreux mécènes pour alimenter financièrement toutes ces folies. J’ai surtout la chance, pour être honnête, de bosser avec des lieux qui, comme La Makhno, Kalvingrad, L’Undertown et L’Ecurie, me font confiance et peuvent se permettre de « prendre des risques » à ma place, dans une certaine mesure. En gros, je négocie cachets et conditions avec les groupes ou les agences de booking, à la suite de quoi je fais des propositions aux salles, voir qui potentiellement veut / peut m’aider à faire en sorte que les choses se passent sans que j’aie à casser ma tirelire. Il ne me reste ensuite “plus qu’à” faire de mon mieux pour que ça marche, que le public suive et que tout le merdier mis en place pour y arriver ne soit pas “vain”, si je puis dire (dans le sens économique du terme, on s’entend). Parce que le fait est que Drone to the Bone n’a pour ainsi dire plus de fonds propres à disposition depuis des lustres. Le fric que je mets dedans quand il le faut vient de ma poche. Le seul moment où j’ai réussi à mettre des sous de côté pour Drone to the Bone, à vrai dire, c’est en 2014 quand j’ai organisé une série de concerts de soutien au H elvete Underground (un festival sur trois jours intégralement consacrés à la scène black metal helvétique) ; j’avais réussi à l’époque à rassembler un petit pactole que j’avais réinjecté illico en promo, affiches, caterings d’accueil et un ou deux cachets…

Tout ça c’est de la cuisine interne, au final, mais il s’agit de faire des “projections” et des suppositions et des calculs d’épicier en essayant d’être le plus réaliste possible et de trouver le moyen de faire en sorte que les choses se passent sans ruiner ma fortune personnelle et la fortune des lieux et assos qui accueillent mes événements. Le tout en veillant à ce que les artistes s’y retrouvent eux aussi, évidemment. Ça a peut-être pas l’air bien compliqué expliqué comme ça mais ça l’est bien plus qu’il n’y paraît en réalité. Il ne s’agit pas de présenter aux salles qui m’accueillent un show comme un “sold-out” potentiel alors qu’on navigue la plupart du temps à vue et que le public potentiellement intéressé par les concerts qu’on fait est en baisse constante depuis des années ; il n’y a qu’à penser à la misérable dizaine de personnes qui sont venues voir Mantar, Bell Witch ou Årabrot il y a quelques années et voir les foules que ces mêmes groupes déplacent maintenant… il n’y a pas de règles sur lesquelles s’appuyer. C’est d’ailleurs une réalité assez merdique qui fait qu’on ne peut plus vraiment se permettre de prétendre sortir des “gros” cachets, même pour les plus « grands » noms de l’Underground qu’on reçoit parce qu’on ne sait jamais comment les choses vont finir par tourner ; c’est un truc à devenir fou, des fois !

Mon but n’est pas de devenir le roi de l’entourloupe et de faire croire aux gens avec qui je bosse que tout ce que je leur propose est formidable et que ça va remplir leur salle, au contraire. J’essaie de vendre le bordel tout en étant le plus transparent possible, aussi bien avec les groupes, les agences de booking et les salles avec qui je collabore. La réalité de la scène est assez inquiétante et la santé des clubs à l’heure actuelle est bien fragile, si on y pense au final ; c’est à se demander sincèrement si, tôt ou tard, certaines agences de booking – et par conséquent les groupes qui vont avec – ne vont pas simplement finir par faire l’impasse sur des dates en Suisse parce que le public ne suit plus ou en tout cas pas suffisamment. Sans parler des clubs qui eux aussi évidemment paient lourdement le tribut de ces baisses de fréquentation. Ce n’est pas un hasard, c’est certain, si la plupart des orgas et assos actives dans la place finissent par poser les plaques au bout d’un moment…

Après, heureusement, les moments de kiff en ce qui me concerne sont d’une puissance telle que je finis rapidement par dédramatiser et passer outre les moments de doute, les galères et les déceptions. Sinon je crois bien que j’aurais déjà posé les plaques à mon tour depuis un sacré bout de temps.

