« Déglingo comme il faut » : une interview de Dewaere

Dans la foulée de leur concert au Poulpe, les membres du quatuor pop-punk-noise explosif Dewaere ont pris le temps de répondre à mes questions. Etaient présents Marc (basse), Julien (guitare) et Maxwell (chant) ainsi que Franck (batterie) et Yann (tour manager qui fera quelques interventions bien senties). J’ai l’habitude d’ajouter la mention (Rires) pour donner une idée de l’état d’esprit à ce moment mais, là, c’est toute l’interview qui est à lire avec un sens de l’humour et du second degré bien aiguisé. Dewaere, c’est des tubes en série qui explosent sur disque, des concerts pied au plancher souvent délirants et incontrôlables mais leur interviews aussi sont rock’n roll.

Vous jouez très régulièrement et votre album en est à son troisième repressage : ça a l’air de pas mal marcher pour Dewaere. Est-ce-que c’est le fruit d’une stratégie établie et vous étiez sûrs de votre coup ou, au contraire, est-ce-que ça vous prend un peu par surprise ?

Marc : Totalement par suprise. Quand j’ai été recruté pour un boulot, on m’a demandé : « Est-ce-que tu vas repartir en tournée ? Est-ce-que tu seras totalement dispo pour le travail qu’on te propose ? » Moi j’ai dit : « Les tournées, c’est terminé ! » – j’avais 38 balais à l’époque – et je me retrouve dans la situation totalement inverse ! Mais, à la base, ce groupe, c’était juste pour faire du rock.

Julien : On a composé des morceaux, on a rencontré Maxwell. On s’est dit c’est cool, ça nous plait, on enregistre. Notre batteur connaissait un gars de chez Bigoût records et de chez Phantom records. On a envoyé notre album. Les mecs ont dit : « Oh, c’est génial ! » Ils nous ont proposé un deal pour 300 vinyles. Donc on a sorti l’album et suite à la sortie de l’album, on a eu de bons retours, qui nous ont apporté des dates, qui nous ont apporté un tourneur, puis d’autres dates, encore de bons retours sur l’album hyper régulièrement… Tout s’est enchaîné mais c’était hyper inattendu…

Hugues jouait dans Flying worker auparavant, et aussi Neige morte, Veuve SS – des groupes qui tournaient ou tournent plutôt dans la scène hardcore/DIY -, est-ce-que le fait de travailler avec des intermédiaires comme votre tourneur et dans des circuits plus larges vous pose certaines questions ?

Maxwell : Moi, je déteste chercher les dates, organiser les répètes – et je crois que tous les musiciens sont d’accord avec moi quand je dis ça. Quand tu as quelqu’un qui organise des dates, franchement tu peux te branler sous la douche tranquillement avec l’image de la reine dans ta tête ! (Marc plié de rire. NDLR)

Julien : Et puis, c’est pas comme si on était avec un agent véreux. Le mec, il est plus jeune que nous…

Marc : Il est méga passionné. Notre relation est hyper saine. On est à la même hauteur. Il nous aide à nous développer, il a capté le truc et… il bosse bien !

Maxwell : Il nous adore et on l’adore !

Julien : Parfois, il y a eu des gens qui nous disaient : « Nous, on veut pas passer par un tourneur, on veut passer en direct. » Mais c’est unE erreur totale parce qu’en passant par eux, c’est tellement plus simple. Eux, c’est leur métier. Nous, notre truc c’est de jouer de la musique et, eux, c’est d’organiser.

Du coup, qu’est-ce-que vous pensez des pratiques des tourneurs qui consistent à avoir un droit de regard sur les premières parties ?

Julien : Franchement… Pas grand-chose. Je pense que si j’étais tourneur, je ferais la même chose !

Marc : Là, tu poses la question aux musiciens, faudrait que tu demandes au tourneur. Basiquement, le tourneur, c’est un vendeur mais un vendeur qui kiffe son truc, pas un mec qui vend des pots de yaourts, c’est un métier passion. Si il nous fait jouer dans des lieux comme ici, c’est pas pour l’argent, c’est parce que c’est là que le groupe rencontre son public.

Julien : Il y a des tourneurs qui nous auraient fait jouer en première partie de Matmatah à l’Olympia mais lui si il nous fait jouer en première partie, c’est sur une date avec le Villejuif underground ou avec Cocaine piss.

Maxwell : Ca marcherait pas du tout…

Julien (interloqué) : Je sais pas… Pourquoi ?

Maxwell : Ca marcherait pas du tout parce que c’est NOUS les meilleurs ! (Rires)

Julien : Non, ce qui fait qu’on est bien avec lui, c’est que c’est pas business mais il y a un bon truc de développement.

Votre musique a un côté assez entraînant, assez fun. Est-ce-que c’est une envie que vous aviez dès le départ ?

Julien : Pas du tout ! Avant que Maxwell arrive, on avait que des instrumentaux orientés noise/math-rock. Assez rapidement, on s’est rendu compte qu’il fallait que nos morceaux deviennent des chansons.

C’est vrai que la voix de Maxwell sur du math-rock, j’ai un peu du mal à imaginer ce que ça pourrait donner…

Marc : Si ! Si ! Ca pourrait marcher mais ça serait vraiment chelou !

