« Apologie de la déviance » (Child abuse – Cave12, 15 sept.)

Toujours avoir un oeil sur la programmation de Cave12. Surtout pour tout ce qui touche aux formes de rock déviantes et inespérées. Child abuse, trio new-yorkais obscur au nom en forme d’atteinte à la morale la plus élémentaire, déjà entrevu il y a cinq ans dans le même lieu. Secousse à fortes séquelles, déjà. En tournée pour la sortie de son quatrième album. Impossible de ne pas être là.

Pas d’éclairage au néon porté en pendentif cette fois-là. Ils ont gardé leurs combinaison couleur alu, par contre. Guère plus rassurants, en pleine lumière. Humour disjoncté et ambiance torve. Concerto pour enclume.

Les membres de Child abuse trempent depuis de longues années dans la scène expérimentale new-Yorkaise. La batterie labyrinthique d’Oran Canfield, la basse fretless en déraillement permanent de Tim Dahl (également membre de Retrovirus avec Weasel Walter et Lydia Lunch) et sa voix grand-guignolesque qui fait parfois penser à Shorty et les stridences viciées du clavier qui achève de faire définitivement de la musique de ce groupe un hochet cassé qui ne tourne pas rond. Pas étonnant qu Eric Paul – la voix de Arab on radar et aujourd’hui Psychic graveyard, avec lesquels Child abuse a d’ailleurs joué – fasse une apparition sur leur disque. Les grands malades se rencontrent.

Leur musique est une rafale sans fin, un point de fuite indéfinissable, une coagulation violente de courants contraires.  Déluge de décalages math-rock, free-jazz désarticulé, sauvagerie death-metal. Pas d’autre choix que de se laisser prendre par le maëlstrom. Retiens ta respiration et laisse-toi emporter par le fond.

Un petit tour à la table de merchandising à la fin du concert donne pourtant une impression assez sympathique des individus. Le batteur te propose même Long past stopping, l’autobiographie qu’il a publié il y a quelques années. Et donc, tu te retrouves avec un tee-shirt portant fièrement l’inscription « Abus d’enfant » ainsi que les mémoires d’un héroïnomane.

Mais sinon tout va bien.

>>>>>>>>>> CHILD ABUSE

« Printemps noise-part 2 » (Sheik Anorak, The Acharis, Flying disk, Love in the elevator, Shellac, Nurse, Dead arms, USA Nails, Pogo car crash control)

Suite des aventures soniques de ce printemps avec, d’abord, comme lors du premier épisode, un concert Drone to the bone – mais loin de la démence bruitiste habituelle des shows de cette super asso. Plutôt le versant expérimental et aventureux avec Sheik anorak – projet solo de Frank dont on a parlé il y a pas si longtemps à propos de Videoiid et dont on reparlera bientôt – puis le duo US The Acharis.

Quelques touches mélodiques, marques sonores disposées à intervalles réguliers, comme des repères pour ne pas se perdre dans trop d’abstraction. Et la pulsation rythmique comme unique respiration, unique discours.

Sorte de trip-hop minimal et percussif, Sheik anorak emprunte à différents styles sans jamais y verser vraiment. Libre de ses mouvements, sans filet. Qu’il soit seul sur  scène ajoute encore au côté hypnotisant de sa musique. Comme un solo de danse ou d’escalade. Assez fascinant.

La soirée s’est poursuivie plutôt tranquillement avec le duo The Acharis et leur noisy-pop vaporeuse assortie de guitares acides.

Une musique rêveuse qu’on verrait assez comme bande-son d’ambiances à la Sofia Coppola, même si la boîte-à-rythme rajoute un côté post-punk intéressant.

Le groupe de Fossano Flying disk jouait au 648 Café, c’est à dire que milieu de la campagne chablaisienne. En plus d’être archi-inconnus par ici, il y avait une autre soirée ailleurs donc on pouvait à peu près être certain qu’on ne serait pas dérangé par la foule en se rendant à ce concert.