Tu sembles être actif uniquement à Genève. Est-ce un choix ? Est-ce que le fait d’être à Genève pose moins d’obstacle par rapport à d’autres villes ? Et quels sont les acteurs avec qui tu travailles ?

Je suis actif à Genève uniquement, oui. J’y suis arrivé quand j’avais 8 ans, j’y vis depuis pas mal d’années, du coup. J’y ai grandi, je devais avoir 15 ou 16 ans quand j’ai été voir mon premier concert à L’Usine, je contribue à la “scène” depuis bientôt 20 ans, déjà ; ça fait un sacré bout de temps, maintenant que je regarde un peu dans le rétro ! Genève est un peu devenu ma “Ville natale”, en quelque sorte, et je m’y plais vraiment pas mal. Je connais à peu près tout le monde, si on peut dire, ce qui pour le coup facilite franchement grandement les choses quand on fait ce que je fais. Si je devais tout redémarrer à zéro ailleurs ce serait clairement une autre paire de manches ! Je bosse avec pas mal de monde, de L’Usine à L’Ecurie, l’Undertown, La Reliure… sans parler des connexions avec divers autres lieux et assos de la place comme Urgence Disk, l’Axe du Mal, Kalvingrad, Peg!, Bad Mood, LiveGeneva TV, le Collectif nocturne, le mouvement Prenons la Ville et des tas d’autres gens super. Genève est un foutu carrefour depuis des décennies pour les scènes punk / rock / hardcore etal et affiliés et c’est une tradition que j’essaie de contribuer à faire perdurer même si, en règle générale, hélas, comme partout en Suisse apparemment, je me répète, le public peine à se renouveler.

Est-ce qu’il y a d’autres acteurs avec qui tu collabores hors frontières genevoises ou même suisses qu’on n’aurait pas vu ? Aimerais-tu étendre tes activités à d’autres villes ?

Au fil des années, j’ai construit un assez gros réseau, c’est sûr ; réseau qui dépasse largement les frontières helvétiques, d’ailleurs (à force de bourlinguer avec Rorcal, notamment). Après c’est pas dans mes plans de monter des satellites Drone to the Bone dans d’autres villes ou de me lancer dans une agence de booking, par exemple. Je continue d’exploiter et d’entretenir ce réseau, c’est sûr, en mettant en place de temps en temps des séries de dates pour des groupes que je reçois à Genève comme je l’ai fait pour Suma en 2014 avec une date supplémentaire à Bâle ou bien pour Leng Tch’e cette année avec une date à Winterthur et une autre à Strasbourg, mais ça s’arrête là. Drone to the Bone ça se passe à Genève pour le moment et c’est déjà bien assez de boulot comme ça.

Pour parler connexions, ceci dit, elles sont multiples et beaucoup trop nombreuses pour être énumérées. J’ai une profonde admiration pour tout ce que fait Damien à Urgence Disk, le shop de disques de L’Usine, à Genève. Idem pour les copains d’Hummus Records à La Chaux-de-Fonds, l’équipe de Deep Drone à Bâle… Ceci dit, je tiens à jour une liste assez conséquente sur mon site alors il n’y a qu’à suivre les liens pour connaître l’étendue de cette joyeuse constellation qui ne cesse de s’étendre.

Y a-t-il des obstacles auxquels tu es confronté parfois ? Par exemple, est-ce que des défenseurs des bonnes valeurs de la croix à l’endroit t’envoient des courriers menaçants pour te faire savoir que tes concerts sont un peu trop sombres et t’accusent de faire la promotion du Satan ?

J’ai jamais eu de soucis ce type, et je le regrette parce que ça m’aurait beaucoup amusé. Mais certains groupes que j’ai programmés ont été taxés de “nazis” (à tort selon moi, sinon il est évident que je ne les aurais pas accueillis), ce qui à mon sens est bien plus sérieux et problématique et qui m’a d’ailleurs valu quelques problèmes à un moment donné avec certaines salles. Après, l’affaire est close alors je ne m’attarderai pas davantage sur le sujet et je ne donnerai pas de noms non plus.