Julien : Il a apporté quelque chose de beaucoup plus pop à nos morceaux et c’est tant mieux.

Gloire à Maxwell , quoi !

Marc : Ca a été un putain de coup de bol et c’est génial ! (Il se tourne vers Maxwell) Si tu veux, tout à l’heure, je te (Une certaine conception de la décence m’empêche in extremis – malheureusement peut-être – de reproduire la proposition à caractère sexuel de Marc dans sa totalité, ni la réponse de Maxwell qui, il faut bien le dire, n’est JAMAIS pris en défaut de répartie. NDLR)

On entend parfois dire que, pour les groupes à guitare, c’est un peu la fin, qu’il y a plus trop de public, qu’est-ce-que vous en pensez ?

Julien : Moi, je trouve que c’est le contraire, je trouve que ça revient !

Marc : Il y a toujours un public pour les bons groupes et pour les bonnes chansons. Tu peux faire de la techno au kilomètre, ça va marcher 5 ou 6 ans, tu vas remplir ton festival parce que les mecs sont sous MD et qu’ils sont défoncés. Mais que ce soit en rap, en rock, en pop, c’est exactement pareil, les gens viennent chercher une émotion. A partir du moment où tu dis vraiment quelque chose, de la manière la plus pop qui soit, tu touches tout à coup un public hyper large et réceptif !

Yann (semblant se réveiller tout-à-coup) : Est-ce que vous voulez voir ma raie ? Ou mon zizi ?

Maxwell : Yann Olivier entre en scène !

Les gens parlent parfois des années 90 comme d’un âge d’or…

Marc : En tous cas, dans les années 90, Maxwell n’écoutait aucun groupe des années 90 !

Maxwell : C’est n’importe quoi : Michael Jackson, Spice girls, Fucking backstreet boys ! Mais bon, je suis né en 87, mec. These fucking dickheads listened to Nirvana, Sonic youth…

Marc : J’écoutais du black metal !

Maxwell : Non, toute ma vie, j’ai écouté les Beatles ! Pour moi, c’est tout ce qui compte ! Nirvana, je vois que c’est bien mais… ça m’emmerde ! C’est comme le massage shiatsu, c’est bien mais ça te fait rien !

(A ce moment, Julien essaye de m’expliquer le son de guitare qui l’inspire dans Nevermind pendant que les autres parlent de fantasme sexuels inspirés par la pochette de l’album de Nevermind de Nirvana… le résultat est difficile à transcrire. NDLR)

Maxwell (hurlant par-dessus la mélée) : FUCKING LISTEN TO THE BEATLES, YOU FUCKING IDIOTS !

OK, Maxwell parle-nous un peu des Beatles…

Maxwell : Si tu veux, toute la musique d’aujourd’hui, c’est à base de Beatles !

Julien : Tu crois que Beethoven a attendu que les Beatles arrivent ?

Maxwell : Les Beatles, c’est Beethoven ! … Non, mais au niveau des pop, mélodies – bon, les paroles, on s’en fout – c’est juste génial.

Julien : En vrai, tu as complètement raison.

OK, Maxwell, tu viens d’une autre culture, pas forcément rock, punk, noise, etc. Qu’est-ce-que tu as pensé d’eux la première fois que tu les as écoutés ?

Maxwell : Ils m’avaient dit que c’était « noise-punk »…

C’est ce que tout le monde dit, d’ailleurs…

Maxwell : Pour moi, « noise-punk », c’est The Fall mais hyper expérimental ! Pas de mélodies, rien ! C’est juste TRRRRFFFFFXXXXRRRRRZZZZ BBBBBRRRRRTTTTRRREWWWKKKKRRRR !!!!!!!! (Il fait le bruit avec sa bouche. NDLR) Ca m’excitait… Je suis arrivé à la répète, c’était pas du tout ça ! C’était un peu… organisé… un peu math-rock. C’était pas du tout ce que je pensais. Et du coup, je me suis un peu forcé parce que je connaissais personne à Saint-Brieuc et je voulais me faire des potes. (Rires) Je leur ai dit : « Vous faites de la merde, vous avez besoin de moi. »

Marc : On a pas besoin de toi ! Je t’ai trouvé ivre mort dans une soirée et je t’ai dit : « Eh putain, toi, t’as pas l’air français ! » et on a commencé à discuter. C’est exactement comme ça que ça c’est passé !

Julien : Le lendemain matin, j’avais un message de Marc qui disait : « Putain, j’ai rencontré un mec, il est australien, il a l’air complètement timbré mais ça peut être génial ! »

Vous racontez deux moments différents, en fait…

Marc : Pendant la première répète, il est resté assis à boire pendant une heure et demie. Il a tisé une première bouteille de Chardonnay, puis il en a ouvert une deuxième et enfin il s’est tourné vers le micro et il s’est mis à hurler comme un sauvage !

Julien : On a l’enregistrement de la première répète, j’avais l’impression d’entendre Jim Morisson en train de faire des Oh-oh-oh sur notre musique ! On était hyper surpris mais c’était génial. Moi, le lendemain matin, je me suis réveillé en me disant : c’est bon.

