« Noise punks » (It’s everyone else, Makata-O, Gerda – Zona mutante, 7 oct.)

Concert hors des radars. Dans un squatt hallucinant sur les hauteurs de Genève et devant une poignée d’allumés noctambules. Trois groupes qui passaient par là, pour qui le punk n’est pas affaire de chapelles.

Gerda viennent d’Italie. Gerda est une boule de feu, une boule dans le ventre. Une bête blessée mais pas morte. Un truc concentré, noir, explosif. Noise, hardcore, punk, post. Gerda s’en fout, n’en fait qu’à sa tête. Mais Gerda a joué en premier ET J’AI LOUPÉ GERDA.

Merde, merde, mierda.

C’était quand même une bonne occasion de rencontrer ces frères d’armes des Norvégiens enragés de Moe – avec qui ils ont partagé un split. Très sympathiques, ils essaient même de me remonter le moral en me racontant le jour ils ont fait six heures de voiture pour arriver à la fin du concert du groupe de grind qu’ils étaient venus voir.

Pour se venger, on improvise une petite interview avec les Italiens. Puis on se rattrape (un peu) avec la bonne bouffe vegan préparée pour l’occasion et les allemands de Makata-O. Basse batterie gras, sale et rampant. On dit sludge dans les milieux autorisés.  Et It’s everyone else, duo slovène aux sonorités synthétiques tonitruantes – avec quelques passages plus aériens où la voix de la chanteuse dessine des mélodies douloureuses –  et qui aurait pu accrocher  autant les fans d’Atari teenage riot que ceux de techno hardcore.

La chouette photo de Gerda est de Olive du fanzine Debout les braves ! Merci à lui !

>>>>>>>>>>GERDA

>>>>>>>>>> IT’S EVERYONE ELSE

>>>>>>>>>>MAKATA-O

>>>>>>>>>> DIY ANTI-SOCIAL CLUB

 

 

 

 

 

Split K7 Archet cassé/1000DIEZ

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Archet cassé sort de nouveaux morceaux, mais de manière si discrète qu’on pourrait bien passer à côté. Cinq titres supplémentaires – dont deux instrumentaux – à se mettre sous la dent de ce spleen en rimes qui court après l’enfance et ne cherche pas à prouver quoi que ce soit. Un côté électro peut-être encore un peu plus prononcé, voire cold sur le dernier titre. Si je ne devais en retenir qu’un parmi toutes les expérimentations one-man/woman/chanson/synth/indus/wave, y’aurait des chances que ce soit Archet cassé.

De l’autre côté, 1000# balance des beats à l’envers plutôt cools. Il y a du texte aussi, dont un e-dozer débile et halluciné bien marrant.

Ceci est une cassette à la jolie pochette sérigraphiée mais je n’en dirai pas plus vu que je ne l’ai pas.

Split K7 Archet cassé/1000DIEZ (Four4 records).

>>>>>>>>>> FOUR4 RECORDS

« La théorie de l’électrocution » (La Confraternita del purgatorio, Don Vito – Cave12, 9 oct.)

don vito

Dans la programmation de Cave12, des groupes de « rock » – attention, on est quand même assez loin de Téléphone, hein -, il y en a pas des masses. Mais quand il y en a, c’est souvent de la haute voltige.

A peine le temps d’entrer que déjà, La Confraternita del purgatorio, groupe italien on l’aura compris, fait résonner les premiers sons de son set. Une batterie pour marteler les rythmiques syncopées et deux gars aux machines pour faire jaillir un flux continu d’électronique grouillant. Symphonie pour épileptiques.

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Viva il papa !

Y’a comme un organisme bizarre qu’a pris greffe sur la machine, une bactérie qui prospère dans les circuits. Une forme mutante qui pullule et prend contrôle du système. Bref, je crois qu’on a un problème.

Le batteur avait même le tee-shirt qui dit « I like the pope and the pope smokes dope » où on voit Jean-Paul II qui fume un joint. Sacrément vintage. Ils en ont pas fait pour Benoît XVI, d’ailleurs. Faut dire que Jean-Paul II, il avait un peu plus une gueule que Benoît XVI aussi. Mais bon, c’est pas le sujet.

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Assez sur cette Confraternita qui, d’ailleurs, n’a joué que 30 minutes. Et au tour des allemands de Don Vito dont le set sera lui aussi court et intense.

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Noise-rock haletant, cartoonesque, en éruption permanente. A la vitesse de la lumière, dans le sillon de Melt-Banana et Lightning bolt, mais qui sait aussi faire danser. Même si c’est la bave au lèvre et le regard fixe et vide.

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Une cocktail explosif génial et finalement assez populaire et qui leur vaudra même un rappel.

Comme un groupe de rock.

Ha.

>>>> LA CONFRATERNITA DEL PURGATORIO

>>>> DON VITO

 

White noise, DUB[IOUS]

 

Dubious-Front

La musique de White noise me rappelle une article du fanzine Octopus*, qui appelait de ses vœux les metissages musicaux à venir, les hybridations à peine imaginables aujourd’hui… Leur post-rock/dub-electro se situe clairement dans un sillon apparu depuis, creusé d’abord par d’illustres ainés – Mogwaï et autres géants post-rock en tête -, envers lesquels ils reconnaissent clairement leur dette.

Post-rock et dub-electro, donc. Les grandes étendues mélancoliques et l’hallucination syncopée main dans la main. White noise tente de tisser les deux fils sur ce premier EP 5 titres, qui semble vouloir démontrer l’étendue des ambitions du groupe, chaque morceau ayant une identité propre.

Dubious, le morceau éponyme, est celui qui m’a le plus enthousiasmé. C’est clairement le plus poignant, avec son joli gimmick de guitare esseulé, répété inlassablement dans une lente montée en puissance bien mogwaïenne. Des couches de basse grasses viennent ajouter du trouble et de l’épaisseur dans ce paysage désolé qui s’embrase peu à peu.

Hormis I wanna see your face, qui lorgne vers un trip-hop fusion musclé, je ne retrouverai pas la même tension sur le reste du disque. Les autres morceaux mettent davantage en avant le côté electro du groupe. Sur Organ donor, les synthés se font sucrés, tandis que la ballade un peu terne Drug users never loose their cool me semble manquer de colonne vertébrale. Aging and dying tient son programme dub-rock-electro, peut-être de façon un peu rectiligne.

Ces titres n’évitent pas toujours le défaut qui guette toute musique instrumentale : être une bande-son qui attend son action (de ski, plus précisément, le groupe étant sponsorisé par les stations Grand-Massif). Cette impression est accentuée par le son très pur, presque transparent. Pas de plongée vertigineuse dans les infrabasses ou les effets ici, mais cette production, qui donne un caractère intimiste bienvenu sur certains titres, pardonne moins sur d’autres passages.

Ce 1er EP fait donc clairement la démonstration du savoir-faire de White noise et donne aussi parfois l’impression que le groupe colle un peu trop à son milieu et à son temps. La suite leur laissera tout le temps de pousser leurs explorations. Aussi loin qu’ils le voudront.

White noise, DUB[IOUS] (Wolf records, 2016)

http://www.wearewhitenoise.fr/

* Tiens, un peu d’histoire sur les fanzines Hyacinth/Octopus : http://www.abusdangereux.net/site/2012/11/hyacinth-octopus/