Ca n’a pas raté, ce qui n’a pas empêché les trois jeunes italiens de balancer leur émo-rock avec la dernière énergie. Avec pour fil rouge les mélodies poignantes chères au coeur de Simone, le chanteur, leur musique sait aussi être lourdingue comme il faut quand il  faut. Ca a été aussi l’occasion d’échanger avec cet activiste qui, malgré son relativement jeune âge, organise des concerts depuis environ 10 ans en plus de gérer son propre label, Brigante records.

Début de semaine, échappée vers Lausanne pour chopper Shellac. Déjà vu l’an passé à Grenoble. Mais bon, je crois que j’aime bien ce groupe.

Quelle salle, Le Romandie. Avec sa voûte de pierre haute et sombre  pour plafond, ce lieu a une ambiance rock de malade. Certainement une des meilleures salles que j’ai vues, voire la plus belle.Des images de Nick Cave dans Les ailes du désir  revenaient à l’esprit.

Shellac emmenait dans ses valises un groupe italien, Love in elevator. Gros basse-batterie, grungy, sur lequel se détachent la guitare et la voix plus acides – décidément – de la chanteuse. Pas désagréable, au final, alors que je partais pas convaincu du tout à priori, les choix des Américains en matière de première partie étant plutôt conservateurs. Ce qui d’ailleurs laisse un peu songeur de la part de l’ancien provocateur en chef de Big black.

En, tous cas, c’est devant un Romandie complet et parfaitement convaincu que résonnent les premiers accords du trio. Le son génial de la salle et leur set, construit au fil du concert, qui pioche au feeling dans tous leurs albums, donne l’image d’un groupe assez fantasque et débridé, qui s’abreuve à de nombreuses sources. Plus original que ce qu’on peut parfois penser et pas du tout réductible au stop and go devenu classique dans le noise-rock. D’ailleurs, tout à coup, après la session questions et réponses plutôt vite envoyée (quelqu’un a juste demandé s’il y aurait un nouvel album bientôt et Bob Weston a répondu que oui mais pas si bientôt que ça non plus), Albini s’est mis à parler de l’histoire de la musique qui ne retient que quelques groupes connus et laisse des tas de groupes essentiels sombrer dans l’oubli. Tout ça pour rendre hommage au groupe post-punk suisse Kleenex – actif de 1978 à 1983 et plus tard rebaptisé Liliput, merci Wikipédia – son groupe suisse préféré et une influence majeure de Shellac à leurs débuts, apparemment. Quand on sait que Métal urbain était déjà une source d’inspiration de Big black, c’est plutôt rigolo.

Certains sont déçus ou se sont lassés de Shellac, mais c’est pas du tout mon cas. La plupart du temps, la magie de leur musique à la fois très rock – il paraît même que le riff de Dude incredible ressemblerait étrangement à un passage de Judas priest – et déconstruite par des décalages rythmiques et des bifurcations incessants fonctionne encore à plein. D’ailleurs, un riff de hard rock ne sonne jamais mieux que quand il est joué sur la Travis bean d’Albini. Et puis il y a Todd Trainer. Je crois que j’aurais fait les 100 et quelques kilomètres même s’il jouait tout seul. Son jeu, à la fois ultra lisible et expressif au possible, peut paraître simple, enfantin même. Personnellement, je le trouve incroyablement musical, J’ai l’impression de prendre une leçon de musique, sans parole, en temps réel, à chaque fois. Et de toute façon, comme chacun sait, il n’y a rien de mieux que de regarder un bon batteur.

Le groupe jouera donc un set généreux devant un public ravi, avec quatre nouvelles compositions dont un morceau punk avec un riff nerveux sur deux notes génial. Hâte d’entendre ça sur disque.

Pause de deux jours puis retour à l’Usine pour une soirée avec quatre groupes et les copains de Nurse en ouverture, devant un public plutôt clairsemé.

Un Nurse peut-être un peu moins explosif qu’à l’accoutumée mais un très bon Nurse quand même, avec un son d’ampleur. Il faut dire que le concert commence tôt, Manu, le guitariste, a même dû déclarer forfait lors de sa journée de coupe du monde de parapente pour arriver à l’heure au concert. Enfin 10 minutes avant, faut pas déconner non plus. Nurse, groupe au taquet.