Marc : Exactement, c’est le gars qui nous fallait et puis voilà ! On s’est pas posé la question trois secondes ! C’était génial, déglingo comme il fallait. Il chantait juste comme il fallait, il mettait l’émotion pile poil où il fallait. C’était parfait. Et la lumière fût !

Vous avez complètement changé votre musique du coup ? Ca a mis longtemps à se mettre en place ?

Marc : Non, non, on n’a pas complètement changé. Il y a des morceaux qu’on joue encore qui sont issus de cette période-là…

Julien : C’est pas ses préférés, à Maxwell, mais bon…

Marc : Ce qui s’est passé, c’est qu’on a recommencé à composer comme on ne faisait plus. On s’est remis à composer en studio, à amener des riffs, il avait ses propres chansons qu’on a bousculées. On a bousculés nos chansons pour mettre du Maxwell dedans et puis voilà ! En fait l’album est né de l’espèce de pâte à modeler de cette époque-là

Maxwell, quel est ton rapport avec la langue française ? Est-ce-qu’il y a des groupes qui chantent en français que tu aimes ?

Maxwell : Je peux name-drop beaucoup de mes potes, là… J’adore les groupes français qui chantent en françmportant. Ils sortent pleins de groupes super bien. Il y a un groupe qui s’appelle Kévin Colin et les Crazy Antonins, Roland Cristal, Kévin Cristal, Kévin Colin… Tous mes potes de Toulouse… sans eux, je ne suis rien !

Marc : Ben merci, on est vraiment très content de t’avoir parmi nous, connard de merde ! (Rires) On est vraiment très contents d’être là ce soir mais je pense qu’on va y aller maintenant…

Maxwell : C’est des gens qui m’ont vraiment touchés… Bref, la chanson française, j’adore ! Il faut que les français gardent la chanson française au lieu d’essayer de chanter en anglais !

Et le rock en français, t’aimes bien ?

Maxwell : Ouais, j’adore ! Jacques Dutronc ! Françoise Hardy !

Julien : C’est pas rock…

Maxwell : Si, si, c’est rock, rock n’roll, un peu…

Julien : Françoise Hardy, rock ‘n roll ?

Maxwell : Serge Gainsbourg, Sheila, France Gall…

Pour moi, ça tombe davantage dans la variété ou la pop…

Marc : Cette discussion est complètement dingue parce que c’est deux mondes totalement différents ! Tu attends des références alterno d’un type qui considère qu’en fait la pop est rock !

Maxwell : Pour moi, la pop ça couvre tout. Et le rock, c’est une petite partie de la pop.

Marc : Mais un truc vraiment rock en français que tu aimes, ça serait quoi ?

Maxwell : Cobra… mais en fait j’aime pas trop. Je trouve que c’est drôle mais j’écouterais jamais tout seul. Dans le camion, ça va !

Et au fait, je suis sûr que c’est une question qu’on vous a posée plein de fois, mais Patrick Dewaere, qu’est-ce qu’il représente pour vous ? Pourquoi vous avez choisi ce nom ?

Maxwell : En fait, c’est l’oncle de Marc.

Julien : En fait, on cherchait un truc qui colle à notre musique et qui soit lié à Saint-Brieuc. Et d’un coup : Dewaere ! Il est né à saint-Brieuc. Le mec est torturé et en même temps, il y a un côté beau, émouvant chez ce mec-là et en même temps fou, violent, torturé et beau. C’était parfait, c’était ce qu’il nous fallait, Dewaere !

C’est marrant d’être attaché à une ville, comme ça…

Julien : Y rien de spécialement glorieux… C’est notre ville !

Marc : C’est la plage ET les mobylettes. C’est la base !

Julien : Moi, je suis anti-patriotique mais j’aime bien Saint-Brieuc quand même !

Et l’avenir pour Dewaere ?

Marc : On fait un deuxième disque, qui est plutôt bien en route. Les morceaux sont là mais il faut qu’on les dewaerise ! C’est la principale différence entre le disque que tu as écouté et celui qui va arriver. Sur Slot logic, on a tout composé ensemble, à l’ancienne, en répète. Pour le prochain, on a demandé à Maxwell – Maxwell compose tout le temps, de tout, il nous amène des trucs et souvent on lui dit « Non, ça, c’est pas pour nous… » – bref, on lui a demandé de nous sortir les trucs les plus pop possibles. Genre : si les Beatles étaient encore vivants, sors-nous les singles des Beatles vont sortir pour les dix prochaines années ! Nous derrière, on les détruit, on en fait les trucs les plus noise possible. Et ça donnera… ben, on verra bien, parce qu’on en sait rien, en fait.

Maxwell : Ce sera le meilleur album de 2020 ! Chaque morceau est un tube !

Julien : Il ne ment pas.

>>>>>>>>>> DEWAERE

« La belle Belgique sonique » (Nurse, It it anita – Le Poulpe, 6 déc.)

Ca fait déjà un mois, mais le souvenir est encore chaud comme la braise : Nurse et It it anita au Poulpe. Disons-le tout net : certainement le concert le plus mémorable que j’ai vu dans ce lieu.

Issu de différentes formations – Crappy stuff, NFO, Shivaz – Nurse pratique un rock noisy émotionnel très abouti, qui les place à part dans la scène locale.