Le seul véritable obstacle, et pas des moindres, est une grande constante pour toutes celles et ceux qui se démènent pour organiser des trucs : la galère du manque de lieux…

Les questions un peu feelgood maintenant : quel(s) est/sont le(s) concert(s) dont tu es le plus fier/content/qui t’ont le plus fait kiffer ?

S’il fallait n’en choisir qu’un, je dirais Sourvein en 2011 ; mo-nu-mental. Il y a d’ailleurs encore une ou deux vidéos qui traînent sur le Tube et qui font du bien quand je me dis que les gens suivent pas comme j’aimerais et que ça me fait chier. Mais il y a bien trop de kiffs chaque année ! Eagle Twin en 2010, Saviours en 2011, Hexis et This Gift is a Curse en 2012, Meth Drinker et Graves at Sea en 2013 (dire qu’on était genre 12 à cette soirée !) … SubRosa et Darkspace en 2014, Portal et Impetuous Ritual en 2015… Oddateee, Sole et Årabrot en 2016… Oranssi Pazuzu, Impure Wilhelmina, Jozef van Wissem, Coilguns… des très grands moments à chaque fois ! Jucifer et Walk Through Fire en 2017, Eyes, Svartvit et Dark Buddha Rising en 2018… Pfff. Beaucoup trop de gens cool et de concerts mémorables ! Et la liste ne cesse de s’allonger, année après année, c’est d’la folie !

Et la deuxième question un peu bitchy mais en quelque sorte feelgood aussi, quel est/sont le(s) concerts qui t’ont posé le plus de problème/que tu as détesté organisé/qui te font dire « oh merde, j’espère qu’ils ne sont pas comme ceux-là » à chaque nouveau concert ?

Je ne regrette absolument rien de ce que j’ai fait. Mais il y a bien eu deux ou trois accrochages notamment sur des dates pour des groupes de black metal dont je me serais bien passé. Des groupes que je ne referai pas, à priori (quoique je ne suis pas un type très rancunier), mais par respect pour les protagonistes je tairai leur nom. Et puis de toute manière c’est passé et on ne peut plus rien y faire, ça sert à rien de remuer la merde.

Depuis ces “incidents”, ceci dit, à chaque fois que je reçois des groupes de black metal (même si c’est somme toute assez rare), je crains de me retrouver avec le même genre d’abrutis. Après si vous voulez absolument des noms on peut en causer autour d’une mousse, hein, c’est pas un secret d’Etat non plus mais il n’y a aucun intérêt, ni pour moi ni pour les personnes concernées, à chier dans la soupe publiquement. Au fond, même si parfois je peine à avaler la pilule, je pense qu’on est tous humains et que des fois on peut faire ou dire d’la merde ; j’aime à croire que les gens peuvent changer, c’est pas parce qu’une fois tu t’es comporté comme un connard que tu seras un connard toute ta vie.

As-tu une anecdote ou aventure que tu aimerais partager ?

Il y en a un paquet mais il y en a une qui m’amuse beaucoup. C’était plutôt angoissant sur le moment mais une fois que c’était passé on a bien ri. Une date de 2015, quand Jozef van Wissem s’est rendu compte que son luth s’était cassé durant le voyage, un dimanche, et que tous les luthiers de la ville étaient soit fermés soit absents. Sans compter que le luth s’était brisé pile entre le haut du manche et le chevillier (la tête) ! Des dizaines de coups de fil pour essayer de trouver un luth de rechange, en vain. On a fini par fixer tout ça à la super-glue, trois heures avant le concert… A chaque pause entre les morceaux, Wissem accordait son luth et à chaque tour de cheville on serrait les dents de peur que ça pète à nouveau !

Il y a aussi eu la fois où Supayniyux ont repeint les murs et le sol de La Gravière avec quelques litres de sang de cochon… la fois où Impetuous Ritual ont bouché la douche avec de la boue et des feuilles mortes…

Est-ce que tu aurais envie d’étendre les activités de DTB ? Par exemple, lancer un label, organiser un festival ou avoir ta propre salle de concert ? En gros, quels sont les projets qu’il t’intéresserait de réaliser ?