Suivaient ensuite deux groupes anglais amis qui tournaient ensemble : Dead arms et USA Nails. Les deux groupes partagent d’ailleurs le même bassiste. En tous cas, tout ce beau monde sera en interview dans Rad-Yaute bientôt.

Comptant dans ses rangs le gratteux des Death pedals, Dead arms officie dans un punk-rock rentre-dedans et qui file généralement tout droit, un peu comme les précités. La voix âpre et hargneuse du chanteur ajoute une touche davantage hardcore, qui rappelle un peu Poison idea par moment ou même Motorhead.

Un set tout en énergie, où pour moi se démarquaient les morceaux où le groupe ralentit le tempo et où les compositions se font plus sinueuses et les ambiances plus tordues.

Je sais pas si je dois le dire mais je vais le dire quand même : la venue à Genève de USA Nails est due à l’origine à un quiproquo sur leur nom qui les a fait confondre avec les hardcoreux américains de Nails. Il faut croire qu’ils ont su convaincre et, quoiqu’il en soit, c’était un excellent choix.

Aucune fioriture dans le noise-punk de USA Nails, rien qui soit là pour plaire ou pour séduire. Une rigueur et un dépouillement dans le bruit et la répétition – jusqu’à l’absence totale de mélodies parfois sur certains passages quasi no-wave – qui évoque un peu les premiers Fugazi.

Le public s’est resserré, on le sent tout à coup nettemment accroché – alors que, vraisemblablement, seule une poignée avait dû entendre le nom de USA Nails auparavant. Cette impression se vérifiera  dans les jours suivants lors des discussions sur le concert : USA Nails a marqué les esprits.

Pas totalement sûr que ce soit le cas du groupe suivant par contre. Pogo car crash control déploie certainement un bon paquet d’énergie sur scène mais leur musique, qui sonne parfois limite hard-rock, ne me convainc pas plus que ça.

Ca fait déjà pas mal mais le printemps noise n’est pas terminé. La suite au prochain épisode.

>>>>>>>>>> SHEIK ANORAK

>>>>>>>>>> THE ACHARIS

>>>>>>>>>> FLYING DISK

>>>>>>>>>> LOVE IN ELEVATOR

>>>>>>>>>> SHELLAC

>>>>>>>>>> NURSE

>>>>>>>>>> DEAD ARMS

>>>>>>>>>> USA NAILS

>>>>>>>>>> POGO CAR CRASH CONTROL

Printemps noise ! part 1 (The dawn, Deveikuth, It it anita, Frustration, Catalgine, Nevraska)

C’est le printemps noise ! En Haute-Savoie, il n’y a pas que des pentes enneigées et des gilets jaunes en Audi, il y a aussi des concerts qui défouraillent. Retour en images sur quelques moments forts de la saison. Non… j’ai dit ça ?

On commence par un show à Genève, toute proche : The Dawn et Deveikuth à la Makhno. Deux groupes bien obscurs que Drone to the bone est allé cherché dans les tréfonds de l’underground marseillais.

T-Shirts rigolos  – dont celui du chanteur à l’effigie de Rorcal, clin d’oeil au patron ? – mais power-violence chaotique joué avec fougue pour The Dawn qui fait pas rigoler du tout. C’est lourd ? Rapide ? C’est le troisième morceau ou le dix-septième?

Avec un morceau intitulé « I bet you like Botch, bitch », on pouvait s’attendre à ce genre de correction. Le groupe existe depuis 10 ans, a sorti plusieurs albums et faisait ici son dernier concert avec son chanteur/hurleur. Sortie avec les honneurs.

On retrouve le bassiste de The Dawn dans Deveikuth, mais derrière les fûts. Plus question de blasts et de morceaux pieds au plancher ici car il s’agit de Funeral doom. Eh oui, c’était mon premier concert de Funeral doom ! Peut-être bien que vous vous demandez ce que c’est. Eh bien, une sorte de doom minimaliste bloqué sur des tempos ultra lents.