Le groupe avait annoncé c’était leur dernier concert avant longtemps. Acculé par les contraintes diverses – comme tout ceux qui essaient de mener de front leur passion et le reste – ils tentent, si j’ai bien compris, de se dégager du temps pour créer de nouveau et, peut-être, donner une suite à leur merveilleux premier LP.

Les morceaux de Nurse sont une matière sombre mais hautement inflammable et il y a toujours un moment où elle s’embrase. C’est chouette de les réentendre sur cette scène, agrémentés d’une reprise du groupe grenoblois Virago que j’entendais pour la première fois. D’autant plus qu’à la console, Jérémie a ciselé un son d’une profondeur étonnante qui permet de les entendre dans les meilleures conditions qui soient.

Les Belges de It it anita étaient plutôt attendus, et pour cause, un premier concert au Brise-Glace avait laissé des marques et convaincu pas mal de monde. Y’a pas de hasard.

It it anita pratique aussi un rock bruyant qui, au-delà de l’influence Sonic youth évidente surtout sur les premiers disques, va piocher un peu partout sans a priori.

Mais sur scène, le mélange prend totalement corps. Rythmique baston, mélodies gorgées d’émotion et murs du son irradiants. It it anita joue sur tous les tableaux, appuie sur toutes les manettes en même temps, excelle dans toutes les disciplines. Et, là aussi, le son joue sa part et transcende la musique.

Un bon concert, c’est aussi un public qui vibre et réagit et l’action est dans la fosse autant que sur scène. Hystérie, tremblement, échange de fluide, osmose océanique entre les Belges soniques et la foule en sueur qui se presse contre la scène.

Le groupe finit par descendre la batterie au milieu du public – bien sûr qu’ils la descendent – pour une dernière transe sauvage et collective. Pas d’évanouissement, de visions ou d’état de conscience modifié mais on n’en était pas loin.

« Reignier, on va se faire tatouer tes initiales sur la poitrine ! », rigole le groupe. Sûr qu’en tous cas on t’oubliera pas de sitôt, Anita.

A suivre : une chouette interview, aussi bientôt qu’il sera possible.

PS Les photos sont encore une fois d’Olive. Je sais pas si il était inspiré ou si c’est un nouvel appareil photo, mais il faut absolument visiter son site Lowlightconditions pour aller voir toute la série qui est géniale. Merci Olive.

>>>>>>>>>> IT IT ANITA

« Messe noise ! » (Flying luttenbachers – Cave12, 8 déc.)

Avec Weasel Walter en grand maître de cérémonie… La précédente tournée avait évité Genève, mais on ne la fait pas deux fois à Cave12 et rendez-vous était pris cette fois avec cet ensemble noise tout en démesure. Pour être honnête, je suis loin de connaître toute leur discographie foisonnante ni l’historique des nombreux line-up. Ce que je savais, c’était la réputation qui les précédaient et que, selon toute vraisemblance, il allait se passer des trucs. Tout dimanche soir qu’on était.

Les gens arrivent peu-à-peu. Les conversations se mènent à voix basse. Ambiance feutrée, un peu club de jazz. Seul le drap de fond de scène au logo des Flying luttenbachers – accessoire absolument ridicule des groupes de rock mais bon eux, ça va, eux, c’est différent – indique le chaos à venir. Des copains arrivent qui viennent pour la première fois, sont ravis de découvrir cet endroit même si il est mal indiqué.

« Vous pouvez parlez, on est pas chatouilleux ! » balance Weasel Walter en montant sur scène suivi de sa troupe de mercenaire. Mèche qui lui barre le visage, marques noires sous les yeux, pantalon d’officier nazi (ou peut-être pas), bottes en cuirs et teeshirt de death-metal.

3.2.1. GO ! Soubressauts. Tremblements irrépressibles. Flashs. Epilepsie. Visage tordu par des spasmes. La musique des Flying luttenbachers, c’est une décharge continue, la chaise électrique musicale, l’électrocution à perpétuité. La noise dans ce qu’elle a de plus urgente et de plus stridente. Pour l’imaginer, faut se figurer le résultat d’une overdose de free-jazz et de black-métal.

Le saxophone de Matt Nelson apporte une touche no-wave très new-yorkaise – (hé, je suis pas mécontent d’avoir réussi à attirer Alain dans un concert no-wave !) On danse comme on peut mais, oui, on peut danser. Au premières loges devant les musiciens, c’est le régal. Alex Ward, guitariste pour cette tournée européenne. Grand, tiré à quatre épingles, jeu noise incroyable. La classe même quand il saute dans la fosse et remonte sur scène par d’étranges reptations doresales. Et Tim Dahl – oui, le Tim Dahl de Child abuse, qui doit quasiment habiter à Genève en ce moment vu qu’il était aussi en concert avec un projet jazz, Grid, récemment. Costume blanc, partitions froissées à ses pieds. Son épais, gorgé de parasites et de distortion et pourtant véloce, mécanique de précision. Le plus beau son de basse du monde. On en boufferait à tous les petits déjeuners.