Des festivals, j’en fais de temps à autres ; il y a eu le Helvete Underground en 2014, un festival intégralement consacré à la scène black metal helvétique, il y a aussi eu deux éditions des Geneva Doom Days, l’une en 2013, l’autre en 2017, un festival plutôt orienté doom et black metal avec quelques incursions hip- hop lors de la seconde édition. Après ce n’est pas un but en soi, j’ai pas l’intention chaque année ou tous les 3, 4, 5, 6 ans de réitérer la même formule. Un label, je ne crois pas que ça me tente plus que ça mais je n’y ai jamais vraiment pensé. Peut-être un délire du genre « print on demand » comme ça se fait actuellement pour les livres aurait un intérêt à être développé ? Je pense à voix haute, j’en sais rien.

En revanche, à terme, avoir une salle sous la main ne serait pas de refus. Pas que j’estime le mériter plus que d’autres, au contraire, mais une salle supplémentaire, avec une petite jauge, qu’on partagerait entre divers acteurs de la scène, rendrait bien service à toute la communauté c’est certain. Pour le moment, dans tous les cas, j’organise des dates à gauche à droite sans me poser trop de questions et ça va bien comme ça. Affaire à suivre.

Tu es libre d’ajouter ce dont tu as envie à cette interview ! Fanzine libre, on fait et on dit ce qu’on veut !

Merci pour cet espace de liberté. Vous êtes supers ! Continuez ! Le bon sens voudrait que je m’étale ici sur la nécessité de soutenir les scènes locales et tout le blabla. Mais je pense que vous êtes bien assez grands pour en tirer vos propres conclusions. Gloire à Satan et tous les activistes. Drone to the Bone est Amour.

 

>>>>>>>>>> DRONE TO THE BONE

Exo-planets of noise-rock : an interview with YC-CY

Swiss German band YC-CY totally blew some of us out last year with their Todestanz Lp (including a song that is compulsary listening). So their show in La Makhno (Usine, Geneva) in May was a chance not to be missed. « It’s the first time we’re doing an interview », says YC-CY guitarist Mike, almost shily, with no suspicion of what a pleasure it is for the interviewer to record the carefully thought-out answers of the young band – kind of felt like taking the pulse of a sportsman. This conversation took place on the upper floor of l’Usine. Mike, Rune (voice) and Gregor (drums) were sitting on the beds. Remo (bass) was on a ladder breathing the smoke of a cigarette out in the night. And this is what we said.

Is there any special meaning behind the name YC-CY ?

Mike : No, we like it because it is symmetrical. I think it is interesting because it doesen’t mean anything but it makes you think about what it could mean.

I thought maybe it meant « Why see ? See why ! »…

Rune : Nobody thought about that.

Mike : I thought about it ! That’s my favourite version of the name, actually.

Is there a will from your part to make something a bit obscure, not so easily accessible ?

Mike : We don’t necessarily look for it but we are probably like that so it just automatically happens. Like for example on the first record all the names of the songs are animals in German. We didn’t have any lyrics at first so we just named the songs by the animals that they reminded us of. And then we thought, cool ! Why not ? A lot of stuff about the band seems really planned out but it’s really spontaneous.

Remo : And on the second album it’s all exo- planets.

Mike : Planets that are not in our solar system.

There’s always this notion of distance. Exo-planets, it’s… far away !

Mike : Exactly. And then the cover looks like space with an an explositon but it’s really a photo of the ocean and the thing that looks like an explosion is a jellyfish.

It’s not really easy to label your music. How do people react to it ?

Mike : People who like punk music think it’s interesting but also a little weird. And then there’s some people who are looking for that kind of music.

Remo : There is not really a scene for this kind of music and when we started we were really wondering if people would like it. When you’re writing punk or hardcore you know people will like it.

Are you talking about your local scene or in general ?

Mike : Some of our worst shows are at home. I honestly just think they don’t like that kind of music that much. Which is totally understandable.