Invocations caverneuses déchirantes, effet de trance hallucinée. Bon enfin, on sent le temps passer quand même au bout d’un moment. Ah le concert est fini ? OK, c’était le moment.

Passons sans transition aux Belges de It it anita, qui jouaient  au Club du Brise-Glace mercredi 13 mars – c’est-à-dire le même soir que Zu à genève, y’a des jours comme ça… –  dans le cadre du festival Hors-Pistes. Même qu’il y avait du monde. Et un premier groupe aussi, que je n’ai pas vraiment vu.

Par contre, It it anita pas question d’en perdre une miette. Ouverture du concert tout en larsens et déjà c’est beau. Disposition atypique du groupe sur scène – les deux guitaristes et la paire basse-batterie se faisant face, de profil par rapport au public. Un concert tonitruant où tu avais parfois vraiment l’impression de te retrouver à la grande époque de la  Jeunesse sonique – période Goo ou quelque chose comme ça – tant le groupe maîtrise ses envolées noise. Ce en quoi ils sont un peu les cousins de A Shape, autres héritiers Sonic youthiens, mais parisiens.

Les deux chants très travaillés savent aussi ciseler de chouettes mélodies et d’ailleurs ce serait idiot de réduire ce groupe à cette influence tant ils sautent d’un registre à l’autre avec naturel.

Le final sauvage dans la fosse a mis tout le monde d’accord : ce groupe est géant. Et je crois bien qu’on devrait en entendre parler dans pas trop longtemps, du côté du Poulpe à l’automne prochain pour être plus précis. Hmm, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Le Poulpe justement, où jouait Frustration le 30 mars dernier.  Y’a des groupes, c’est comme si tu étais maudit et que chaque fois qu’ils jouent quelque part, il y a un empêchement. Ca a été le cas pendant un bout de temps avec Frustration donc ce concert était un peu comme une revanche.

Un DJ, deux ou trois gars qui dansent et font les cons devant – tiens c’est le groupe. Eh ben, ils ont l’air en forme. Les échos du concert de la veille à Cave 12 avec Usé sont pourtant moyens. Assez froid, fatigués peut-être. Mais ce ne sera absolument pas le cas ce soir : le groupe enfile ses tubes post-punk comme des perles. Après un début plutôt cool, le groupe enchaîne les morceaux plus lourds ou plus expérimentaux. Leur post-punk de connaisseur donne l’impression de voyager dans le temps, de revisiter des périodes, des styles, avec toujours ce côté à la fois martial, raide, mais aussi dansant qui caractérise ce style plus à la mode que jamais. Inusable.

C’est un Frustration joyeux, enjoué qu’on verra au Poulpe. Même le chanteur – qui n’a pas la réputation d’être toujours très communicatif – est hilare. Mais la palme revient au bassiste. Pour une raison que je n’ai pas très bien saisie, il avait fait le trajet depuis Genève à pied, avec une bouteille de pastis pour seul ravitaillement. Résultat, il est déchainé, casse ses cordes, prend la parole à tort et à travers. Le set prend des allures absolument hilarantes. Il  donne l’impression de vouloir se battre avec la totalité du public. C’est le bordel, tout le monde se marre, danse et ceux qui s’amusent le plus, ce sont certainement les Frustration. Superbe.

On finit avec Catalgine et Nevraska au café de Chateau-rouge le 27 avril (on est jamais mieux servi que par soi-même, hein). Concert dont la préparation fiévreuse aura d’ailleurs empêché d’aller voir Alabaster et Noiss au Brise-Glace. Dommage.

Un chouette concert en ce qui nous concerne, devant un public restreint mais chaleureux. Faut dire qu’il y avait de la concurrence ce soir-là et aussi que ces soirées, pourtant gratuites et tournées vers la scène locale, peinent un peu à faire recette. A tel point que Julien – pourtant un enjailleur de premier ordre tout dévoué à la cause – jetterait l’éponge. Faut faire quelque chose.