Pas d’autre nom à l’affiche, mais aprés le concert ébouriffant de ce groupe de tous les superlatifs, c’est vraiment pas nécessaire. Juste un tour à la table de distro pour discuter un peu, chopper quelques disques et découvrir les différents projets de ces musiciens hyperactifs, quelques pièces supplémentaires au puzzle, quelques noms de plus à porter sur la carte imaginaire de cette musique impossible.

 

>>>>>>>>>> FLYING LUTTENBACHERS

Coilguns, « Watchwinders » LP (Hummus records)

Avec Coilguns, il faut battre le métal tant qu’il est encore chaud*. A peine plus d’un an après le précédent album Millenials, voici le nouveau disque, placé sous le signe de l’urgence et de la conscience du temps qui passe et lui aussi composé et enregistré in situ, c’est-à-dire en studio. Car le hardcore de Coilguns, pour surpuissant et furieux qu’il soit, n’exclut pas le bouillonnement créatif et les idées spontanées et originales – ce qui fait de cet album un ensemble à la fois très cohérent et libre, presque hétéroclite. Des morceaux aux structures complexes alternent avec des compositions beaucoup plus linéaires, comme sur le mid-tempo  Watchwinders, presque punk. On retrouve bien sûr le speed hardcore effréné du quatuor et la voix hurlée (Subculture encryptors, Big writer’s block)  – moments durant lesquels  ils me font penser à ABC Diabolo, un groupe des années 90 totalement oublié et c’est bien dommage car ça déchirait grave. Le groupe sait aussi ralentir le tempo (Growing block’s view), créer des ambiances plus insidieuses, rampantes, où le groove mortel est souvent assuré seul par la batterie – et quelle batterie !-, vu que la formation ne comporte pas de basse. Jusqu’à des ambiances sombres et mornes, où le temps semble suspendu de manière inquiétante : Prioress, avec sa voix pâteuse au flow quasi hip-hop, ou le choeur bluesy sur la fin de Watchwinders. Une veine presque gothique, qui parcourt le disque, fait pendant aux murs du son épais de la guitare de manière étonnamment naturelle et donne une couleur nouvelle à la musique de Coilguns.

Est-ce-que celle-ci atteint ce point d’équilibre un peu magique où la musique d’un groupe se met à ne ressembler à aucune autre et où tu as l’impression tout-à-coup qu’elle ne te parle qu’à toi ? Eh ben, c’est à chacun de se faire une opinion, en écoutant ce disque mais surtout, surtout, en allant voir le groupe en live**. Une expérience incandescente qui n’a pas beaucoup d’équivalent aujourd’hui.

*Comme noté par pas mal de chroniqueurs, hé hé.

**Par exemple, le 2 février sur la plateforme des Eaux-vives dans le cadre du festival genevois Antigel.

>>>>>>>>>> COILGUNS

« William Burroughs Haute-Savoie microtour – jour 2 » (Jars, Cutter – Bistro des Tilleuls, 23 nov.)

Suite de nos aventures au pays de la noise. Après une première soirée haute en couleurs – et comment ne serait-ce pas le cas avec les gais lurons légèrement cramés de Dewaere ? -, fatigués mais euphoriques mais attention sans autre drogue dans le corps que l’adrénaline et l’endorphine, on file vers Annecy et son fameux Bistro des Tilleuls.

Là-bas, les choses se lancent doucement. Les Russes ont du retard. On admire les travaux réalisés dans l’été qui optimise l’espace de scène. Jars arrivent. On fait connaissance, on mange et on fait les balances. A peu près en même temps. Matt, qui nous accueille, trime comme un dingue. A la fois au bar, au son et au service. Il est déjà 21 h 30. Les Russes ont l’air trop sympa. Le public est là. C’est cool.

On ouvre la soirée avec Cutter, devant un public déjà bien compact, puis c’est au tour de Jars de monter sur scène. Repérés sur un ou deux webzines et sur la foi de quelques morceaux, on est bien curieux de voir ce que ça va donner.

Jésus, y’a certainement pas de lézard. Jars, c’est le power trio par excellence. Formation rapprochée, combative, qui maintient un feu nourri jusqu’à ce que tu tombes à genoux.

Leur noise-rock sale et lourdingue évoque irrésistiblement quelques figures du genre : Big black, ou Jesus lizard pour les arpèges torves, mais aussi parfois des trucs plus rock mais pas moins énervés – Nirvana période Bleach, pour être précis. Et cette voix rauque gueulée en russe qui en rajoute encore dans la rage crue. Les groupes qui chantent dans leur propre langue ont quelque chose en plus, pas en moins. Enfin, certains.

Le public massé devant la petite scène est immédiatement ultra réceptif. Pogo, chutes diverses et variées, mouvements de foule plus ou moins contrôlés. La salle est sombre, moîte et méchamment houleuse. Soir de gros temps. Sasha, le très sympathique batteur blond, rayonne derrière ses fûts. Il nous fait un show pas possible à base de grimaces maniaco-euphoriques et cogne comme un damné. Plaisir d’offrir, joie de recevoir.

Ce qu’offre Jars, c’est un set intense et punitif, mené d’une main sûre, qui s’achève dans un chaos de larsens et de hurlements. Ce genre de groupe authentique et sincère, qui sera pour toujours hors des radars, ne se croise que sur la route. Fallait être là. L’excellente interview réalisée dans l’arrière-cuisine du resto confirmera pleinement cette impression.