Remo : And playing more shows and finding people that are interested in that kind of music or playing with other bands that do similar type of music outside of Switzerland made us realize yeah there is a scene we didn’t know about !

Rune : People walking out at shows. It’s always funny. It’s not really a thing that you would wish to yourself. We sound so weird that people don’t know what to do with it. At least you can protect yourself with that kind of thought.

Mike : It’s a reaction at least !

Rune : And then you discover that there are actually some people who listened to it, who actually know some songs and have come to the show and you don’t have to protect youself anymore.

Mike : When we go on tour, we never expect too much. One night it’s crowded and everybody’s dancing and the next it’s ten people and they don’t care !

So do you find punk music too conservative ?

Remo : We all wanted to do something new but we all like punk bands as well.

Mike : All these conservative – if you want to call it that – punk bands, we all like them. But we’ve played in a lot of bands already so we wanted to try something new. But we like the Ramones !

What is a good concert for you ? What type of contact with your audience are you looking for ?

Mike : I really like when people dance cause to me the music is really dancy. But I don’t know if it comes across like that always. I don’t see it as hardcore at all. I see it as just dancy but really dark and spacy.

Rune : We played our first concert in April and – we had that in Milano before – people really engaged with the music, pushing the stage, almost pushing me off the stage. It’s a really infectious thing, this excitement, this vibe that everybody gets into, where you will do some stuff that you wouldn’t necessarily do normally.

Mike : People kind of forget about themselves and just let loose. And then when the band stops everyone is normal again. It’s cool, I think. It’s interesting.

Rune : It can also be a good show when people just liked it. Or they didn’t like it but you just had fun.

Are there any bands that you saw and that inspired you to cross boundaries and do your own thing ?

Remo : We talked about it before a little bit. Some yeaurs ago we came here in l’Usine to see Retox. I didn’t know them and didn’t expect anything. It was different, really powerfull and the audience had this punk spirit but the music was not something that usual punk bands would play. It was weird but really intense. That was one influence. Punk but different.

Rune : I admire bands that can put on a really crazy show even if not much is going on. Just doing their thing. I don’t really understand how you do that.

Mike : They’re just really confident. About your original question, I think we all really like The Cure. Heavy but not melodic and not hard. A little funky, a little dancy. that’s what we’re trying to do as well.

Do you think that local scenes still have a relevance in our internet age ?

Mike : Yeah, definitely. We live in a really small town but the scene there is really good. There are record stores and studios, places to play and a lot of bands. Even an independent radio station and they play our songs ! Nothing to complain about, really. I just believe that it’s really not the kind of music that people who live there want to listen to.

Are you active in any other ways in your local scene, apart from the band ?

Remo : Yeah, we are setting up shows, playing in a lot of local bands as well. (Remo has also started a label called order05records and Mike is playing in the experimental band Tumortumor. – Ed.) We were doing shows in our practice space for a while. When we did the first show, we were kind of expecting the police to turn up because the place is like an apartement in a basement but then we ended up putting up shows there regularly !

Mike : There are also clubs where we know the people and where we sometimes do shows.

Do you like reading about music ? Do read any special website or magazine ?

Remo : Yeah, I really like to read interviews when they go a little deeper than the usual questions. And also band biographies and books about music.

Mike : I really like Ox fanzine. I check that out for reviews mainly. And I just discovered Perte & fracas. He reviewed one of our records and now I check that out too. We’ve all done French at school but we never use it. So I can read in French, even if it sometimes take me a long time to understand. I feel he’s always spot on and knows a lot about music. I’ve discovered a lot of records. He’s probably my favourite… I even like Noisey and Vice and all that stuff.

Remo : The book that I’m going to read next is called Fight your own war. It’s about the noise-punk scene. And we talked about Retox. I read two of Justin Pearson’s books, too. The first one was OK but then the second one I hated.

Mike : The second one made me dislike him a bit too…

OK, next question ! Your two records have come out on X-Mist records. Can you tell me how it happened ?