C’était  surtout le plaisir de revoir Nevraska après une assez longue période sans concert, durant laquelle Kick a pris la place de Cyril devenu parisien. Ils ouvrent avec Kollapse, morceau génial à écouter absolument, un de mes morceaux favoris du duo. Ca part donc bien. Alternent ensuite titres connus et cinq nouveaux morceaux. A part un passage à effet électro/boîte à rythmes assez frappant, difficile de se faire une idée sur un seul concert, même si on retrouve souvent ce noise-rock swinguant et survolté qui est la marque de fabrique du groupe. Blues-punk power !

Le nouveau batteur a un jeu plus ramassé que Cyril et ramènera peut-être le duo vers quelque chose de plus brut, qui sait ? A vérifier lors des prochains concerts, par exemple le 15 juin avec les excellents Tuco aux Tilleuls. En attendant un prochain enregistrement. Comme il se doit à Chateau-rouge, tout ça s’est terminé en karaoké post-hardcore entre gens gentils, copieusement arrosé de bières artisanales. Tu veux quoi d’autre ?

>>>>>>>>>> THE DAWN

>>>>>>>>>> DEVEIKUTH

>>>>>>>>>> IT IT ANITA

>>>>>>>>>> FRUSTRATION

>>>>>>>>>> CATALGINE

>>>>>>>>>> NEVRASKA

« From Italy / with noise » (Thee Sweeders, Sloks – Bistro des tilleuls, 22 fév.)

C’était le 22 février dernier – déjà – au Bistro des Tilleuls et c’était le grand retour de Sloks, le sauvage trio turinois qui, au fil de leurs incursions de ce côté-ci des Alpes, sont devenus des habitués, puis des copains.

Ce sont les locaux de Thee Sweeders qui faisaient office de première partie. Si tant est qu’on accorde un quelconque crédit à ce genre de conneries.

Sauf que, pour eux, chauffer la salle signifie sans doute faire transpirer jusqu’aux néons. Rock’n roll haletant, avec une touche sixties apportée par l’orgue strident d’Olive, mais aussi un côté garage et sale avec les grosses guitares de Slim.

Gilles a rejoint le groupe au chant pour de bon, pas juste sur la poignante reprise du Gun club. Le quintet a enregistré des morceaux donc il y aura peut-être du nouveau dans un avenir proche.

Il n’y a rien de mieux que les groupes qu’on découvre par hasard, au détour d’un festival ou autre, et dont la musique vous capte malgré vous alors qu’on ne s’y attend pas. Et c’est exactement ce qui m’est arrivé avec Sloks. Avec deux concerts incendiaires à la Spirale et un premier album qui réussissait le tour de force de capter la folie pétaradante du trio, autant dire qu’ils étaient attendus de pied ferme.

Pas de Peter Chopsticks derrière les fûts cette fois-ci, forcé de rester à Turin, mais un batteur de remplacement métronymique qui faisait plus que le job. Et il ne faut pas bien longtemps pour que la folie Sloks infuse.

Guitare crépitante qui sent la braise, bloquée sur un monoriff qui leur vaut l’adjectif « no-wave ». Chevauchées rythmiques binaires et sauvages immuables. Et la crise de nerfs vocale non-stop orchestrée par Ivy Claudy – dont j’avais jamais réalisé à quel point elle a quelque chose de typiquement italien. Ce groupe a juste trouvé la formule exacte pour débrancher le cerveau. Et je ne suis pas le seul atteint, si j’en crois la transe épileptique incontrôlable qui en saisit certains dans le public.

L’intégralité de l’album y passe, plus quelques autres tubes inflammables. L’après concert est l’occasion de prendre quelques nouvelles. Après un concert avec John Spencer – qui voulait les emmener en tournée – le trio part sur la route du sud de la France et de l’Espagne.

Il est plus que temps que le monde découvre Sloks !

PS Les photos d’Olive Lowlight/Sweeders, qui rendent bien compte de la folie du concert, sont visibles ici.