Affaire à suivre, sans aucun doute.

Les chouettes photos sont de l’ami Olive et de son site LowLightConditions.

>>>>>>>>>> CUTTER

>>>>>>>>>> JARS

 

« William Burroughs Haute-Savoie microtour – jour 1 » (Dewaere, Cutter – Le Poulpe, 22 nov.)

Retour sur un weekend un peu spécial. Le concert du lendemain – avec les russes de Jars, report à venir – était calé depuis un moment quand Greg nous propose de jouer aussi la veille, avec Dewaere, ce groupe breton qui a sorti un des disques les plus explosif et rafraîchissant de l’année dernière. Wow.

Avec le terme « noise » ou « noise-rock » sur l’affiche, tu as toujours un peu un doute sur le nombre de gens qui va  répondre présent, mais il y avait déjà un petit public – beaucoup de têtes connues, forcément – quand on a commencé.  On en dira pas plus si ce n’est que, avec les chouettes conditions de sonorisation du Poulpe, ça a vraiment été un bon moment pour nous.

Dewaere, c’est une formation classique guitare/batterie/basse/chant, mais il ne faut pas longtemps au public maintenant plutôt dense pour se rendre compte que Maxwell, le chanteur, est quand même quelque chose d’assez spécial. Grand échalas nonchalant qui, avec sa veste sur le dos, donne toujours l’impression d’être passé là par hasard. J’ai vu un groupe de punk jouer et je me suis dit que j’allais venir foutre un peu le bordel avec mon incroyable chant de crooner débraillé – ce qui est à peu près la façon dont s’est vraiment passé la création du groupe, comme on le verra dans l’interview réalisée après le concert, à paraître bientôt-mais-pas-tout-de-suite.

Mid-tempo sans repos, basse vrombissante, ferrailleuse et une guitare avec un je-ne-sais-quoi de 80s. Mais je sais pas vraiment pourquoi tout le monde ne cesse de répéter « noise-punk » à leur propos – ou alors punk à la Buzzcocks, oui. Dewaere écrit de vraies chansons. Avec ce chant improbable, c’est un cocktail à peu près parfait que sert le groupe.  Une formule gagnante et une vraie découverte pour ceux et celles qui étaient là. Joli choix de programmation du Poulpe.

Et ce n’est que le début, comme on le verra bientôt.

 

>>>>>>>>>> CUTTER

>>>>>>>>>> DEWAERE

« Boy, man, machine » : an interview with DROSE

The music of the american trio DROSE is a non-identified object in many regards. It’s a kind of slow and deconstructed industrial metal, where field recordings of sounds in a factory – the one where Dustin Rose, the thinking mind behind the band, works – are on equal terms with instruments and sometimes seem to impose their own relentless pace in a man-machine mimetism that is the very own source of inspiration of DROSE. Wether it is on the unique object/record published by the label Computer students (compiling their last album and several other recordings) or during one of their meticulous live performances, the encounter with this band is sure to have an effect on you. After going though that experience at their Urgence disk (Geneva) gig, I felt like following up with a bunch of questions I sent to Dustin by email.

This is your first time as a band touring Europe. What type of experience has this been so far ?

It’s been great! We have been shown excellent hospitality and the shows have been well attended.

The name DROSE seems to suggest that Dustin is central in the creation of your music. Is that the case ? I’ve read that your songwriting starts with the drums but can you shed more light on the process that leads to the writing of your songs ?

It’s true and the songs are usually written starting with a drum composition. The drums are very foundational in this music, so this is where I begin. I find it easy to explore different frameworks from the strongest rhythm element.

The creation of very particular soundscapes is obviously a major part of your music, with a sense of compressed space and the use of machine noises being key elements. Does this come first and do you have to work ways to recreate this sound during your live performances ? Would it be right to say that, in this respect, DROSE is similar to a studio band ?

I collect interesting audio when I come across it and then sort out how I can use it later. In order to bring this audio with us for live performances I have built some equipment to make that possible. We are able to reproduce any sounds from the recording in a live performance.

In particular, I noticed the drums were equipped with a sound system during your gig in Geneva. Can you tell us more about this system ? Are they used to modify the sound of the drums or to activate loops ?

I use pure data (puredata.info) to program our live sets or recordings. The drum sensors and foot switches are brought into pure data using a Teensy micro controller to play and manipulate sound files, synthesized or live audio. The audio is triggered in real-time, there is no click track, it keeps the performances expressive. The program counts drum hits in some sections, waits for button presses or is even allowed to behave randomly in some sections of songs.

The relation between man and machine is a theme running though « Boy man machine ». Would you say that this album is a concept album and, by extension, do you see DROSE as a concept band ?

It’s OK to call it a concept album I was attempting to describe an entire idea. I am not sure DROSE is a concept band.

A very dark, anguished outlook on the relation between man and the machine emerges from your music. Is this just a theme to expand on artistically or can you also see political and ethical implications  ?

Some of the ideas or tales of the songs are parallel with political or sociological happenings but it was not a direct intent. boy man and machine are a closed system, each effecting the other and representing thoughts, feelings, situations or experiences.

I heard you met Julien Fernandez of Computer students while he was on tour with his former band, Passe-montagne, and you were involved in setting up shows in your city. Can you tell us the story of your relationship with him ?