Remo : We released the first record by ourselves – 100 lps, we didn’t know if anybody was going to buy it. Somehow he heard it, made a review and really liked it. So he ordered a lot of Lps. Half of them I think. When it sold out, he did a repress, and then another repress. And then he told us that if we were going to do a new album and he liked it, he wanted to have us on his label.

The sound is a bit different on the second album. Did you go to a different studio ?

Remo : (Laughs) We didn’t go to a studio for the first one! We recorded in our rehearsal space. We did it all by ourselves. We didn’t know what to expect and then when we were mixing it and it was coming together, I was like « Wow ! This sounds really good ! Who knows, maybe someone will like it ? »

Mike : We didn’t know what we were doing. It was a lot of work to do it ourselves.

Rune : Insanely stupid !

Remo : We lived in the studio during five days for the second album. Became kind of friends with the guy who recorded us, who was really into it.

Mike : He was super sweet. We’ll probably go there again for the next album.

Which should be on your label, Remo ?

Remo : Maybe, we’re not sure yet.

Did you play some new songs tonight ?

Mike : Yeah, two. We’re trying them out. I think, just like the second record is more dancy than the first one, the next one is going to be even more dancy.

You’re very much into dance (laughs). Do you like dancing ?

Mike : A lot.

Remo : We wanna do horror disco !

Mike : Even, like, gothic… I love it.

You guys have very lively and rythmic parts and other that are more ambient/noisy stuff. It makes the songs quite long – that’s good – and during the shows you don’t have a lot silence.

Remo : We try to have one long song as the whole set !

Mike : When you’re watching a band and you’re really into it and after the songs it’s like « CRRRRR… » and it’s quiet. I think it’s nice when it’s more like a movie. There’s always something happening and you’re never getting out of it. And if you don’t like it, it’s like torture ! (Laughs) It’s good because of the contrast. The long parts seem longer and the fast songs more chaotic. It’s like a rollercoaster. Only long songs would be boring but the two different parts kind of charm each other… I think.

Plans for the future ?

Remo : This year we’re going to try to record a new album and then play a lot of shows.

Mike : We have a lot of songs already.

>>>>>>>>>> YC-CY

>>>>>>>>>> ORDER05RECORDS

>>>>>>>>>> TUMORTUMOR

« L’oeil du cyclone » (MoE – Cave 12, 20 juin)

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« Imagine un mélange entre Napalm death et Shellac. » C’est la comparaison rapide que j’avais trouvée pour décrire MoE à un copain qui ne connaissait pas. « Pas facile. », il avait répondu. Et pas tout a fait exact non plus, mais ça donne une idée de pourquoi ça valait largement le coup de faire le trajet jusqu’à Genève et Cave 12 ce mercredi-là.

Quasiment déserte et très tranquille lorsqu’on arrive. En fait, je crois que Cave 12 ne se remplit qu’à la nuit. Les Norvégiens – qu’on veut rencontrer pour une interview –  sont déjà là. Mais, fatigués par un trajet depuis Oslo beaucoup plus long que prévu et parsemé d’incidents de sécurité inquiétants, on ne les croisera pas trop avant le concert.

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Il débute devant une audience assez restreinte. On est mercredi et il fait très beau et puis c’est la coupe du monde, hein. Pas grave, le trio est là pour nous en mettre plein les oreilles et les mirettes et arborent des éléments de costume à paillettes. Batteur imperturbable sous sa cagoule fourrée qui lui donne des airs de teletubby gothique, qui casse sa caisse claire dès les premières secondes mais continue sur les toms comme si de rien n’était. Rien n’arrête la machine MoE quand elle est lancée.

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Relents de doom/stoner lourdingues. Pics de tension punk hardcore. Crise noise aigüe, soubresauts schizo, tension qui s’affole. MoE brouille les pistes, orchestre un chaudron brûlant où se fond tout ce qui est sauvage, tout ce qui se tend, éructe, se déchaine.

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Cette tension de malade, ces éclats de folie en rafales  sont servis par la technique irréprochable des trois musiciens confirmés, qui sont tous actifs dans des projets très différents, jazz, improvisé ou autre. Faut écouter sur disque pour comprendre – quoiqu’au final l’expérience en live soit assez différente, très organique.