 

>>>>>>>>>> THEE SWEEDERS

>>>>>>>>>> SLOKS

« Coucou chaos ! » (Michel Anoia, Dead Kiwis – Brise-Glace, 20 fév.)

Retour rapide. Rembobinage de la cassette. C’était le 20 février, au sous-sol du Brise-Glace, la salle de musiques actuelles d’Annecy. Petite salle et scène dite « club », qui a l’excellente idée d’ouvrir régulièrement ses portes aux groupes, locaux ou presque, qui tournent, enregistrent, existent dans l’ombre, parfois dans une relative indifférence, mais qui en réalité sont le sang de la scène.

Deux formations lyonnaises ce mercredi-là. Michel Anoia, formation plutôt confidentielle qui a sorti un album il y a quelques années. Assise Death/Grind bétonnée, lézardée de breaks incongrus, parsemée de dissonnances sauvages, ludiques et subliminales.

Un ensemble bien technique et chaotique, avec un son massif mais légèrement lo-fi qui reppelait un peu les Stéphanois de Rupturr.

Dead Kiwis ont déjà plusieurs disques à leur actif et enchaineront sur une tournée anglaise dans les semaines qui suivront ce concert.

Toute l’esthétique de groupe tourne autour du kitsch des années 80. Néons, petite intro façon gym tonic, le bassiste ose même le collant fluo. Les voir sur scène c’est un peu comme regarder un épisode de X-Or ou de Goldorak : le groupe projette ses rayons gamma à vitesse supersonique. Murs de riffs métalliques infranchissables. Breaks chaotiques vitesse grand V. Rafales de blasts qui laissent tous les méchants par terre.

Lourd, ultra rapide, chaotique. Dead kiwis fait tout en un seul morceau et en moins de deux minutes. Relents de Botch. Ceux qui étaient là savent.

>>>>>>>>>> MICHEL ANOIA

>>>>>>>>>> DEAD KIWIS

« Comme un poison dans l’eau » (Viagra boys – piscine du Lignon, 6 fév.)

Chaque année, le festival Antigel lutte à sa façon contre l’engourdissement hivernal qui s’empare de Genève en distillant une programmation pointue mais où chacun ou presque peut trouver chaussure à son pied. En marge d’événements plus prestigieux, le concert à la piscine du Lignon fait figure de soirée délurée où la température monte de manière déraisonnable, comme c’était le cas en 2018 avec Idles et cette année avec les suédois de Viagra boys.

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Il n’est pas certain que tous les groupes auraient été à l’aise avec l’idée de jouer dans une piscine. Sur le bord de la piscine, pour être précis – et non, on n’est pas obligé de se baigner ou d’être en maillot de bain, juste pieds nus. C’est plutôt amusant pour le public en goguette qui se presse devant la scène ou pique une tête en attendant le concert mais un peu particulier, tant au niveau du son que du cadre.

Mais les Viagra boys n’en ont clairement rien à secouer. La loose et l’auto-ironie, le groupe suédois en a fait sa marque de fabrique*. Post-punk de camping, disco frelaté, électro tourné à l’aigre. Avec Sebastian Murphy en tête de gondole, crooner américano-suédois déjanté et tatoueur de son état. Ventre à l’air et lunettes noires, tous tatouages dehors, il promène son personnage de loser noctambule, éructe une soul rauque et titubante qui rappelle parfois les périodes les plus expérimentales des Clash et se précipite dans l’eau à plusieurs reprises durant le set.

Le personnage attire à lui les regards mais, derrière, son bad boys band — qui contient une fille aux synthés et percussions — projette impeccablement sa bande-son hypnotique. Boucles de basses abrasives, batterie métronymique, gimmicks de synthétiseurs et guitares stridentes. À peine troublée par les incursions éclairs d’un saxo qui apporte une touche no-wave à l’ensemble.

L’écho naturel du lieu atténuait un peu le mordant de leur musique, mais les Viagra boys c’est un groupe tout-terrain qui la joue au talent et s’en tire avec panache. On en sort moites et contents.

*Il n’y a qu’à regarder leur Shrimp session, concert filmé dans un hangar pendant les heures de travail, pour s’en convaincre.