Julien was traveling with his band Passe Montagne. I believe it was 2009 or 2010 summer. My band Toads and Mice hosted Passe Montagne and The Conformists in Dayton Ohio. We were all friends instantly, it was a great time.

I hardly know anything about the musical and artistic scene in Columbus, Ohio. How does a band such as yours fit in with the local scene ?

The Columbus Ohio music scene was very hospitable to DROSE, I am grateful to everyone who has ever came to a show, bought something or shared.

I’ve been told there’s a new DROSE album in the works. How do you approach this new recording and what do you expect from it ?

That’s true! This material has a different sound but it’s the same DROSE.

 

>>>>>>>>>> DROSE

>>>>>>>>>>> COMPUTER STUDENTS

« L’enfant, l’homme, la machine »: une interview de DROSE

La musique du trio américain DROSE est un ovni à bien des égards. C’est une sorte de métal industriel lent et déconstruit, où les field recordings des sons mécaniques d’une usine – celle-là même où travaille la tête pensante du groupe, Dustin Rose – jouent à jeu égal avec les instruments et semblent parfois leur imposer leur cadence immuable dans un mimétisme homme-machine qui est la source même de l’inspiration de DROSE. Que ce soit sur l’objet-disque singulier publié par le label Computer students ou lors de leurs performances live méticuleuses, la rencontre avec ce groupe ne laisse pas indemne. Après en avoir fait l’expérience lors de leur concert à Urgence disk (Genève), j’ai décidé de prolonger la rencontre en envoyant quelques questions par mail à Dustin.

C’est la première fois que vous tournez en Europe. Comment ça s’est passé jusqu’ici ?

Super bien ! On a été très bien accueillis et il y a pas mal de monde aux concerts.

Le nom DROSE laisse supposer que Dustin (Dustin Rose, NDLR) joue un rôle central dans la création de votre musique. Est-ce effectivement le cas ? J’ai lu que vos morceaux commençaient avec des parties batterie mais pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le processus de composition ?

C’est vrai et les morceaux partent généralement d’une idée à la batterie. Les parties batteries sont absolument fondamentales dans notre musique, donc c’est avec elle que je commence. C’est facile d’explorer différents paysages sonores à partir d’un élément rythmique solide.

La création de paysages sonores est une partie essentielle de votre musique, dans lesquels un sens de l’espace sous pression et l’utilisation de bruits de machines jouent un grand rôle. Est-ce-que c’est ça qui vient en premier et vous devez ensuite trouver des manières de recréer ces sons durant vos concerts ?

Je collectionne des sons intéressants quand il m’arrive d’en rencontrer et je vois ensuite comment je peux les utiliser. J’ai construit le matériel nécessaire pour incorporer ces parties dans nos concerts. On est capable de reproduire n’importe quel son en live.

En particulier, j’ai remarqué que la batterie était équipée de capteurs durant votre concert à Genève. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce système ? Est-ce-que vous l’utilisez pour modifier le son de la batterie ou pour activier des boucles ?

J’utilise Pure data (puredata.info) pour programmer nos sets live ou nos enregistrements. Les capteurs sur la batterie et les footswitchs sont ramenés vers Pure data par un mico-contrôleur Teensy qui active et manipule des fichiers sons, préparés ou joués live. Les sons sont activés en temps réel, il n’y a pas de click, pour garder le côté expressif du live. Le programme repose sur la batterie dans certaines parties, sur des boutons qu’on presse ou peut même s’activer de manière aléatoire dans d’autres parties des morceaux.

La relation homme-machine est un thème qui court tout au long de « Boy man machine ». Dirais-tu que ce disque est un concept-album et considères-tu, par extension, DROSE comme un groupe-concept ?

On peut dire que c’est un concept-album dans le sens où j’essaye de faire le tour d’une idée. Je ne suis pas sûr que DROSE soit un groupe-concept.

L’impression qui ressort de votre musique est celle d’un regard très sombre et angoissé sur la relation entre l’homme et la machine. Est-ce pour toi d’abord une thématique artistique ou y vois-tu également des implications éthiques et politiques ?

On peut faire des parallèles entre certaines idées ou histoires racontées dans nos morceaux et des faits sociologiques ou politiques mais ce n’est pas directement notre intention. L’enfant, l’homme et la machine forment un système clos sur lui-même, où chacun des éléments affecte l’autre et représente certaines pensées, sentiments, situations ou expériences.

J’ai entendu dire que vous aviez rencontré Julien Fernandez, du label Computer Students, alors qu’il était en tournée avec son ancien groupe, Passe-montagne, et que vous vous occupiez d’organiser des concerts dans votre ville. Pouvez-nous raconter cette histoire ?

Julien était en voyage avec son groupe Passe-montagne. Mon groupe Toads and mice avait invité Passe-montagne et The Conformists à Dayton, Ohio. On est immédiatement devenu amis, c’était un moment génial.

Je ne connais presque rien de la scène musicale et artistique de Columbus, Ohio. Comment un groupe comme le vôtre est-il perçu et quelle place occupe-t-il dans la scène locale ?