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Pas de pit formaté ici. Pas de violence ritualisée. Sans forcer, sans rien imposer, le groupe communique juste une folie qui infuse progressivement dans le public présent et le concert se termine dans des danses sauvages et des cris enthousiastes.

La soirée se terminera pas des rencontres et discussions bien agréables, au son de la sélection « pre-summertime » des DJs locaux. Black flag, c’est en effet totalement pre-summertime. Cave 12 ne ment jamais.

>>>>>>>>>> MOE

 

 

« En avant dans toutes les directions » (Massicot, The Ex – Cave12, 13 déc.)

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SUPER_JOIE FANTASTIQUE MERCREDI SOIR !, comme dirait Cave12. Enfin, je le fais pas aussi bien qu’eux. Avec deux groupes bien connus dont la rencontre relève de l’évidence.

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Massicot installe un drôle de ballet déséquilibré et mutique.  D’un côté, les tropiques, les rythmes chaloupés et entraînants. De l’autre, la guitare atone, stridente et répétitive. La voix scandée, presque martiale par moment et parfois chantée en letton, je crois – ce qui d’ailleurs n’a rien à voir.

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C’est un inconfort étrange, un brin absurde, bizarrement déviant et plaisant. Quelque chose comme l’équivalent musical de Buster Keaton.

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Un musique intense, tendue. La concentration des musiciennes est palpable sur scène. Ce qui n’empêche pas une bonne dose de complicité d’ailleurs.

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Quel pied de revoir The Ex et leur agit-prop-punk à nul autre pareil ! Ca faisait presque longtemps – si on omet les projets parallèles vus entre-temps et qui passent régulièrement dans le coin.

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Le groupe a beau exister depuis un paquet d’années – 1979, quand même, ils détestent rien plus que l’ennui et présentaient donc un set entièrement nouveau, pour un album à venir. La motivation était grande et le set commence pied au plancher. Et Terrie et Andy ne tardent pas à se lancer dans un de leurs fameux duel de guitares ferrailleux. Une copine souffle : « Ah ouais, The Ex, c’est la baston, en fait ! »

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Sans connaître les titres, on reconnait la patte typique des hollandais bruyants  – en fait, il n’y a que la moitié du groupe qui est originaire des pays-bas – les hymnes bruitistes frénétiques où la musique du groupe a des accents de fanfare noise – surtout depuis qu’ils ont trois guitares. Un long titre sonique répétitif, presque instrumental. D’autres ambiances plus retenues, avec parfois la voix presque enfantine de Katherina.

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The ex, 38 ans d’âge.

Ce groupe a quelque chose d’un ovni, quand même. Ou d’un miracle. Sa manière de faire ce post-punk à la fois naîf et vindicatif, expérimental et bruitiste, n’appartient qu’à lui.  The Ex, c’est l’antithèse du math-rock.

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Sac poubelle avec boules de mousse collées dessus, utilisé par Terrie pour jouer de la guitare. Objet de nos questionnements.

Et pour Rad-Yaute, c’était un peu  « Foward in all directions »  ce soir-là, aussi. Vu que ça a été l’occasion d’une expérimentation avec la vidéo. Une interview filmée par Mister David, aussi connu sous le nom de LiveGenevaTV MC. On attend le résultat avec une certaine, euh, appréhension.

>>>>>>>>>> MASSICOT

>>>>>>>>>>> THE EX

« Violence & Etrangeté » (Société étrange, Maria Violenza – un garage quelque part à Grenoble, 21 oct.)

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Rédactrice invitée : Anne

Soir de pluie dans une carrosserie où Parquet Sonore invite Société étrange et Maria Violenza.

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Le trio Société étrange – basse, batterie et un « mécano » aux machines pour les sons électroniques – commence. Société étrange nous tourne quasiment le dos. Seul le batteur est face au public mais après tout, on s’en fout, on n’est pas là pour regarder mais pour écouter.