PS Les supers photos sont de Amdo. Merci.

>>>>>>>>>> VIAGRA BOYS

 

 

« Plus que de la musique » (Les punks sportifs, Guerilla poubelle – Le Poulpe, 2 fév.)

Plein de monde pour ce concert organisé par les copains de la Tribu sonore. Tant mieux ! Des jeunes, de la danse, du pogo, de la sueur et de la bonne humeur. A tant fréquenter des soirées obscures, on oublie presque que ça peut être aussi ça la musique.

En parlant de bonne humeur, les Punks sportifs assurent la première partie. Punks peut-être, sportifs c’est possible – à vérifier néanmoins -, mais qui envoie sympathiquement en tous cas. Leurs morceaux rigolards et enragés rappellent plutôt le rock alternatif français des années 80, Garçons bouchers et compagnie, et ouais !

Guerilla poubelle est un groupe qui a sacrément marqué, le groupe phare des années d’adolescence pour beaucoup. C’est pas mon cas  – et pour cause – mais  à les voir en live, on comprend immédiatement. Avec plus de 1000 concerts au compteur, le punk-rock leur coule littéralement des doigts. Breaks millimétré, accélérations pied au plancher, refrains imparables et mélodies gorgées d’émotion, avec cette voix beuglée reconnaissable entre mille. Le groupe use de toutes les ficelles qui ont fait le punk-rock, le pop-punk, le hardcore mélodique et j’en passe, depuis un paquet d’années.

Mais c’est autant par son attitude et ses choix que pour sa musique que ce groupe est marquant et ça se ressent parfaitement pendant le concert. Ultra chaleureux mais aussi concerné et politisé, Till – le chanteur – n’hésite pas à s’exprimer, prendre à partie le public – pas en donneur de leçons mais en tant que membre d’une scène, d’un mouvement.

Sur les tables de distro, on se rend compte que le groupe ne se contente pas de faire sa propre promotion mais emmène toute une scène avec lui. Des bacs remplis jusqu’à la gueule de toute une ribambelle de groupes punk et indépendants, ceux sortis sur leur label, Guerilla asso, ou sur d’autres labels. Je mate ça pendant que les gens prennent leur pied devant la scène. C’est classe. Le punk-rock mélo n’est pas forcément la musique avec laquelle je me sens le plus d’affinités mais je donnerai beaucoup pour voir davantage de concerts avec cette attitude et cette ambiance.

>>>>>>>>>> LES PUNKS SPORTIFS

>>>>>>>>>> GUERILLA POUBELLE

>>>>>>>>>> GUERILLA ASSO

 

« Au firmament du bourrinage » (Deathcode society, Céleste – Brise-Glace, 19 janv.)

La réputation et l’aura sombre qui entoure Céleste poussait à passer les portes du Brise-Glace ce samedi-là, ne serait-ce que pour faire l’expérience de ce groupe à la démarche radicale. Public assez nombreux mais sans plus – étonnant dans une région où tout le monde est fan de Converge, la faute peut-être à un prix qu’à moitié convivial. Le set des lyonnais, en tous cas, s’est révélé d’une puissance et d’une lourdeur inouïes. Bon sang, j’en ai encore des frissons.

En ouverture, Deathcode society, sorte de black metal narratif et évocateur. Ambiances médiévales à la Dead can dance et murs de blast et de guitares plombées. Certainement pas mauvais mais pas exactement mon truc, les costumes et ces ambiances armées d’orques qui dévalent les montagnes pour attaquer le château du roi, ça me rappelle toujours le jour où je me suis fait coincé dans une soirée jeux de rôle à la fac. C’est arrivé qu’une fois. Par contre, est-ce qu’ils méritaient ce son en carton-pâte, inoffensif au possible ? C’était un choix de leur part, se faire passer pour un groupe de lounge new-wave cotonneux ?

Bloc d’une lourdeur hallucinante, à peine tempérée par quelques inflexions plus aériennes qui ne font que déployer encore davantage une pesanteur sans nom. L’agression sonore de Céleste ne laisse pas une seconde de répit. Cherche le sang. Garde les crocs plantés du début jusqu’à la fin sans jamais desserrer son étreinte.