La scène musicale de Columbus s’est montrée très accueillante vis-à-vis de DROSE. Je suis reconnaissant envers toute personne étant venu assister à un concert, ayant acheté ou partagé notre musique.

On m’a dit qu’un nouvel album de DROSE était prévu. Comment approchez-vous ce nouvel enregistrement et qu’en attendez-vous ?

C’est exact ! Les morceaux ont un son différent mais c’est bien le même DROSE.

>>>>>>>>>> DROSE

>>>>>>>>>> COMPUTER STUDENTS

« La meilleure façon de perdre ses amis » (DROSE – Urgence disk, 17 nov.)

C’est peut-être bien que je dois traîner dans ces musiques depuis trop longtemps, mais si il y a un mot qui me tient en haleine, attise chez moi une curiosité fiévreuse et me pousse vers tel concert ou tel disque, c’est celui de déconstruction. Le rock en morceaux, mis en pièces puis remonté à l’envers et fourni sans véritable mode d’emploi si ce n’est celui que ton cerveau construit. Ou pas. Allez comprendre. Par contre, entre les réactions génées du type « C’est particulier… » et les soupçons d’élitisme, on est d’accord que c’est certainement une des meilleures façons de perdre ses amis. Mais bon, faut avoir le courage de ses opinions de temps en temps.

Quoi qu’il en soit, la première écoute de l’album Boy man machine du trio américain DROSE a été un choc, redoublé par  l’annonce de leur venue à Genève. L’organisation de ce concert assez peu médiatisé aura connu quelques péripéties : d’abord annoncé à l’Usine, il avait été pressenti un moment à l’Ecurie pour finalement se dérouler à Urgence disk.

La petite salle/bar de la boutique plutôt remplie est encore à l’heure de l’apéro et du concert qui a eu lieu juste avant, d’un tout autre style quand les américains arrivent et lancent le set presque aussitôt. Bruits répétitifs. Mécanisés. Domptés. Leitmotiv industriel de la musique de DROSE. Noise-rock suffocant. Eclatant par spasmes. Semblant se débattre contre le règne de la machine, lutter contre son propre engloutissement. Le groupe ne comporte pas de bassiste, mais le son est absolument massif, même avec des protections auditives (et valait mieux).

La silhouette frêle de Dustin Rose et sa voix cristalline, spectrale -à vrai dire assez difficilement perceptible dans le mix – contraste avec la lourdeur et le fracas qui l’enveloppent. Scandée par la batterie minimaliste de John Mengerink, la musique de DROSE développe un vocabulaire qui lui est propre – même si on peut penser à la première période des Swans – et un sens de l’espace sonore et du silence assez impressionnant.

C’est la tête-chercheuse Computer students qui a reédité leur album mais, si on m’avait dit que c’était un label comme ECM, ça ne m’aurait pas plus étonné que ça. De la même manière, on les as vus dans cette microscopique antre qu’est Urgence disk mais qui peut dire dans quel sorte de salle ils passeront dans 5 ou 10 ans ?

Un certain nombre de personnes quittent la salle au fil du concert, déroutés par l’étrangeté ou rebutés par le volume sonore. Pour les autres, les tenaces, l’expérience sonore est au rendez-vous. Au final, une expérience typique de l’Usine – celle d’être une poignée de personnes dans un lieu improbable assistant à la performance d’un groupe singulier.

Bien sûr, un jour il y aura un petit malin qui aura tout compris et qui viendra nous expliquer qu’on a vu un groupe de slow-indus ou une foutaise de ce genre – exactement comme le jour où j’ai découvert avec stupéfaction que certains rangeaient Don caballero dans une petite boîte qui s’appelait math-rock ou Heroin dans un machin appelé screamo. On s’en fout, on sait juste qu’on a vu un putain de groupe qui vit intensément sa musique et qui ne ressemble nul autre.

Et on ne veut rien savoir d’autre.

>>>>>>>>>> DROSE

Welldone dumboyz, « Tombé dans l’escalier » (Repulsive medias, No way asso, 939K15)

Découverte de ce groupe orginaire de Belfort avec cet album. Les huit titres qui le composent sont totalement indéfinissables mais brillent par leur énergie et leur spontanéité.  Stoner gueulard pour le gros son, noise pour la (dé)constrution foutraque et les plans absurdes et toujours blues détraqué et débraillé dans le fond. On ne sait jamais trop à quoi s’attendre. On ne s’embarasse pas de cohérence mais on préfère en foutre partout à fond la caisse, à l’image de l’esthétique gluante de la pochette. Lorsque le rythme ralentit (The hole), c’est pour sonner comme un Nick Cave pochetron et agressif. Elle se permet toutes les bizarreries, un Black space aux ambiances à la Pink Floyd, un Kim plus expérimental et même une derniere Bald story accoustique avec des voix qui chevauchent tout ça avec panache, notamment dans Tombé dans l’escalier, probablement le morceau que je préfère. Ce groupe a son propre truc, il sonne comme lui-même. Une engeance qui se fait rare. Je vois sur leur site que c’est leur huitième enregistrement et qu’il sortent des disques depuis plus de 10 ans. Merde, si ça se trouve, c’est un groupe culte !

>>>>>>>>>> WELLDONE DUMBOYZ

>>>>>>>>>> 939K15