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Leur musique est tout en progression, répétitive, hypnotique, doucement mais sûrement, au fur et à mesure. Société étrange nous embarque dans un trip aux accents Kraut, les rythmiques mêlées aux sons et effets électroniques font que, petit à petit, l’hypnose sonore prend.

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Ça commence bien dans ce garage… C’est au tour de Maria Violenza, avec tout son petit barda, concept « One-woman-band ». Maria Violenza joue sur un synthé vintage, elle joue aussi de la guitare, donne parfois des coups de percus, appuie sur des pédales, branche et débranche ses jacks…

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Elle chante en français, en italien, en anglais, mêle et fait se télescoper diverses influences dans une espèce de « cold-synth-arabian-punk » je sais pas quoi. Multiples casquettes, multiples facettes d’une musique qui ensorcelle… J’ai eu « Moisissure » en tête plus de 24h et aussi sa « valse déglinguée » de Waltz7 chantée dans une langue non identifiée…

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« Elle bosse » me dit un pote à la moitié de son concert, elle est partout, au four et au moulin. Maria Violenza en solo a en tout cas bien fait chauffer notre moteur.

>>>>>>>>> SOCIÉTÉ ÉTRANGE

>>>>>>>>> MARIA VIOLENZA

Tôle froide, Owun, Lynhood – La Reliure, 18 fév.

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C’est à La Reliure, vieille baraque occupée par des ateliers artistiques à la facade psychédélique tout à fait incroyable, que se déroulait finalement ce concert.

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D’abord les lyonnaises de Tôle froide. Le trio propose une musique entre post-punk (un peu) rageur et pop acidulée. Des (petites) cousines de Massicot, en quelques sortes.

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Avec du chant en français, comme il sied bien à ce style à la fois revendicatif et naïf, leur set était frais et bien dynamique. Et elles avaient de jolies cassettes et patchs sur leur table de distribution.

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Owun sont Grenoblois et ce concert était l’étape genevoise d’une tournée à l’occasion de la sortie de leur album.

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Son massif, rythmiques répétitives, immuables, kaléidoscope d’effets et de réverbérations. La musique du trio est à la fois dansante et hypnotique, énergique et froide, martiale et aérienne.

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Un cocktail bien personnel, qui se mûrit dans le temps et demande de l’attention. D’ailleurs de nombreuses personnes – enfin, proportionnellement à la petite foule présente, hein – se sont assises au fil du set. L’impression d’avoir fait un voyage, transporté hors du temps… C’est donc que cette étrange machine fonctionne.

Lynhood clôturait cette soirée mais je n’ai fait qu’apercevoir ce projet solo qui semble tracer une ligne fragile et originale entre mélodies délicates et des éléments plus bruitistes. Elle aussi a sorti un disque sur le même label grenoblois, Reafforests.

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« Cosmos en sous-sol » (Loubatière/Messon, Pauvros/Kawabata – Cave12, 6 novembre)

DSCN2722.JPGCyril Messon est un jeune guitariste aux projets très divers, dont Noyades qui vient de sortir son album,  et son duo improvisé avec le batteur Rodolphe Loubatière attise la curiosité.

Ils joueront une assez longue pièce d’une trentaine de minutes, s’ouvrant en mode décalé/syncopé, comme souvent dans cette musique « libre » mais qui a aussi ses gimmicks, pour bientôt plonger dans un torrent de notes et de roulements.

L’énergie est là, mais on ne quitte jamais vraiment l’impression de flux ininterrompu et c’était un peu frustrant que ce flux ne se fixe jamais ou trop rarement dans une forme, si éphémère soit-elle. Alors que le duo se réclame (entre autres) du noise-rock dans sa bio, de noise-rock, je n’ai point entendu.

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Je ne pouvais pas rester longtemps pour le concert du duo suivant, Jean-françois Pauvros/Makoto Kawabata. Leur performance promettait d’être un trip dont ni la durée ni l’intensité sonore n’était connue. On savait juste que ça pouvait atteindre des dimensions cosmiques. L’ouverture sur des notes éthérées jouées à l’archet sur les deux guitares électriques semblait déjà flotter en apesanteur dans la stratosphère. Dieu sait où ils ont fini.