Post-harcore suffocant. Black-métal malade d’agressivité et de noirceur. Des coups décisifs plutôt qu’une vaine poursuite de l’ originalité. Fondu dans la masse, coulé dans le béton. Et l’intensité émotionnelle folle de la voix, qui fait beaucoup pour la personnalité unique de ce groupe et rappelle le passé hardcore de certains de ses membres. Elle évoque d’ailleurs un des tous premiers groupes de hardcore hurlé français – vous pouvez dire « screamo » si vous parlez playmobil – : Finger print, qui apparaît presque comme un ancêtre de ce crossover black/hardcore.

Les lampes frontales rouges sur scène dans la quasi obscurité, les pochettes soignées et énigmatiques, le torrent de désespoir absolu charrié par les paroles : au contraire de 95% des groupes, qui devraient juste arrêter de se prendre en photo dans des poses risibles et d’encombrer les scènes de leurs panneaux publicitaires, tout, dans l’esthétique radicale de Céleste, touche au coeur (de pierre), interroge, marque l’esprit au fer rouge.

Etoile filante du bourrinage, Céleste.

Photos de Alain Grimheart, merci à lui.

>>>>>>>>>> DEATHCODE SOCIETY

>>>>>>>>>> CELESTE

 

« Jeudi noise » (Black Mont-Blanc, Videoiid – Tilleuls, 6 déc.)

Virée aux Tilleuls un jeudi soir. Arrivé à l’arrache mais assez tôt pour passer un moment avec les groupes de la soirée. Alors qu’on avait prévu de les faire jouer tous deux ce soir, on a eu la surprise d’apprendre que les batteurs respectifs des deux groupes se connaissaient et avaient même joué ensemble à une époque ! La soirée part sous de bons auspices. Frank raconte sa tournée en autonomie en Russie, du nord jusqu’à la Crimée avec son projet solo Sheik anorak. Ca ferait un tour report d’enfer !

Il y a déjà un public assez nombreux – pour un jeudi – lorsque commence le concert de Black Mont-Blanc. Faut dire que le trio comporte la section rythmique des Don caballero locaux – We are the incredible noise – et qu’en plus ce groupe dont on compte les concerts sur les doigts de la main jouait pour la première fois à Annecy, il me semble bien.

Probablement à cause du son, leur musique fait une impression moins violente, moins rentre-dedans que lors de leur prestation au Poulpe. Post-hardcore technique, en ébullition. Voix gueulée qui se débat dans ses entrailles. Basse retorse, perverse, qui cherche le point de faiblesse, de rupture.

Quelques moments qui respirent davantage mais le trio ne laisse guère de repos au public et son set punitif le laisse pantelant, avec toujours l’envie lancinante d’en entendre plus. Quand sortiront-il quelque chose ? Un jour, peut-être, peut-être.

Le deuxième trio de la soirée, Videoiid donc, est un groupe plutôt groupe récent formé par Frank, lyonnais exilé à Göteborg, et Arvind et Sara, deux musiciens suédois. Ils n’ont pas tant tourné en France que ça et viennent de sortir leur premier EP, donc c’était plutôt cool de les recevoir ce soir-là aux Tilleuls

Punk dissonant, tribal, hypnotique. Gerbes de guitares qui déraillent. Sur scène, la musique de Videoiid est en éruption continue et leur set court mais intense fait une impression plus urgente, plus primaire encore que sur leur enregistrement.

Ou peut-être que c’était un de ces moments spéciaux où il se passe quelque chose, puisque le groupe lui-même nous racontera après que ce concert était pour eux particulièrement réussi. En tous cas, il laissera sa marque dans nos cerveaux sidérés, de même que cette excellente soirée qu’on prolonge par une interview à paraître très bientôt.

>>>>>>>>>> BLACK MONT-BLANC

>>>>>>>>>> VIDEOIID

>>>>>>>>>>BISTRO DES TILLEULS